Le gigantesque projet d’agrandissement de la mine de charbon Vista, en Alberta, sera finalement soumis à une évaluation environnementale fédérale, a confirmé jeudi le ministre de l’Environnement et du Changement climatique du Canada, Jonathan Wilkinson.

Jean-Thomas Léveillé Jean-Thomas Léveillé
La Presse

« Nous allons avoir une évaluation fédérale pour les deux phases du projet », a-t-il déclaré dans une entrevue à La Presse, évoquant les impacts du projet dans les champs de compétence du gouvernement fédéral, notamment les émissions de gaz à effet de serre, les droits des peuples autochtones et la protection des poissons.

Il s’agit d’un revirement de situation, puisque le ministre avait décidé en décembre dernier de ne pas soumettre l’agrandissement de la mine à une évaluation fédérale.

Or, quelques mois plus tard, en mai, l’entreprise Coalspur Mine avait soumis une demande pour un second agrandissement de ses installations situées à l’ouest d’Edmonton, avec l’ajout d’une mine souterraine.

Avec ce deuxième volet, la mine Vista pourrait plus que doubler sa production de charbon thermique, qui sert à produire de l’électricité – et qui est principalement exportée en Asie.

Elle passerait de quelque 19 000 tonnes à plus de 40 000 tonnes par jour, soit, sur une base annuelle, de 6 millions de tonnes à près de 15 millions de tonnes.

« Nous n’en savions rien quand j’ai approuvé [la demande initiale] », a expliqué le ministre, qui n’a toutefois pas voulu dire s’il estimait que Coalspur avait voulu duper le gouvernement pour éviter une évaluation environnementale fédérale.

« Quand un projet est soumis et que quelques mois plus tard vous avez un nouveau projet qui est soumis et qui, dans les faits, fait partie du même projet, ça soulève beaucoup de préoccupations », a-t-il dit.

« Nous ne voulons certainement pas encourager la scission de projets pour éviter l’évaluation environnementale fédérale, a-t-il ajouté. Ce n’est pas approprié et ce n’est pas de cette façon que les entreprises doivent se comporter. »

Message

L’annonce de l’évaluation environnementale est « une excellente nouvelle », aux yeux d’Équiterre.

« On félicite le gouvernement d’avoir pris ses responsabilités, d’avoir répondu à ses obligations environnementales », a déclaré à La Presse Marc-André Viau, directeur des relations gouvernementales de l’organisation environnementale.

Équiterre n’est d’ailleurs peut-être pas étrangère à ce revirement de situation ; conjointement avec l’organisation Ecojustice, elle avait déposé une demande à l’Agence d’évaluation d’impact du Canada (AEIC) pour que la décision du ministre soit réévaluée à la lumière des nouvelles informations.

« Le message qui est envoyé, c’est que si vous essayez de faire ces manigances-là, le gouvernement et les organismes environnementaux vous ont à l’œil », a estimé M. Viau.

L’évaluation fédérale, qui devrait être complétée d’ici 18 mois, sera complémentaire à l’évaluation provinciale.

« On va avoir un portrait beaucoup plus complet de la situation », affirme Marc-André Viau.

« Le gouvernement de l’Alberta, qui tente d’affaiblir le plus possible la réglementation environnementale, a intérêt à ce qu’une évaluation d’impact ait la moins grande portée possible, que ça se restreigne au champ de compétence de la province, estime-t-il. Mais on va voir qu’il y a beaucoup plus de conséquences négatives que l’Alberta ne veut nous le faire croire. »

L’évaluation d’Ottawa devra chercher des façons d’atténuer les impacts environnementaux de l’éventuelle expansion de la mine, ou « pourrait mener au rejet du projet », précise le ministre Jonathan Wilkinson.

La Presse n’a pas pu joindre Coalspur Mine.

Doit-on en finir avec le charbon ?

Ottawa a également annoncé jeudi les détails de « l’évaluation stratégique » qui devra déterminer si le Canada doit mettre un terme à l’exportation et la production de charbon. « C’est la première fois que nous posons la question très clairement aux Canadiens », a souligné le ministre de l’Environnement et du Changement climatique, Jonathan Wilkinson, dans un entretien avec La Presse. « Nous sommes le premier gouvernement à mettre cela sur la table », a-t-il ajouté. La « version préliminaire » du mandat, publiée jeudi, est sujette aux commentaires du public pour une période de 30 jours, après quoi le comité chargé de mener l’évaluation entamera ses travaux, en septembre. « Ils produiront un rapport d’ici un an, ce qui est un court laps de temps, et le gouvernement aura ensuite une décision à prendre », a indiqué le ministre Wilkinson.