La plupart des mesures de protection de la baleine noire de l’Atlantique Nord qui étaient en vigueur l’an dernier dans le golfe du Saint-Laurent seront renouvelées en 2021, a annoncé jeudi Ottawa, qui consent toutefois quelques compromis aux pêcheurs.

Jean-Thomas Léveillé Jean-Thomas Léveillé
La Presse

La vitesse des navires de plus de 13 mètres sera encore limitée à 10 nœuds (18,5 km/h) dans l’essentiel du golfe entre le 28 avril et le 15 novembre, à l’exception d’un corridor de navigation, où la limite s’appliquera uniquement lorsqu’une baleine noire sera observée « visuellement ou acoustiquement ».

Ce corridor, qui va des Îles-de-la-Madeleine à la pointe ouest de l’île d’Anticosti, est divisé en quatre zones ; la limite de vitesse s’appliquera pour 15 jours dans la zone où des baleines ont été observées.

Ces mesures « portent fruit », a indiqué lors d’une séance d’information destinée aux médias une fonctionnaire de Pêches et Océans Canada, que le Ministère a demandé de ne pas identifier.

Aucune baleine n’a été retrouvée morte ou empêtrée dans des filets de pêche en eaux canadiennes en 2020, rappelle le gouvernement, qui avait mis en place différentes mesures de protection dans la foulée de l’hécatombe de 2017, qui s’était soldée par la mort de 12 baleines noires.

Peu d’amendes

Seulement quatre amendes ont été imposées en 2020 à des navires qui excédaient la limite de vitesse prescrite dans le golfe — Transports Canada n’a pas divulgué leur montant.

Un fonctionnaire de Transports Canada a expliqué que l’analyse des incidents démontre parfois que les vents ou les vagues ont pu provoquer une légère augmentation de la vitesse ou que celle-ci peut être justifiée par une « urgence maritime » ; des amendes ne sont pas imposées dans de telles situations.

Une zone de « ralentissement volontaire » de vitesse sera aussi maintenue au printemps et à l’automne 2021 dans le détroit de Cabot, entre Terre-Neuve et l’île du Cap-Breton, en Nouvelle-Écosse.

Cette mesure, qui vise à protéger les baleines lors de leur entrée et de leur sortie du golfe du Saint-Laurent, avait pourtant connu un faible succès, l’an dernier.

L’organisme de conservation des océans Oceana Canada avait constaté que 464 des 697 navires, soit 67 %, qui ont circulé dans ce secteur entre le 28 avril et le 15 juin dépassaient la limite de 10 nœuds.

Dix d’entre eux voguaient même au-delà de 20 nœuds (37 km/h).

Transports Canada affirme qu’il serait irréaliste de rendre la limite de vitesse obligatoire.

« C’est un corridor tellement difficile pour la navigation », a expliqué un fonctionnaire, estimant que « la météo était si mauvaise » durant près de la moitié de la période de limitation volontaire l’an dernier qu’il aurait de toute façon fallu la lever, pour des raisons de sécurité.

Compromis

Les mesures de protection mises en place en 2021 prévoient quelques compromis pour l’industrie de la pêche.

Ainsi, plutôt que de fermer une zone du golfe à la pêche pour la totalité de la saison dès qu’une baleine noire est observée, la fermeture sera d’abord de 15 jours et elle sera rendue permanente si une nouvelle observation est faite entre le 9e et le 15e jour.

Dans la baie de Fundy et dans les habitats essentiels des bassins de Roseway et Grand Manan, situés à l’ouest de la Nouvelle-Écosse, une nouvelle observation de baleine entre le 9e et le 15e jour suivant une première observation mènera à une nouvelle fermeture de 15 jours de la zone de pêche.

Aussi, les navires de pêche commerciale seront exemptés de la limite de vitesse dans les eaux d’une profondeur inférieure à 20 brasses (37 mètres).

Finalement, l’obligation pour les pêcheurs de s’équiper avant la fin de 2021 de cordes dotées de « points de rupture faibles » pour aider les baleines à se libérer en cas d’empêtrement est reportée d’un an.

Pêches et Océans Canada indique que la pandémie de COVID-19 a empêché les pêcheurs de tester suffisamment ce nouveau matériel.

Plus que 366 individus

Le nombre de baleines noires de l’Atlantique Nord est désormais estimé à 366 individus dans le monde ; il était d’environ 400, l’an dernier. On ne peut toutefois conclure à la mort d’une trentaine de baleines en un an, a nuancé un fonctionnaire de Pêches et Océans Canada, expliquant que ces calculs reposent sur l’observation des individus répertoriés, faites par le New England Aquarium. Or, on ne peut présumer de la mort d’un individu seulement parce qu’il n’a pas été observé une année donnée ; il faut attendre plusieurs années d’absence avant de le présumer mort.