Des organismes communautaires ont manifesté samedi à Montréal pour réitérer l’urgence d’investir dans le logement social. Ils réclament notamment la mise sur pied d’un « grand chantier » de constructions d’unités abordables sur les cinq prochaines années dans la province.

Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« On ne peut pas se fier au marché privé pour assurer un droit aussi fondamental que le droit au logement, surtout quand on sait qu’il y a une pénurie de logements abordables dans la majorité des municipalités », a soutenu la porte-parole du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), Véronique Laflamme, en marge d’une manifestation tenue non loin du métro Lucien-L’Allier, dans le secteur de Griffintown.

En plus d’un grand chantier de logements abordables sur cinq ans, son groupe réclame des « investissements immédiats » et substantiels dans le programme Accès-Logis. « C’est la seule manière dont on va se sortir de cette crise. Le Sud-Ouest de Montréal, où on se trouve, est un symbole. Avec la spéculation, le loyer moyen y a augmenté de 21 %, entre autres à cause des constructions neuves et des évictions frauduleuses qui sévissent depuis un moment », persiste Mme Laflamme.

« Comme société, on est en train d’abandonner des locataires qui essaient de se battre pour défendre leurs droits. Il faut qu’on fasse mieux », dit aussi l’organisatrice communautaire, en faisant référence à l’enquête « Les irréductibles Gaulois de la rénoviction », parue dans La Presse samedi.

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Mardi dernier, dans une lettre ouverte, le président de l’Association des groupes de ressources techniques, Alain Marcoux, avait lui aussi plaidé pour un réinvestissement dans les programmes gouvernementaux. « Nous vous demandons d’agir promptement et d’investir massivement en finançant dès maintenant de nouveaux logements dans le programme AccèsLogis. Nous possédons la solution. Il est temps, maintenant, de passer à l’action », a-t-il écrit.

Des oppositions claires

En rendant publics ses indicateurs du marché locatif, la Communauté métropolitaine de Montréal avait aussi appelé Québec à l’action, vendredi, en réclamant de « revoir immédiatement les barèmes et les modes d’attribution » du Programme de supplément au loyer (PSL) d’urgence. « Malgré le boom de la construction de logements locatifs privés des dernières années (46 300 unités entre 2017 et 2020), les logements sociaux et communautaires représentent seulement 7,3 % de ces nouvelles unités », lit-on dans le rapport.

Ça veut dire que depuis trois ans, ce qui est construit en bonne partie ne correspond pas du tout aux besoins des plus vulnérables.

Véronique Laflamme, porte-parole du FRAPRU

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La ministre responsable de l’Habitation, Andrée Laforest, a de son côté maintenu cette semaine que le Québec « n’est pas du tout dans une situation de crise du logement ». « Quand on parle de crise du logement, il faut être très, très, très prudent », a-t-elle dit lors de l’étude des crédits budgétaires.

Appelé à réagir samedi, son cabinet a toutefois reconnu qu’il y a « une rareté de logements à plusieurs endroits au Québec, dont la métropole ». « Notre gouvernement en est conscient et nous travaillons sur l’offre de logements pour que les Québécois puissent avoir accès à des logements à prix abordable. Il ne faut pas oublier que lorsque nous sommes arrivés en 2018, le gouvernement précédent avait accumulé un retard de construction sans précédent de 15 000 logements », dit l’attachée de presse, Bénédicte Trottier-Lavoie.

Québec affirme avoir construit 3080 logements jusqu’à maintenant, en plus des 3424 « qui sont en cours de construction et 1500 autres qui le seront bientôt ». « Nous avons également bonifié le programme AccèsLogis Québec. De plus, cette semaine, nous avons annoncé la rénovation de plus de 500 logements dans des HLM de Montréal et la création d’un partenariat unique pour créer 1500 nouveaux logements abordables. C’est près d’un milliard que nous avons investi depuis 2018 », soutient la relationniste.

« Nous continuerons à investir et d’autres annonces suivront dans les prochaines semaines. Nous avons un plan pour rattraper les retards du passé et augmenter l’offre durablement », conclut-elle.

« Il manque de logements abordables, mais on ne s’embarquera pas dans les définitions de crise du logement, ça a des impacts », a quant à lui justifié M. Legault, en conférence de presse jeudi matin à l’Assemblée nationale, sans expliquer à quels impacts il faisait ainsi référence.