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Coyotes dans Ahuntsic: «On a peur pour nos enfants»

Anna Guzman raconte que son fils Anthony, 10 ans, s'est... (PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE)

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Anna Guzman raconte que son fils Anthony, 10 ans, s'est retrouvé face à un coyote au parc des Hirondelles d'Ahuntsic-Cartierville, le 22 juillet.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Anna Guzman regardait les enfants jouer dans le parc des Hirondelles, à partir de son appartement de l'avenue Larose, lorsque quelque chose a attiré son attention, dans les buissons : un coyote dissimulé entre les branches, qui épiait les petits.

C'était le dimanche 22 juillet. Enceinte de neuf mois, la résidante d'Ahuntsic-Cartierville avait envoyé son fils Anthony, 10 ans, jouer au parc. Le petit était accompagné de son grand-père. Ce dernier marchait avec l'enfant lorsque Anna Guzman a aperçu l'animal.

D'autres personnes ont aussi vu la bête et se sont mises à crier. Le coyote a commencé à s'agiter face à tout ce tapage.

«J'avais peur, je voyais mon fils qui était là avec mon père, j'ai crié : "Papa! Enlève-le de là!" Il a tassé Anthony, et le coyote est passé tout droit à côté.»

La dame est un peu exaspérée d'entendre des gens qui ne prennent pas au sérieux les enjeux de cohabitation avec ces animaux. «On dirait que les gens ne réalisent pas. Ils trouvent ça cute, mais c'est un animal sauvage», dit-elle.

Son fils a gardé une forte impression de cette soirée-là. «Le coyote voulait m'attaquer», raconte le garçon quand on lui demande ce qui s'est passé.

Des morsures, mais pas de blessures graves

Ce soir-là, vers 20h45, dans le même parc, une fillette de 5 ans a été mordue par un coyote, selon le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM).

Puis, vers 21h le vendredi 27 juillet, au parc Gabriel-Lalemant, tout près de là, un garçon de 5 ans a été mordu à son tour. Samedi soir, c'était au tour d'un garçon de 3 ans, qui a été mordu à une jambe vers 18h30, encore une fois au parc des Hirondelles.

Dans les trois cas, les blessures des enfants se sont avérées mineures. Mais des blessures sérieuses à des animaux domestiques ont été rapportées à plusieurs reprises. Récemment, le youtubeur montréalais LAMZ a par ailleurs diffusé une vidéo d'un animal qui fonce vers des adultes.

Plusieurs résidants sont irrités. 

«C'est ridicule, quand on appelle à la Ville, ils disent de ne pas s'en faire, que le coyote a plus peur que nous. Hé, on a des enfants, nous autres!», dit Giovanni Distasio, résidant d'Ahuntsic-Cartierville.

«Ça se parle sur Facebook, il y a des parents qui veulent déménager parce qu'ils sont trop proches du parc», affirme Caroline Vallée, rencontrée alors qu'elle jouait avec son fils au parc Gabriel-Lalemant.

À ses côtés, Josianne Bouchard renchérit. «Ici, beaucoup de gens viennent manger, se font des barbecues. Ça les attire sûrement. Ma fille de 7 ans, quand elle est sortie tantôt, je lui ai donné un sifflet. Je lui ai dit de siffler si elle voit quelque chose qui ressemble à un chien.»

Anne Faucher, mère d'un garçon de 8 ans et d'une fille de 10 ans, voit souvent des coyotes passer dans sa rue depuis l'été passé. «On trouve ça plate pour eux, on comprend qu'ils sont dérangés par l'humain, mais on a peur pour nos enfants. C'est rendu qu'ils sortent même le jour, on les voit passer avec de petits animaux dans la bouche», dit-elle.

Elle concède toutefois qu'il y a eu un avantage à leur arrivée : «Avant, on voyait souvent de gros gros rats près de chez nous. Il n'en reste plus. Les coyotes ont fait le ménage, on dirait.»

Pas le choix de s'habituer

La biologiste Julie Hébert, directrice de l'éducation au Zoo de Granby, croit que cette anecdote sur les rats est très révélatrice.

«C'est exactement ça! Nos vidanges attirent des rongeurs indésirables qui sont la proie des coyotes. Le coyote a un rôle à jouer très important dans la chaîne alimentaire, en matière de contrôle des petits mammifères», dit-elle.

Elle souligne que le retrait d'un prédateur a souvent des impacts «immenses» sur un écosystème : la disparition du loup dans certains milieux a provoqué une explosion de la population de cerfs de Virginie, qui avaient à leur tour toute une incidence sur la végétation, par exemple.

«Je comprends les craintes des citoyens quant à leurs enfants. Mais l'étalement urbain fait que ce genre de conflits entre humains et animaux vont se multiplier, c'est certain», dit Mme Hébert. 

