(Ottawa) Même si sa priorité demeure de distribuer plus de 100 milliards en aide d’urgence, le gouvernement fédéral est en train de planifier discrètement la sortie de crise à plus long terme.

Mia Rabson
La Presse canadienne

Son plan encore embryonnaire reprend en partie la stratégie économique qui se dessinait avant que la COVID-19 ne chamboule tout, avec un budget fortement axé sur les changements climatiques.

« Lorsque la reprise commencera, le Canada pourra bâtir une économie plus forte et résiliente en investissant dans un avenir plus propre et sain pour tous », a déclaré Moira Kelly, porte-parole du ministre de l’Environnement Jonathan Wilkinson.

La ministre des Femmes et de l’Égalité des genres, Maryam Monsef, expliquait dans une récente entrevue que la réponse du gouvernement compte trois volets, à commencer par l’aide directe aux citoyens, puis le soutien aux entreprises.

« En même temps, nous posons des balises pour que, quand il sera temps de commencer le nettoyage et la reprise économique et communautaire, mon équipe ait préparé une ébauche de la marche à suivre », a-t-elle exposé.

Certains ministres dont les portefeuilles sont moins sollicités dans le cadre de la lutte à la pandémie examinent de plus près la situation sur le long terme. Parmi eux figurent le ministre de l’Environnement, Jonathan Wilkinson, et la ministre de l’Infrastructure, Catherine McKenna.

Avant la COVID-19, tous deux jouaient un rôle de premier plan dans la préparation du budget fédéral, qui devait constituer en quelque sorte une mise de fonds pour l’atteinte de la carboneutralité d’ici 2050 — une promesse électorale des libéraux.

Certains des plans associés au budget sont attendus prochainement. C’est notamment le cas d’un investissement massif pour nettoyer les puits de pétrole abandonnés en Alberta et réorienter par le fait même certains travailleurs de l’industrie des énergies fossiles.

Une autre promesse électorale serait également en voie de se matérialiser : des prêts sans intérêt pouvant atteindre jusqu’à 40 000 $ pour que les propriétaires adoptent des solutions écoresponsables et plus efficaces sur le plan énergétique, comme l’installation de panneaux solaires ou de fenêtres mieux isolées.

Le président de l’Association canadienne des industries solaires, Wesley Johnston, rapporte que le gouvernement mise avant tout sur des programmes qui peuvent être rapidement mis en œuvre et qui créeront des emplois et des liquidités. M. Johnston est l’un des signataires d’une lettre ouverte publiée la semaine dernière pour inviter le premier ministre Justin Trudeau à considérer les technologies et énergies propres comme la clé de son plan de relance économique.

Le chef du Parti conservateur du Canada, Andrew Scheer, a déclaré que sa formation en aurait plus à dire sur le plan de relance une fois la crise sanitaire immédiate terminée. Il a toutefois insisté que le gouvernement ne doit pas revenir aux politiques habituelles du Parti libéral, surtout en ce qui concerne les secteurs pétrolier et gazier.

« Nous devrons commencer à discuter de la manière dont nous pouvons avoir un régime fiscal beaucoup plus compétitif et moins de réglementations qui nous empêchent d’attirer les investissements », a-t-il avancé.

Ralph Goodale, ancien ministre de la Sécurité publique et des Finances, a lui-même supervisé un certain nombre de plans de relance dans la foulée de catastrophes de moindre envergure, telles que des inondations et des incendies de forêt majeurs. « Déterminer exactement comment procéder va demander beaucoup d’ingéniosité », soutient-il.

M. Goodale croit qu’il sera nécessaire de soutenir sur une plus longue période des secteurs comme ceux des transports, du tourisme et de l’énergie, qui vont souffrir davantage du présent ralentissement. Il encourage également ses anciens collègues membres du cabinet à faire preuve de créativité en élaborant des programmes qui font d’une pierre deux coups, comme lutter contre les changements climatiques et rendre le pays plus autosuffisant sur le plan alimentaire par exemple.

Selon l’économiste en chef du Conference Board du Canada, Pedro Antunes, un imposant plan de relance économique, à l’instar de celui qui avait été présenté lors de la crise financière de 2009, pourrait s’avérer inutile. Les dommages infligés à l’économie par la COVID-19 devraient se réparer lors de la levée des restrictions, fait-il valoir.

« Une fois qu’on commencera à rouvrir l’économie, à éliminer cette directive de distanciation sociale, je pense que l’économie rebondira assez bien d’elle-même », prédit-il, en reconnaissant toutefois que le retour à la normale tardera davantage dans certaines industries, comme celle du tourisme.