Il n'y a pas que des enfants qui ont été mordus par des coyotes à Montréal cet été : deux adultes, dont une dame de 75 ans, ont vécu la même expérience, selon des données compilées par Urgences-santé à la demande de La Presse. Mais la mairesse Valérie Plante souligne qu'il serait illusoire de penser se débarrasser de ces nouveaux canidés urbains.

Vincent Larouche LA PRESSE

Au cours des derniers jours, la police de Montréal avait fait état de trois enfants mordus en une semaine par des coyotes dans Ahuntsic-Cartierville. Mais après des recherches, Urgences-santé a confirmé lundi qu'un autre enfant avait été mordu au début de l'été, ainsi qu'un homme adulte et une septuagénaire. L'organisme a compilé les appels d'urgence pour des morsures de coyote depuis le 1er mai.

Aucune blessure grave n'a été répertoriée lors de ces événements, qui se sont tous déroulés dans un périmètre autour du parc Frédéric-Back, l'ancienne carrière Miron.

Impossible de s'en débarrasser

Lundi, La Presse a rapporté l'exaspération de nombreux résidants du secteur, qui voient fréquemment des coyotes et craignent pour la sécurité de leurs enfants ou de leurs animaux de compagnie.

La mairesse Valérie Plante affirme que la Ville suit la situation de près et a mis plusieurs mécanismes en place pour gérer la cohabitation et capturer tout animal qui pourrait être malade. Mais elle se veut réaliste.

«Il faut se le dire, les coyotes sont là. On ne peut pas tous s'en débarrasser. Au contraire, ça créerait d'autres problèmes, et ils vont revenir de toute façon», a déclaré Valérie Plante lors d'un point de presse, lundi.

La mairesse rappelle que le coyote «contribue à l'écosystème et peut aider à gérer la population d'autres animaux sur l'île de Montréal».

Les autorités municipales rappellent aux gens de ne pas nourrir les coyotes pour que ceux-ci continuent à fuir l'être humain.

L'approche est la même dans la plupart des grandes villes nord-américaines, de New York à Chicago en passant par Vancouver, Toronto et Los Angeles. Les coyotes urbains font partie du paysage depuis longtemps là-bas, et les administrations municipales gèrent la cohabitation au lieu d'essayer d'éliminer l'animal.

L'opposition veut des mesures plus musclées



Mais pour l'opposition officielle à l'hôtel de ville, l'administration de Valérie Plante n'en fait pas assez pour assurer la sécurité des citoyens face aux coyotes.

«En choisissant de tout miser sur la cohabitation avec ces animaux sauvages, l'administration de Projet Montréal refuse de prendre ses responsabilités et d'assurer la sécurité des plus vulnérables. Ses "brigades d'effarouchement" ne donnent pas les résultats escomptés. Les coyotes sont plus nombreux que jamais et n'hésitent plus à attaquer. Les familles ont maintenant peur de fréquenter les parcs du secteur. Est-ce la nouvelle réalité pour les résidants du quartier?», a demandé le chef de l'opposition, Lionel Perez.

Ce dernier demande que la Ville ajoute des patrouilles policières et s'engage à trapper et à relocaliser les animaux dangereux. Il suggère aussi la possibilité d'imposer des amendes aux gens qui nourrissent les coyotes.

- Avec la collaboration de Jean-François Tremblay

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COMMENT VIT-ON AVEC LE COYOTE URBAIN À...

NEW YORK

Selon l'administration municipale, plusieurs coyotes habitent le Bronx. Un spécimen isolé habitait autrefois dans Queens. «Ils sont ici pour de bon», a dit la patronne des parcs municipaux, Sarah Grimké Aucoin, en entrevue au New York Times en 2015. La gestionnaire affirmait que les gens qui apercevaient un coyote en ville devraient apprécier leur chance de vivre un moment «spécial».

VANCOUVER

Des coyotes sont présents dans la ville de Vancouver depuis les années 80. Un organisme de bienfaisance, la Stanley Park Ecology Society, gère une carte interactive des signalements de bêtes. Des caméras ont été installées pour étudier le comportement du coyote urbain et tester des façons de l'éloigner de l'homme, avec des flashes de lumière, notamment.

CHICAGO

Un groupe de recherche a mis des colliers de géolocalisation à 60 coyotes sur le territoire de la ville afin d'étudier leur mode de vie en milieu urbain. Les chercheurs ont découvert que les animaux évitaient habilement les humains et mangeaient beaucoup de rats, un rongeur dont la surpopulation est souvent décriée à Chicago. Un coyote a fait la manchette en 2007 pour être venu s'asseoir calmement au beau milieu d'un restaurant Quiznos.

LOS ANGELES

À Los Angeles, des chercheurs étudient les estomacs des spécimens retrouvés morts en ville pour analyser leur régime alimentaire. Selon le Los Angeles Times, les bêtes étudiées avaient avalé des lapins, des oiseaux, des oranges, des pêches, des emballages de restauration rapide et des avocats. Les chats représenteraient 8% de l'alimentation des coyotes du coin. Pour les chiens, difficile à dire, car leur ADN est trop similaire à celui du coyote.