David Gordon, chercheur de l'Université Queen's, expliquait justement dans le Globe and Mail la semaine dernière à quel point la région de Montréal était particulièrement touchée par l'étalement urbain comparativement aux autres grandes villes canadiennes : les recherches de M. Gordon démontrent qu'entre 2006 et 2016, la population dans l'île de Montréal a crû de 4,7%, alors que la population dans la couronne a augmenté de 21,1%, souvent en empiétant sur d'anciens milieux ruraux.

«On envahit de plus en plus l'habitat de ces animaux. Ils ont deux choix : s'éloigner ou tirer profit de la présence humaine. Le coyote est opportuniste, il a compris qu'il y a là une source de nourriture», affirme Julie Hébert.

La biologiste croit qu'il faut éduquer les gens à éviter absolument de nourrir les coyotes, pour ne pas changer leur comportement. «Leur comportement naturel, c'est de fuir l'humain, qui n'est pas vu comme une proie, même les enfants. Un petit chien peut lui faire un pique-nique, mais un humain, non.»

Le parc Frédéric-Back.... (PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE) - image 2.0

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Le parc Frédéric-Back.

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Patrouilles d'effarouchement

La Ville de Montréal dit être consciente de l'irritation de certains citoyens. Elle fait affaire avec une entreprise privée spécialisée qui mène des patrouilles d'effarouchement et offre un service de capture des bêtes malades ou agressives, dans les environs des parcs des Hirondelles, Gabriel-Lalemant et Frédéric-Back (l'ancienne carrière Miron). Les agents de protection de la faune du Québec prêtent au besoin leur assistance aux autorités municipales.

Des caméras et des appâts ont aussi été installés, et des soirées de sensibilisation ont été organisées avec les écoles et les garderies, a souligné la Ville dimanche.

Une activité de sensibilisation publique se tiendra au parc des Hirondelles demain soir pour rappeler les conseils de cohabitation.

LES CONSEILS DE LA VILLE

  • Ne pas nourrir les coyotes
  • Ne pas les pourchasser
  • Tenir les animaux domestiques en laisse
  • Si vous apercevez un spécimen : 438 872-COYO

Petite histoire d'une cohabitation pas toujours facile

Autres temps, autres moeurs. La Ville de Montréal sensibilise aujourd'hui les citoyens aux meilleures façons de cohabiter avec le coyote. À une autre époque, ces animaux étaient plutôt abattus sur-le-champ, comme le montrent les coupures de journaux d'époque.

Rabattu en motoneige

Une photo d'un coyote abattu et d'un « heureux chasseur » apparaissait à la une de La Presse le 9 janvier 1970. Le texte racontait comment un policier avait tué l'animal, aidé en cela par un employé du cimetière de la Côte-des-Neiges qui avait rabattu la bête en motoneige.

Trois coyotes avaient été abattus sur la montagne cet hiver-là. Le chroniqueur « chasse et pêche » de La Presse, Serge Deyglun, avait souligné quelques jours plus tard que les coyotes étaient monnaie courante dans plusieurs grandes villes, comme Los Angeles. « Là-bas, on les laisse tranquilles », disait-il.

Certains avaient protesté contre les abattages. Mais le 29 janvier, l'ancien chroniqueur « chasse et pêche » de La Tribune avait répliqué dans une lettre au Devoir qu'on avait « bien fait » de tuer les coyotes.

« Même si j'aime les coyotes comme beaucoup d'autres bêtes qui leur ressemblent, je trouve raisonnable qu'on n'en veuille pas sur l'île de Montréal, où ils n'ont vraiment pas leur place », écrivait-il, en ironisant sur ceux qui voudraient faire de ces bêtes « l'équivalent des vaches et des singes sacrés des villes de l'Inde ».

Misérable et effrayé

Deux coyotes avaient été abattus en 1974 à Montréal, l'un par un policier, l'autre par le chef inspecteur de la Société canadienne de protection des animaux (SCPA).

Il semble que plusieurs citoyens s'étaient questionnés sur la raison de ces mises à mort. Dans une lettre ouverte publiée par Le Devoir, le directeur général de la SCPA avait expliqué qu'un animal qui s'aventure dans un quartier résidentiel pour chercher sa nourriture est certainement « misérable et effrayé ».

Il y avait un risque que les coyotes deviennent dangereux, « particulièrement pour les enfants », s'ils se sentaient cernés, écrivait-il, en évoquant aussi le risque de la rage.

Les fusils tranquillisants alors sur le marché étaient difficilement utilisables et les autorités n'avaient « pas le choix quant à la façon de procéder », disait-il.

Chien, loup, coyote, peu importe

« Enfin le mystérieux "couguar" est abattu », se félicitait La Presse le 1er avril  1959, photo à l'appui. Un garde-chasse avait tué une bête qui avait fait beaucoup jaser à l'ouest de Montréal à l'époque, parce que ceux qui l'avaient d'abord aperçue croyaient qu'il s'agissait d'un dangereux couguar.

La bête s'était révélée être un coyote, un chien ou un loup, précisait l'article, mais pas un couguar.




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