La rivière Magpie, sur la Côte-Nord, a obtenu mardi une reconnaissance juridique internationale afin de protéger ce cours d’eau menacé notamment par des projets de barrages hydro-électriques.

Éric-Pierre Champagne Éric-Pierre Champagne
La Presse

Considérée comme l’une des 10 meilleures rivières sur la planète pour la pratique d’activités en eau vive, la Magpie obtient le statut de « personnalité juridique » grâce à deux résolutions adoptées par le Conseil des Innus d’Ekuanitshit et la MRC de Minganie.

Les deux résolutions s’appuient entre autres sur des lois municipales, provinciales et internationales. La démarche a reçu l’appui de l’Observatoire international des droits de la nature, dont les bureaux sont situés à Montréal.

Une telle initiative de reconnaissance juridique des droits de la nature a déjà été initiée en Nouvelle-Zélande, aux États-Unis et en Équateur. La protection de la rivière Magpie qui obtient le statut de « personnalité juridique » est une première au Canada.

« C’est un changement de paradigme », souligne Yenny Cardenas, présidente de l’Observatoire international des droits de la nature. Les groupes qui en font l’annonce croient d’ailleurs qu’ils ont maintenant les assises juridiques pour mieux défendre la rivière Magpie.

« Il s’agit pour nous d’une façon de prendre les choses en main et d’arrêter d’attendre après le gouvernement du Québec et Hydro-Québec », ajoute Alain Branchaud, directeur général de la Société pour la nature et les parcs au Québec, qui a aussi collaboré à ce projet.

Cette reconnaissance est aussi le fruit d’une collaboration entre le Conseil des Innus d’Ekuanitshit et la MRC de Minganie.

Cri du cœur

« Tout ce qu’on entend, c’est l’économie, l’économie, mais il n’y a pas juste l’économie, il y a aussi la protection de l’environnement et de la nature. Il faut sortir de l’éternel combat qui oppose l’économie à l’environnement », a plaidé Jean-Charles Piétacho, chef de la communauté innue d’Ekuanitshit en conférence de presse.

Un cri du cœur qui fait écho à celui du préfet de la MRC de Minganie, Luc Noël. « On veut protéger nos écosystèmes, on ne veut pas seulement devenir un réservoir pour Hydro-Québec. »

Les deux élus reprochent notamment au gouvernement du Québec de ne pas avoir saisi l’occasion d’accorder un statut d’aire protégée à la rivière Magpie, alors qu’un projet protégeant plus de 2600 km2 a été soumis.

Les deux résolutions prévoient la nomination de gardiens de la rivière, qui auront la responsabilité de veiller aux droits juridiques de la Magpie, mais aussi d’assurer une intendance et une mise en valeur plus décentralisée. Les gardiens seront nommés par le Conseil des Innus d’Ekuanitshit et la MRC de Minganie.

Longue de 290 km, la rivière prend sa source au Labrador et se jette dans le Saint-Laurent à la hauteur du village de Rivière-Saint-Jean-Magpie, en Minganie.