L’Autorité régionale de transport métropolitain (ARTM), qui finance tous les services de transports collectifs dans la grande région de Montréal, va proposer « dès que possible » un nouveau titre de transport « pour les travailleurs qui devront se déplacer de deux à trois jours par semaine », au lieu des cinq jours habituels.

Bruno Bisson
Bruno Bisson La Presse

Bien que sa forme, sa durée de validité ou son coût restent à définir à ce stade, ce nouveau titre « télétravailleur » est réclamé unanimement par les quatre sociétés de transports collectifs du territoire métropolitain (STM, STL, RTL et exo), au moment où des travailleurs commencent à revenir au bureau.

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Dans l’intervalle, précise un porte-parole de l’ARTM, Matthieu Rouy, « différents titres existants procurent une alternative au titre mensuel et donnent de la flexibilité aux usagers, comme le carnet multipassages, les titres illimités ou un forfait BIXI-OPUS ».

M. Rouy ajoute qu’en raison de la refonte tarifaire en cours, l’ARTM mènera une campagne d’information dont le message principal sera : « Nous avons le titre qu’il vous faut ; que vous soyez de retour physiquement à l’école ou au travail, à temps complet ou partiel, de nombreux titres existants conviennent à des besoins irréguliers. »

Les quatre transporteurs de la région de Montréal estiment quand même qu’avec la montée du télétravail, leurs usagers doivent pouvoir compter sur un titre adapté à leurs nouvelles habitudes de déplacement, et ce, à un prix suffisamment avantageux pour fidéliser la clientèle. Même si ce n’est désormais que pour deux ou trois jours par semaine, au lieu de cinq.

Pour la majorité de ces travailleurs, les titres de transport mensuels actuels, qui étaient de loin les plus utilisés partout dans la région métropolitaine avant la pandémie, n’ont plus l’attrait d’antan. Des usagers font déjà le calcul et remettent en question la pertinence des titres mensuels. Et les ventes sont en chute libre.

Tarifs inadaptés

Pour la directrice principale à la planification et au développement à la Société de transport de Laval (STL), Christine Gauvreau, « c’est clair qu’il faut qu’on réfléchisse à un titre qui inciterait les gens à continuer à se déplacer en transports collectifs malgré le télétravail. La structure tarifaire actuelle n’est pas adaptée au fait qu’on se déplace seulement deux ou trois fois par semaine pour le travail ».

PHOTO FRANÇOIS ROY, ARCHIVES LA PRESSE

Le nouveau titre pourrait convenir aux usagers qui utilisent le transport en commun deux ou trois jours par semaine.

« La réalité a simplement changé, note Luc Tremblay, directeur général de la Société de transport de Montréal (STM). Quand la Carte Autobus Métro [CAM] a été implantée dans les années 1980, ça a été un grand succès parce qu’en calculant le nombre de passages par rapport au coût mensuel, c’était très rentable. Maintenant, ça ne l’est plus. »

« Ce qu’il faut développer, ajoute-t-il, c’est un titre de transport qui va tenir compte des changements d’habitudes. »

Jusqu’à maintenant, dans les transports en commun, on faisait beaucoup de déplacements pendulaires, matin et soir. Il faut développer quelque chose qui va être mieux adapté à une réalité différente, qui risque de perdurer bien au-delà de la pandémie.

Luc Tremblay, directeur général de la Société de transport de Montréal

« On parle d’une perte de clientèle à long terme qui pourrait aller jusqu’à 15 % de l’achalandage habituel. À mon avis, ça va être plus que ça », croit son homologue du Réseau de transport de Longueuil (RTL), Michel Veilleux.

« Ça va peut-être nous prendre des années pour récupérer cet achalandage-là », déplore-t-il.

Une « urgence » pour exo

Personne peut-être n’est plus conscient de cet enjeu de tarification que Sylvain Yelle, directeur général d’exo. C’est ce réseau qui a été le plus durement frappé par la désertion en masse des tours de bureaux du centre-ville et la généralisation forcée du télétravail depuis mars 2020.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, ARCHIVES LA PRESSE

Les gens qui vont et reviennent du travail en transport collectif représentent plus de 70 % de la clientèle des trains d’exo.

La fréquentation des trains de banlieue s’est effondrée dès le début de la pandémie. Forcément : les cinq lignes du réseau sont entièrement orientées vers Montréal et son centre-ville. Encore aujourd’hui, la fréquentation reprend à peine, à 15 % de son niveau prépandémique.

Au moment où les travailleurs commencent à revenir au bureau, croit M. Yelle, la mise en circulation d’un nouveau titre de transport métropolitain plus compatible avec le télétravail et les nouvelles habitudes des usagers devient une urgence « pour [qu’on puisse] espérer avoir un impact significatif sur le retour des usagers dans nos trains et nos autobus ».

La pandémie a changé leurs besoins [des travailleurs]. Dans cette situation, si on n’a rien de mieux à offrir sur le plan tarifaire que la carte mensuelle actuelle, ça va devenir un frein à l’utilisation des transports collectifs.

Sylvain Yelle, directeur général d’exo

Les travailleurs, et en particulier les navetteurs qui vont et reviennent du travail en transports collectifs, représentent 70 % ou plus de la clientèle sur toutes les lignes de train d’exo. Cela monte à 81 % sur la ligne de Saint-Jérôme, et 94 % sur le train de Mont-Saint-Hilaire.

Ce sont aussi des travailleurs, navetteurs du matin et du soir, qui composent plus de 50 % de la clientèle sur la plupart des circuits d’autobus d’exo dans les couronnes.

Des ventes en chute libre

Les ventes de titres mensuels ou annuels ont longtemps été considérées comme l’unité de mesure de la fidélité des usagers envers leur service de transports collectifs. Or, si on se fie aux données des deux derniers mois, et même si les ventes d’été ne sont pas représentatives des périodes de pointe, elles sont en chute libre.

En juillet 2021, l’ARTM a enregistré des ventes de 183 150 titres mensuels, tous réseaux métropolitains confondus. C’est 54 % de moins que les ventes enregistrées à la même période, avant la pandémie, en 2019.

Le déclin est encore plus évident pour le mois d’août. On a enregistré seulement 145 408 ventes de titres mensuels. Une baisse de 64 % par rapport aux achats de titres équivalents, il y a deux ans.

Des dizaines de milliers d’utilisateurs réguliers des transports collectifs remettent ainsi en question la pertinence d’acheter un tel titre, étant donné l’incertitude entourant leur retour, ou non, dans les tours de bureaux et les édifices gouvernementaux de la métropole.

C’est encore plus évident pour les détenteurs de titres annuels. Ces titres, qui sont en fait des abonnements avec paiement préautorisé chaque mois, sont vraiment pour les utilisateurs les plus réguliers des transports collectifs. Ils sont particulièrement nombreux parmi les usagers de trains de banlieue.

En juillet 2019, l’ARTM comptait plus de 111 000 de ces fidèles usagers. En juillet dernier, il en restait un peu plus de 71 000, une baisse de 36 %. Et de ce nombre, ajoute l’ARTM, 44 455 (soit 62 %) sont temporairement inactifs, soit suspendus à la demande des usagers.