Québec a affecté directement à l’entretien des systèmes de ventilation seulement 20 des 432 millions versés par Ottawa pour assurer un « retour en classe sécuritaire » en 2020. Depuis le début de la crise sanitaire, le gouvernement Legault a souvent été critiqué pour sa lenteur à améliorer la qualité de l’air dans les écoles.

Publié le 23 janvier
Vincent Brousseau-Pouliot
Vincent Brousseau-Pouliot La Presse

En vue de la rentrée scolaire de l’automne 2020, le fédéral a versé 2 milliards de dollars aux provinces pour « assurer un retour en classe sécuritaire et protéger la santé des élèves et du personnel ». L’argent a été distribué aux provinces au prorata de leur population. Les provinces pouvaient dépenser l’argent « en fonction de leurs priorités en éducation », selon Ottawa.

En fait, il est possible que plus de 20 millions de l’argent versé par le fédéral ait servi à améliorer la qualité de l’air dans les écoles.

Des 432 millions, Québec a versé 190 millions aux centres de services scolaires pour payer leurs dépenses supplémentaires engendrées par la pandémie. Certains d’entre eux peuvent avoir investi une partie des 190 millions dans la ventilation et la qualité de l’air, mais Québec ne le sait pas pour l’instant. Le gouvernement attend un rapport des centres de services scolaires à ce sujet au cours des prochains mois. On pourra alors déterminer avec précision quelle somme a été investie au total dans la ventilation et l’amélioration de la qualité de l’air.

En plus des 20 millions d’Ottawa, Québec dit avoir investi « des centaines de millions de dollars » de son propre argent pour améliorer la qualité de l’air dans les écoles.

« Nous avons investi des centaines de millions [des budgets du gouvernement du Québec] dans la ventilation », dit Florent Tanlet, attaché de presse du ministre de l’Éducation du Québec, Jean-François Roberge. En matière de qualité de l’air dans les écoles, Québec fera un bilan au cours des prochains mois, après avoir reçu les informations pertinentes de tous les centres de services scolaires.

« Le Québec utilise sa juste part de l’ensemble des fonds qui lui sont transférés [d’Ottawa] pour appuyer ses propres priorités visant à maintenir un environnement sain et sécuritaire dans les écoles québécoises [pour l’année 2020-2021] », a indiqué par courriel le ministère de l’Éducation.

Les 432 millions du fédéral ont été versés au Québec à l’automne 2020, mais c’est la première fois que la répartition de ces dépenses est rendue publique, à la suite notamment d’une demande de La Presse.

70 000 purificateurs d’air en Ontario

Le ministère de l’Éducation du Québec a distribué 435 échangeurs d’air pour les classes jugées problématiques dans la province. Les centres de services scolaires en ont peut-être installé d’autres, mais Québec n’en connaît pas le nombre pour l’instant.

L’Ontario a adopté une stratégie différente et plus agressive en matière de qualité de l’air dans les écoles. Dans la province voisine, les purificateurs d’air (unités portables à filtres HEPA) sont obligatoires dans les locaux sans ventilation mécanique. L’Ontario a ainsi ajouté 70 000 purificateurs d’air dans ses écoles à temps pour la rentrée de 2021.

Québec indique avoir acheté 90 475 lecteurs de CO2 pour les écoles du Québec. Les lecteurs de CO2 indiquent la qualité de l’air, mais ne règlent pas le problème d’une classe mal aérée.

Québec conseille notamment aux écoles d’ouvrir leurs fenêtres, sauf en période de grands froids comme la semaine dernière.

Le gouvernement québécois précise avoir remis un échangeur d’air (435 au total) à tout organisme scolaire en ayant fait la demande (il n’y a pas de liste d’attente).

Combien de classes au Québec auraient besoin d’un purificateur ou d’un échangeur d’air ? Plusieurs experts ont critiqué la méthode de calcul du CO2 dans les classes utilisée par le ministère de l’Éducation (notamment à la suite d’une enquête de Radio-Canada en avril). Québec établit le taux de CO2 en calculant une moyenne à partir de trois mesures : 1) quand il n’y a personne dans la classe ; 2) au milieu d’un cours avec les élèves ; 3) durant un cours avec les élèves après avoir laissé la fenêtre ouverte pendant 20 minutes. Selon plusieurs experts, seul le deuxième test serait représentatif.

15 millions pour le transport scolaire

Pour l’enveloppe de 2 milliards, Ottawa n’a pas imposé de conditions aux provinces, mais indique s’être entendu avec elles sur sept objectifs généraux liés à la COVID-19 : adaptation des espaces d’apprentissage, amélioration de la ventilation, mesures d’hygiène et tests de dépistage, nettoyage, acquisition d’équipements de protection individuelle pour les élèves et le personnel, apprentissage à distance, formation en matière de santé et sécurité.

Québec a fait le choix d’affecter 15 des 432 millions au transport scolaire, notamment pour des primes afin d’attirer des chauffeurs en situation de pénurie de main-d’œuvre – ce qui ne concorde pas à première vue avec l’un des sept objectifs de l’enveloppe fédérale.

Ottawa n’a pas demandé aux provinces de rendre des comptes pour savoir comment l’argent a été dépensé.

Au Québec, le gouvernement Legault a choisi, sur la somme totale de 432 millions, d’attribuer 89 millions au ministère de l’Éducation (pour des programmes précis liés à l’éducation en temps de COVID-19) et 343 millions aux écoles (centres de services scolaires et écoles privées).

Sur les 343 millions attribués aux écoles ou aux centres de services scolaires, 190 millions sont destinés à leurs besoins locaux liés à l’éducation en temps de pandémie (achat d’ordinateurs portables s’il en manque pour l’enseignement à distance, par exemple). Les 153 autres millions devaient être dépensés par les écoles ou les centres de services scolaires pour une série de programmes ou d’objectifs précis (20 millions pour des mesures de rattrapage et de soutien scolaire, 24 millions pour les services éducatifs à distance, 20 millions pour l’entretien des systèmes de ventilation, 15 millions pour le transport scolaire, etc.).