Contrairement à ce qui était prévu, la prochaine campagne électorale montréalaise ne pourra pas s’appuyer sur un audit indépendant des finances municipales : le Bureau de la vérificatrice générale a jugé impossible d’effectuer un tel travail avec les outils que la Ville lui offrait.

Philippe Teisceira-Lessard
Philippe Teisceira-Lessard La Presse

Le conseil municipal de Montréal a voté lundi soir à majorité pour retirer le mandat qu’il lui avait confié à cet effet l’an dernier. Les promesses des candidats se feront donc sur la base d’un bilan élaboré par le service des finances de la Ville.

En 2017, à son arrivée au pouvoir, Valérie Plante s’était plainte que les finances de Montréal étaient en bien moins bon état que ce que prétendait le maire sortant Denis Coderre. Elle s’était appuyée sur ce constat pour hausser les taxes municipales dans son premier budget.

Montréal avait ensuite décidé de confier à la vérificatrice générale le mandat de se pencher, avant le début d’une campagne électorale, sur l’état des finances de la Ville afin d’éviter de telles surprises dans le futur.

Mais la pandémie, la complexité des documents budgétaires et la vétusté du système informatique du service des finances de la Ville empêcheront la vérificatrice générale de la Ville de réaliser une telle vérification, a indiqué le président du comité exécutif, Benoit Dorais.

« On n’y arrivera pas. Ce n’est pas possible dans l’état actuel des services informatiques », a-t-il dit en relayant les propos de la vérificatrice Michèle Galipeau.

« On croit que le service des finances, ce sont des gens qui sont crédibles, des gens qui sont capables de faire le travail de façon professionnelle, [et] ils vont continuer de travailler sur un rapport préélectoral », a-t-il ajouté.

Un peu plus tôt en après-midi, la mairesse Valérie Plante avait aussi défendu la position de son administration, en appelant à la patience et à faire confiance au service des finances de la Ville.

«La vérificatrice générale prend acte de la recommandation du comité de vérification et de la résolution du conseil municipal», a indiqué son attaché de presse, Pierre Tessier, dans un communiqué. La vérificatrice générale y fait valoir que «le prototype [de rapport financier préélectoral] tel que développé ne permettrait pas de répondre aux objectifs énoncés par la Ville dans son budget 2020 en termes d’information financière sur l’état des finances publiques et de base comparable et qu’elle serait dans l’incapacité de conclure en raison d’éléments probants insuffisants supportant le prototype de rapport préélectoral.»

Déception de l’opposition

L’opposition officielle à l’hôtel de ville menait le combat depuis longtemps pour obtenir un rapport préélectoral de la vérificatrice générale.

Son chef, Lionel Perez, s’est dit déçu, lundi soir.

« Pour nous, c’est un manquement assez grave à l’engagement [de l’administration]. Lorsqu’on voit l’évolution du dossier, on peut constater qu’il n’y a pas eu de véritable effort de l’administration » pour rendre la vérification possible, a-t-il déploré. « C’est dommage qu’on va passer un autre cycle électoral sans un tel rapport, sans chiffres validés objectivement par la vérificatrice générale. »

Un de ses collègues au sein de la formation politique Ensemble Montréal est allé encore plus loin.

« C’est très, très décevant. C’est un bon exemple du niveau de compétence de l’administration en matière de gestion des affaires municipales et des finances », a dénoncé Alan DeSousa, maire de l’arrondissement de Saint-Laurent, membre du comité d’audit et vice-président de la Commission sur les finances et l’administration.

« S’ils ne sont pas capables de mener à bien un tel projet, comment peut-on leur faire confiance ? a-t-il continué. Les grands perdants, ce sont les électeurs de Montréal. »

Le Bureau de la vérificatrice générale avait reçu 900 000 $ pour mener à bien cet exercice. Il devra rendre cette somme.