L’Université d’Ottawa a créé cinq postes réservés aux candidats racisés ou autochtones en 2021-2022, dans le but de « remédier à la sous-représentation de certains groupes au sein du corps professoral », a appris La Presse.

Publié le 2 avril
Léa Carrier
Léa Carrier La Presse

En novembre dernier, l’Université d’Ottawa a affiché un poste de professeur en droit public destiné uniquement aux candidats racisés ou autochtones. Cet appel de candidatures rappelle celui lancé par l’Université Laval qui, excluant de facto tout homme blanc non handicapé, a fait beaucoup de vagues cette semaine.

Dans l’affichage, l’Université d’Ottawa dit se conformer au « plan en matière d’équité, de diversité et d’inclusion » de la faculté de droit et de l’établissement, « qui vise à remédier à la sous-représentation de personnes racisées ou autochtones au sein de son corps professoral ».

« Les personnes qui souhaitent être considérées comme faisant partie de ces groupes sont priées de s’auto-identifier », y écrit-on.

Par courriel, l’Université d’Ottawa indique avoir créé cinq postes réservés aux candidats racisés ou autochtones en 2021-2022. « [L’objectif est que] le corps professoral reflète la population étudiante qu’il est appelé à desservir et à qui il sert de modèles », explique la porte-parole de l’établissement, Isabelle Mailloux.

Certaines personnes font l’objet de biais systémiques dans l’embauche depuis des années, et ce, en dépit du fait qu’elles soient qualifiées.

Isabelle Mailloux, porte-parole de l’Université d’Ottawa

Cette semaine, l’Université Laval s’est retrouvée au cœur d’une controverse à la suite de l’affichage d’un poste au sein de sa chaire de recherche du Canada en biologie, dans lequel il était précisé que seuls les femmes, les Autochtones, les personnes en situation de handicap ou appartenant à une minorité visible seraient considérés.

À la différence de l’Université d’Ottawa, qui souhaite répondre à ses propres cibles, l’Université Laval avait établi ses critères de sélection afin d’atteindre les cibles de représentation exigées pour les chaires de recherche du Canada, un programme financé par le gouvernement fédéral.

L’affichage, partagé par l’humoriste Guy Nantel sur Twitter, a lancé un vif débat sur la discrimination positive.

Des politiciens de toutes les bannières, dont la vice-première ministre du Québec, Geneviève Guilbault, s’en sont indignés, jugeant l’appel de candidatures exagéré ou même discriminatoire.

« Fort appui » des professeurs

La présidente de l’Association des professeur.e.s de l’Université d’Ottawa, Susan Spronk, a dit remarquer un « fort appui » de ses membres pour ce genre de mesures visant à diversifier le corps professoral.

La convention collective permet d’ailleurs l’embauche préférentielle, lorsque l’université le juge approprié.

« La question centrale, c’est si on a un corps professoral qui reflète la société canadienne », souligne Mme Spronk. Le syndicat n’a pas accès aux données sur les groupes auxquels s’identifient ses membres, des « informations qui sont confidentielles », a-t-elle expliqué.

Quant à savoir si ce genre d’affichage suscite un malaise chez certains professeurs, Mme Spronk répond que « c’est une conversation qui en crée parfois, mais il y a une ouverture sur les manières de refléter la communauté canadienne ».

« Des affichages qui sont aussi limités que ça, à ma connaissance, je n’en ai pas vu », affirme pour sa part Luc Angers, vice-président de l’Association des professeur.e.s à temps partiel de l’Université d’Ottawa.

M. Angers dit comprendre l’université de vouloir diversifier son corps professoral, mais se pose des questions sur le procédé choisi pour y arriver. « On veut le ou la meilleure candidate, avec le plus d’expérience », argue-t-il.

En savoir plus

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    Proportion des membres du corps professoral et des chercheurs qui s’identifient à au moins deux groupes de diversité au Canada (femme, minorité visible, minorité sexuelle, autochtone, handicap, français comme première langue parlée)
    SOURCE : STATISTIQUE CANADA, 2019