Des courges gravées au laser ? L’image fait frémir. Mais rassurez-vous, la réalité est beaucoup moins effrayante.

Jean-Christophe Laurence Jean-Christophe Laurence
La Presse

En Europe, de plus en plus de supermarchés adoptent cette technologie pour identifier leurs fruits et légumes bios et éviter les emballages superflus.

Le principe est simple : un laser « brûle » en surface la pelure des fruits et légumes. La peau est ainsi dépigmentée, ce qui laisse apparaître les indications souhaitées. Dans ce cas-ci, l’étiquette bio ou d’autres infos pertinentes.

Ce marquage n’a pas d’influence sur le goût ni sur la durée de conservation du fruit ou du légume. Il permet à celui-ci d’être vendu en vrac, sans plastique, cellophane ou sans ces (maudites ?) petites étiquettes parfois difficiles à enlever.

Outre ces économies, il permet aussi au consommateur d’acheter ses denrées à l’unité, sans être obligé d’acheter des paquets de deux ou trois parce que les aliments sont ainsi emballés.

Cette technologie existe depuis au moins 2016, mais selon la société néerlandaise Eosta, une des premières à l’avoir proposée, elle suscite un intérêt grandissant.

La première année, il nous a fallu apprendre comment les fruits et légumes réagissaient en fonction de leur espèce ou de leur provenance.

Paul Hendriks, expert aux emballages chez Eosta

« Le marché devait s’habituer. Lentement mais sûrement, de plus en plus de détaillants ont montré de l’intérêt », explique M. Hendriks.

M. Hendricks admet que le marquage au laser coûte plus cher que « pas de marquage du tout ». Mais le prix est « beaucoup plus bas », finalement, que celui des emballages plastiques ou des petites étiquettes, qui ont aussi leur coût de production et finissent à la poubelle.

Il précise que les machines peuvent graver jusqu’à 50 fruits à la minute, même si certains articles peuvent prendre un peu plus de temps, parce que leur peau est plus dure.

Eosta a présentement des clients dans une quinzaine de pays, principalement en Europe du Nord, mais aussi en Australie et dans les Émirats arabes unis.

La chaîne Delhaize, équivalent belge de nos Metro ou Loblaws, fut une des premières à adopter ce marquage particulier sur le Vieux Continent et le propose maintenant dans 200 de ses 750 supermarchés à travers le pays.

Cette initiative verte vient « surtout » d’une demande des clients, « qui demandaient des solutions pour présenter moins de plastique », admet Roel Dekelver responsable des communications chez Delhaize.

M. Dekelver concède que les grandes chaînes de supermarchés n’ont plus le choix de se mettre au bio si elles ne veulent pas être délaissées au profit d’épiceries plus « vertes ». Les consommateurs sont de plus en plus conscientisés et les grands acteurs n’ont pas d’autre option que de répondre à cette nouvelle réalité.

ll reconnaît, en ce sens, que les commerces bios ont été une « inspiration », parce que leur succès « montre qu’une partie de la clientèle cherche des produits comme ça ».

De l’aveu même de ses inventeurs, le procédé possède toutefois ses limites : certains agrumes régénèrent leurs pigments, ce qui fait disparaître la gravure.

Beaucoup de fruits et légumes, dont la peau est trop mince ou pas assez dure, sont en outre inadaptés à cette technologie. Pêches, abricots, prunes, tomates, raisins et concombres seraient automatiquement endommagés par le laser.

En revanche, le marquage s’applique très bien aux courges, patates douces, avocats et autres melons. Au Royaume-Uni, la chaîne Marks & Spencer l’applique principalement aux noix de coco, tandis que Delhaize le réserve essentiellement aux courges butternut.

Les fruits et légumes gravés seraient-ils donc une solution pour réduire les 8 millions de tonnes de plastique qui finissent chaque année dans nos océans ? Calmons-nous.

Selon M. Dekelver, Delhaize aurait « sauvé » 13 tonnes de plastique inutile par an depuis l’implantation de ce système. Eosta affirme pour sa part avoir économisé 22 millions de contenants en plastique grâce à ce procédé.

Ce n’est pas encore la révolution. Et la crise sanitaire actuelle « n’aide pas », ajoute Paul Hendriks. Mais c’est quand même mieux que rien.

En outre, les bienfaits de cette technologie ne se calculent pas qu’au poids.

On peut imaginer, par exemple, que la gravure au laser, si elle se répand davantage, précipitera la fin des petites étiquettes collées sur la peau de certains fruits. Envoyées au recyclage, ces dernières embêtent les agents de la chaîne de compostage, qui doivent les extraire du mélange, faute de quoi le compost devient « inutilisable », selon la Ville de Montréal.

« Personnellement, je pense que c’est une très bonne, sinon la meilleure façon de repenser l’emballage, conclut Paul Hendriks, d’Eosta. L’objectif serait de ne jamais utiliser de plastique, et pour certains produits, nous y arrivons. Je pense que c’est un bon départ. »