Le parti de Valérie Plante a remis en question la nécessité que tous les policiers montréalais soient munis d’une arme à feu, dimanche, alors que la mairesse préparait ses troupes à la bataille électorale.

Philippe Teisceira-Lessard Philippe Teisceira-Lessard
La Presse

Au cours d’une séance à huis clos du congrès de Projet Montréal, ses membres ont inscrit l’idée d’un projet-pilote de policiers sans pistolet dans le programme électoral.

Il faut « revoir la nécessité que tous les agents du corps policier portent une arme à feu », estiment les membres du parti. Ils voudraient « s’inspir[er] de l’expérience de certains pays européens, où seules certaines brigades spécialisées sont armées, et mettre en branle un projet-pilote à cet effet, et ce, en collaboration avec les partenaires du SPVM ».

Appelés à se prononcer sur le définancement de la police, les membres ont indiqué qu’ils voulaient plutôt « réformer et réorienter les financements du SPVM, en misant sur des services de sécurité publique de proximité, adaptés aux besoins des citoyens et aux réalités communautaires ».

Il n’a pas été possible d’entendre les débats qui ont mené à l’adoption de ces positions. Elles ont été adoptées dimanche matin derrière des portes (virtuelles) closes, après qu’une militante eut jugé que les enjeux policiers étaient trop « sensibles » pour faire l’objet d’un débat public. Des élus se sont opposés à l’idée, en vain.

« Il faut que ce soit fait correctement »

Quelques dizaines de minutes après leur publication, en fin d’après-midi, Valérie Plante a défendu les choix de ses militants, tout en soulignant qu’il s’agissait de projets à long terme.

« On n’est absolument pas en train de dire que les policiers et policières du SPVM n’auront pas d’armes demain matin », a-t-elle fait valoir, soulignant que les membres du parti sont bien conscients de la montée de la violence armée dans le nord-est de Montréal.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

Valérie Plante, mairesse de Montréal

Pour moi, ce qui est important, c’est qu’on travaille avec le SPVM et l’ensemble des partenaires. Sinon, ça ne tiendrait pas la route. Il faut que ce soit fait correctement. Je suis une personne pragmatique, il faut que ce soit solide.

Valérie Plante, mairesse de Montréal

La mairesse s’est aussi félicitée de la position adoptée par ses troupes quant au budget de la police. « Ce dont je me réjouis, c’est que le définancement n’est pas sur la table », a-t-elle dit. « Il faut réfléchir aux meilleurs outils pour le SPVM selon la situation. C’est quelque chose que je dis depuis longtemps. »

Malgré les nuances mises de l’avant par Mme Plante, la formation politique de Denis Coderre semble avoir trouvé un os à ronger en vue de la prochaine campagne électorale. « Les propositions de désarmer et définancer le SPVM sont aussi idéologiques qu’inquiétantes », a fait valoir le porte-parole d’Ensemble Montréal en matière de sécurité publique, ajoutant que son équipe était « en faveur d’un virage communautaire sans mettre [les] policiers à risque ».

La Fraternité des policiers et policières de Montréal n’a pas voulu commenter la prise de position.

500 jours pour redresser la barre

Quelques minutes avant son point de presse, Valérie Plante avait prononcé le discours de clôture du congrès de Projet Montréal, dans lequel elle s’engageait à « redonner à la métropole son erre d’aller » en 500 jours, soit d’ici la fin de la première année d’un éventuel prochain mandat.

En 500 jours, nous pouvons nous assurer de démarrer le chantier de la ligne bleue et du REM de l’Est avec nos partenaires. Nous avons 14,5 millions de mètres carrés de terrains à développer. […] En 500 jours, nous pouvons donner un gros coup de barre pour permettre d’y construire des quartiers complets.

Valérie Plante

La mairesse a multiplié les attaques à mots couverts contre Denis Coderre. « Nous allons en élections, et ce qui m’intéresse, ce n’est pas de retrouver Montréal – que nous n’avons d’ailleurs jamais laissé tomber –, mais de retrouver les Montréalaises et les Montréalais sur le terrain, avec leurs préoccupations, dans leurs quartiers », a-t-elle lancé, reprenant à son compte le titre du livre de son adversaire. « Placer les citoyennes et les citoyens au cœur de nos ambitions, ce n’est pas manquer d’ambition. »

« Ce n’est vraiment pas le temps de s’arrêter et de laisser certains oiseaux de malheur définir la ville de façon négative », a aussi dit Mme Plante.

Loin de s’excuser ou de dissimuler les projets controversés qui ont marqué son premier mandat, la mairesse a défendu l’« autoroute à vélos » inaugurée l’été dernier dans la rue Saint-Denis et a promis de répéter l’expérience. « Vous avez sans doute remarqué à quel point il est facile de se parler et de s’entendre grâce à l’apaisement de la circulation, a-t-elle dit. On peut enfin, comme piéton, traverser la rue Saint-Denis sans avoir peur de se faire frapper. Saint-Denis s’est remis à attirer des commerces, mais surtout des clients. »