Les élèves du primaire et du secondaire renouent ces jours-ci avec les examens du Ministère, annulés depuis deux ans. Ils planchent sur des épreuves touchant moins de contenu et qui auront moins d’importance sur la note au bulletin.

Publié le 27 mai
Marie-Eve Morasse
Marie-Eve Morasse La Presse

Que ce soit en mathématiques, en français, en histoire, en sciences ou en anglais, les épreuves obligatoires auxquelles se soumettent les élèves auront cette année la particularité d’être « alignées sur les apprentissages à prioriser », confirme le ministère de l’Éducation.

En raison de la pandémie, le gouvernement a sélectionné depuis deux ans des connaissances essentielles que les enseignants doivent prioriser « pour favoriser le cheminement des élèves vers le niveau suivant ».

Tant au primaire qu’au secondaire, c’est sur ces apprentissages que portent les examens obligatoires du Ministère.

« Comme les enseignants se sont fiés à ces connaissances, [le ministère de l’Éducation] a dû adapter les épreuves ministérielles pour que les élèves ne se retrouvent pas avec des contenus qu’ils n’avaient pas vus en profondeur », explique Nicole Monney, professeure au département des sciences de l’éducation de l’Université du Québec à Chicoutimi.

Des épreuves écourtées au primaire

Le ministère de l’Éducation cite l’exemple de l’épreuve de lecture de la quatrième année du primaire. Plutôt que d’évaluer comme à l’accoutumée deux types de texte en français (un texte courant et un texte littéraire), les élèves auront cette année à en lire un seul.

En sixième année, la durée de l’épreuve de mathématiques a été écourtée et se déroule sur trois jours plutôt que cinq. « Ce sont quand même de bonnes épreuves qui prennent au total 4 h 30. C’est costaud », fait observer la professeure Nicole Monney.

Ajuster les examens aux apprentissages n’est pas du nivellement par le bas, ajoute-t-elle. Car même en précisant aux enseignants quelles sont les connaissances « incontournables » d’une année scolaire, ils en abordent d’autres. Mme Monney cite comme exemple les mathématiques, où l’apprentissage des multiplications a un effet sur l’apprentissage des additions.

Au secondaire, le ministère de l’Éducation précise ne pas avoir réduit la durée des examens, mais confirme que les épreuves en mathématiques et en sciences ont dû être modifiées pour correspondre aux apprentissages à prioriser.

Une pondération plus faible

La pandémie aura permis de revoir ces épreuves uniques souvent critiquées, mais rendra difficile la comparaison avec les résultats obtenus par les élèves les années précédentes. Car en plus du contenu, la pondération de ces examens a baissé de manière significative.

Des examens qui comptent pour 50 % de la note finale, comme c’était le cas avant la pandémie, « c’est questionnable », estime Nicole Monney.

D’abord, il faut penser que si un élève n’est pas en grande forme la journée d’un examen, il joue une bonne partie de son année si la pondération est trop élevée. De plus, la professeure rappelle que les milieux scolaires ne sont pas tous égaux : il suffit de penser aux milieux défavorisés ou aux réseaux public et privé, dit-elle.

« Est-ce que l’élève est dans une classe moins forte ? Son prof est-il tombé malade après quatre mois et il a eu trois suppléants ? », illustre la professeure, selon qui en baissant la pondération de ces examens, ils deviennent plus équitables pour tous.

Par « souci de justice » par rapport aux cohortes qui ont commencé leur parcours scolaire durant la pandémie, le gouvernement peut difficilement se permettre de revenir en arrière au cours des prochaines années, estime Mme Monney.

Un projet de règlement à l’étude à Québec prévoit de maintenir la pondération des épreuves à la baisse pour l’année scolaire 2022-2023. « Outre ces modifications, le retour à l’organisation scolaire habituelle est proposé », précise le ministère de l’Éducation.

Mme Monney rappelle qu’à la base, ces épreuves de fin d’année ont été instaurées pour avoir un « portrait du Québec », pour comparer les régions, les écoles, afin de mieux allouer les ressources du milieu éducatif.

Des ressources à la disposition des élèves

Au secondaire, les examens du ministère de l’Éducation sont commencés depuis le début de mai et se poursuivront jusqu’à la fin de juin. Ils s’amorceront dès mardi pour les élèves du primaire. À l’organisme Alloprof, on note qu’à l’approche de ces examens, « il y a un peu de fébrilité », tant chez les élèves que chez leurs parents. « Il faut rappeler que ce ne sont pas des surprises que l’on retrouve dans ces examens ni des questions qui sortent d’un chapeau : on passe en revue ce qui a été appris pendant l’année », rassure Annie Harvey, porte-parole d’Alloprof. Traditionnellement, le nombre d’appels chez Alloprof augmente quand les examens du Ministère approchent. Mais Annie Harvey rappelle qu’on est encore au tout début de cette série d’épreuves. « On le sait, les jeunes ne se préparent pas d’avance… », dit-elle en riant. L’organisme est néanmoins prêt : depuis la mi-mars, on a répondu aux questions de 60 000 élèves.

En savoir plus

  • 20 %
    Pondération des épreuves au primaire et en deuxième secondaire avant la pandémie
    Source : ministère de l’Éducation
    10 %
    Pondération des épreuves au primaire et en deuxième secondaire en 2022
    Source : ministère de l’Éducation
  • 50 %
    Pondération des épreuves en quatrième et cinquième secondaire avant la pandémie
    Source : ministère de l’Éducation
    20 %
    Pondération des épreuves en quatrième et cinquième secondaire en 2022
    Source : ministère de l’Éducation