Le coût moyen du loyer dans l’agglomération de Montréal a connu sa plus forte augmentation annuelle depuis 2003, révèle une étude de l’Observatoire Grand Montréal. Tous les indicateurs pointent vers une crise du logement abordable.

Léa Carrier
Léa Carrier La Presse

« Le bilan confirme qu’il y a une crise et qu’il faut agir », tonne la porte-parole du Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU), Véronique Laflamme.

L’étude, qui fait état de l’évolution des cinq principaux indicateurs du marché locatif au cours des dernières années, a été publiée vendredi par la Communauté métropolitaine de Montréal (CMM). Elle évalue qu’entre 2019 et 2020, le coût moyen du loyer dans le Grand Montréal a bondi de 4,2 %, une augmentation record depuis le début du siècle.

Concrètement, le coût moyen d’un logement inoccupé est passé de 910 $ en 2019 à 1198 $ en 2020. « La forte hausse du coût du loyer entraîne un appauvrissement des locataires du Grand Montréal et contribue à l’accroissement des inégalités sociales », souligne Mme Laflamme.

Des logements abordables insuffisants

Les taux d’inoccupation demeurent très bas dans la région, en particulier dans le cas des logements à moins de 925 $. Hors de l’île de Montréal, ce taux chute à moins de 1 %.

L’été dernier, le maire de Terrebonne, Marc-André Plante, a fait face à une situation nouvelle : pour la première fois, des habitants de sa ville se sont retrouvés à la rue, le 1er juillet. Cette année, il se prépare encore au pire. « [La crise de l’abordabilité] n’est plus montréalaise. Elle est métropolitaine, et je dirais même provinciale », s’inquiète celui qui est également l’ex-président et un membre actif de la Commission du logement social à la CMM.

Malgré un boom de la construction de logements locatifs ces dernières années, les logements sociaux et communautaires sont toujours réalisés au compte-gouttes, rapporte l’Observatoire. Sur 46 300 logements construits entre 2017 et 2020, les logements sociaux et communautaires n’en représentent que 7,3 %. Un phénomène que déplore le FRAPRU.

« Alors qu’il faudrait augmenter la proportion de logements sociaux et communautaires pour sortir de la crise, c’est l’inverse qui se produit actuellement : les condos et les logements trop chers poussent comme des champignons », critique Mme Laflamme.

Combler le manque

La CMM réclame la construction de 2700 logements annuellement dans le Grand Montréal pendant cinq ans, sans quoi il deviendra de plus en plus difficile pour les ménages à faible revenu de consacrer 30 % ou moins de leur revenu brut au loyer. En 2020, plus de 210 000 ménages ont dépassé ce seuil.

« Plus on consacre d’argent au loyer, moins il nous en reste pour se nourrir, pour s’assurer que les enfants aient accès à des soins, à l’école », s’inquiète Marc-André Plante.

Pour le maire, le temps n’est plus à débattre pour savoir s’il y a, oui ou non, une crise du logement. Il y a urgence d’agir. « Aujourd’hui, il y a des familles et des aînés dans des situations vulnérables qui sont incapables de trouver du logement à un prix abordable […]. Le débat doit porter sur ce qu’on va faire pour que tout le monde puisse se loger décemment », tranche-t-il.

> Pour consulter l’étude complète, cliquez ici.