Les précisions apportées par le chef caquiste François Legault au sujet de son plan de match en immigration provoquent un changement de ton chez Philippe Couillard. Le chef libéral l'accuse maintenant de vouloir « briser des familles » en réduisant le nombre de réunifications familiales.

Publié le 6 sept. 2018
Tommy Chouinard LA PRESSE

Mercredi, M. Legault a détaillé comment il s'y prendrait pour faire passer de 50 000 à 40 000 le nombre de nouveaux arrivants admis chaque année au Québec. Cette baisse de 20% s'appliquerait à toutes les catégories d'immigrants, qu'ils soient sélectionnés par Québec ou Ottawa, a-t-il indiqué.

Parmi les 50 000 personnes admises, 30 000 sont sélectionnées par Québec en vertu du programme d'immigration économique. Ottawa détient les pouvoirs pour le reste : les réfugiés (9000) et les personnes issues du programme de réunification familiale (12 000). Ce programme vise à ce qu'une personne déjà admise au Québec - résident permanent ou citoyen canadien - puisse faire venir ici d'autres membres de sa famille en parrainant leur demande, sous certaines conditions.

M. Legault a indiqué que ces trois catégories d'immigrants devraient être réduites dans une proportion égale. « Idéalement, ça serait proportionnel : 20 % dans chaque catégorie », disait-il mercredi. Il reste ferme sur sa cible globale, peu importe le résultat des pourparlers avec Ottawa.

Philippe Couillard accuse depuis des jours François Legault de proposer une politique en immigration qui est « anti-économique », puisque le Québec est en pénurie de main-d'oeuvre. Encore jeudi, il a dit que cette proposition est « absurde », qu'il s'agit d'une « erreur économique très grave, une des plus grandes erreurs économiques des dernières années faites par un parti politique ».

Or, il adopte une nouvelle ligne d'attaque avec les précisions du chef caquiste, qui cible maintenant les réunifications familiales.

« D'une part, il ferme la porte d'entrée, (donc) moins de travailleurs de l'extérieur, il ouvre la porte de l'expulsion avec ses tests, et puis en même temps, il est prêt à briser des familles », a accusé le chef libéral. Il s'est aussitôt permis d'ironiser : « Quelle vision sociale extraordinaire ! »

Il doute qu'Ottawa serait favorable à l'intention de la CAQ et accepterait ses demandes. « Vous leur demanderez. Je serais surpris », a-t-il dit.

Philippe Couillard ne réclame pas à Ottawa les pleins pouvoirs en immigration. Il limite ses revendications au programme de travailleurs temporaires. Il raconte qu'une boulangère de Québec lui a confié que, « pour renouveler le permis de travail temporaire de son employé, elle doit elle-même faire une étude d'impact pancanadienne et déposer 2000 $ sans savoir d'avance le résultat de sa démarche ».

« Il n'y a pas un petit entrepreneur qui va faire ça, a-t-il ajouté. Mon appel au gouvernement fédéral, c'est que ce programme-là soit amélioré considérablement. S'il n'est pas capable de le faire, on va le faire nous-mêmes. (...) Qu'il nous transfère le programme, on va le faire », a-t-il affirmé.