Le racisme dans les clos de voirie de l’arrondissement de Montréal-Nord est « déplorable », a affirmé la mairesse Valérie Plante mercredi matin. Pendant que le syndicat appelle les autorités à prendre leurs responsabilités, l’Opposition demande des mesures concrètes.

Philippe Teisceira-Lessard
Philippe Teisceira-Lessard La Presse
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« Oui, il existe du racisme systémique et de la discrimination dans différentes organisations », a-t-elle dit mercredi avant-midi, en marge d’une autre annonce. « Maintenant que c’est dit, il faut passer à l’action. On va faire un comité de redressement. »

Plus tôt, mercredi, La Presse a révélé qu’un rapport d’enquête commandé par la Ville concluait que plusieurs cols bleus de Montréal-Nord membres de minorités ethniques se sentaient discriminés dans leur milieu de travail. Selon la professeure de relations industrielles Tania Saba, l’auteure du rapport, certains estiment que les représentants syndicaux et gestionnaires (majoritairement des Blancs) sont de connivence.

La mairesse dit vouloir « des solutions très pratico-pratiques au sein de l’arrondissement ». Le président du Syndicat des cols bleus regroupés de Montréal, Luc Bisson, a soutenu dans un communiqué qu’il est « impératif que l’arrondissement et la Ville de Montréal prennent leurs responsabilités ». Il a ajouté que l’organisation appliquerait les recommandations qui ont été formulées à son endroit.

« Des manifestations de racisme direct », rapporte l’expert du syndicat

Par ailleurs, l’expert du Syndicat des cols bleus regroupés de Montréal confirme que les clos de voirie de Montréal-Nord sont touchés par des tensions raciales importantes.

Dans un rapport dont La Presse a obtenu copie, le professeur Angelo Soares de l’UQAM en arrive sensiblement à la même conclusion que sa consœur Tania Saba, de l’Université de Montréal, chargée par la Ville de Montréal d’étudier la question du racisme dans l’arrondissement.

« On rencontre encore, incroyablement, des manifestations de racisme direct, dans lesquelles on vise une personne ou un groupe de personnes de manière ouverte et avouée », a décrit M. Soares dans son rapport. « Une employée col bleu a été traitée de “sale N…”, une agression verbale raciste, et nous avons pu constater l’impact psychologique d’un tel geste déplorable. » Le racisme se produit aussi de façon moins violente, mais tout aussi dommageable, selon le rapport.

« Lors de la distribution des tâches (dispatch), le matin, les nouvelles camionnettes ne sont pas attribuées d’une manière aléatoire, il y a du favoritisme, cela veut dire que certains n’auront pas l’air climatisé durant toute une journée d’été », indique le professeur Soares. « On peut favoriser certains employés en les plaçant dans les sections où il n’y aura pas de mise à pied pendant la période hivernale. Plusieurs cols bleus ont aussi mentionné le favoritisme dans l’octroi des heures supplémentaires. »

L’auteur du rapport, qui devrait être présenté aujourd’hui par le Syndicat, évoque aussi l’existence de clans divisés par des lignes ethniques, qui échangent peu entre eux. Le rapport évoque ainsi « une cafétéria où il existe une place pour les cols bleus noirs et une autre pour les cols bleus blancs ».

Les deux professeurs ont été chargés d’effectuer cette « enquête parallèle » après que des cols bleus racisés se soient plaints, en 2019, de l’attribution des camionnettes avec remorque, une responsabilité qui permet aux ouvriers de toucher une prime. Mardi, Montréal a reconnu « la présence de discrimination systémique dans des pratiques de gestion de l’arrondissement » et assuré qu’elle travaillait à améliorer les choses.

Conclusions inacceptables, dit l’Opposition

Dans les rangs de l’Opposition officielle, la mairesse suppléante de Montréal-Nord, Chantal Rossi, n’a pas mâché ses mots lorsqu’appelée à réagir sur le sujet, mercredi. « Les conclusions du rapport d’expertise sur des pratiques discriminatoires envers certains cols bleus vont entièrement à l’encontre des orientations sur la diversité et sur l’inclusion qui ont été émises par le conseil d’arrondissement au cours des dernières années », a insisté celle qui est aussi conseillère du district Ovide-Clermont, dans un communiqué.

L’élue, qui qualifie cette affaire de « tout aussi surprenante qu’inacceptable », affirme qu’aucun employé d’arrondissement « ne doit craindre d’être pénalisé parce qu’il a le courage de dénoncer ». « Nous ne tolérons pas que des pratiques discriminatoires aient lieu dans notre organisation, tandis que tous nos efforts sont mis pour l’atteinte d’un meilleur vivre-ensemble », insiste-t-elle.

Son parti, Ensemble Montréal, soutient qu’il est essentiel que les employés « aient accès à des outils leur permettant de dénoncer de telles situations ».

La formation réitère la nécessité de mettre sur pied une ligne de dénonciation indépendante et confidentielle pour les employés qui seraient victimes de discrimination, une recommandation qu’elle avait émise en octobre 2019, dans la foulée de la consultation de l’OCPM sur le racisme systémique.