Après des vacances prolongées par Omicron, puis par un jour de tempête, les enfants étaient heureux de rentrer en classe. Les professeurs, eux, étaient à la fois ravis de les revoir et inquiets du risque d’infection. Quant au gouvernement Legault, il a dénoncé les mouvements de contestation lancés par des syndicats.

Mis à jour le 18 janvier
Marie-Eve Morasse
Marie-Eve Morasse La Presse
Louise Leduc
Louise Leduc La Presse

Mardi matin, aux abords de l’école primaire Hélène-Boullé, dans le quartier Villeray, à Montréal, c’était à se demander qui des enfants ou des parents étaient les plus heureux de la réouverture des écoles. Alors, ce retour ? « Tellement content ! », a lancé un père, tout sourire.

Venue reconduire son fils, Andrée-Anne Gratton a estimé que le retour en classe était sûr.

On est très heureux, pour les enfants surtout, mais pour les parents, c’est super ! Voir nos enfants enfin retrouver leurs amis, c’est l’idéal.

Andrée-Anne Gratton, mère de famille

Mme Gratton estime que le travail de la maison sera ainsi facilité pour les parents.

L’école en ligne, c’était « vraiment plate », a indiqué son fils Edgar, qui est en troisième année.

D’autres parents étaient plus ambivalents. Venue reconduire son enfant de 8 ans, Sarah évoquait le « soulagement d’être de retour » mêlé aux craintes pour la santé, notamment pour son enfant de 3 ans qui ne peut être vacciné.

Fenêtres ou portes ouvertes

Enseignant de sixième année à l’école Hélène-Boullé, Étienne Stasse se disait lui aussi heureux de revoir ses élèves en personne.

« Je sais que les parents de certains élèves n’ont pas les moyens de les encadrer autant que les autres quand l’école est à distance. Ça augmente l’écart, et je m’attends à devoir travailler deux fois plus pour ces élèves-là », a expliqué M. Stasse, qui enseigne depuis 23 ans.

Étienne Stasse était néanmoins « partagé » par ce retour en raison de règles sanitaires qu’il juge insuffisantes et il se promettait d’ouvrir les fenêtres de sa classe.

« Les fenêtres gèlent [quand il fait froid]. Dans ce temps-là, on peut juste ouvrir la porte », dit l’enseignant. Et quand on réussit à ouvrir les fenêtres, il arrive qu’elles soient impossibles à refermer.

Le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a indiqué mardi que 70 % du personnel scolaire avait reçu sa troisième dose ou pris son rendez-vous, tandis que 91 % du personnel a eu au moins deux doses du vaccin contre la COVID-19.

« Le sentiment de sécurité n’est pas là »

Selon l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire, enseignants comme élèves étaient, en règle générale, au rendez-vous mardi.

Devant l’école secondaire Cavelier-De LaSalle, quelques enseignants ont manifesté mardi pour dénoncer les conditions dans lesquelles le retour en classe se fait.

PHOTO PATRICK SANFAÇON, LA PRESSE

Manifestation d’enseignants devant l’école Cavelier-De LaSalle

« Le sentiment de sécurité chez les profs n’est pas là du tout ce matin », a dit Mélanie Hubert, présidente du Syndicat de l’enseignement de l’ouest de Montréal.

« Dans le contexte où il y a un débordement dans les hôpitaux, on se questionne sur le relâchement des mesures sanitaires dans les écoles, poursuit-elle. On revient avec moins de mesures qu’on en avait en décembre, alors qu’on a fermé d’urgence les écoles. Il n’y a plus de bulles-classes, les cas contacts ne sont plus isolés, la Santé publique ne fait plus de tests… »

Pas « une bonne idée »

Catherine Beauvais St-Pierre, présidente de l’Alliance des professeurs de Montréal, a dit croire que revenir à l’école à ce moment-ci n’était pas « une bonne idée ».

En plus des problèmes de ventilation dans les classes, elle cite la gestion des cas de COVID-19 et l’isolement des élèves symptomatiques. La stratégie de Québec pour ce retour à l’école « repose sur les tests rapides », observe-t-elle.

PHOTO ALAIN ROBERGE, LA PRESSE

Catherine Beauvais St-Pierre, présidente de l’Alliance des professeurs de Montréal

« Il faut avoir une grosse part de confiance dans les parents de nos élèves. Confiance que les tests ont été faits [avant qu’un élève revienne en classe] et qu’ils étaient négatifs », souligne Mme Beauvais St-Pierre.

Le gouvernement Legault ulcéré par la contestation

Sur Twitter mardi, Stéphane Gobeil, conseiller spécial du premier ministre Legault, a écrit que les parents et les enseignants étaient « tellement contents ». « Les syndicats, pas tant, mais bon, j’imagine que c’est leur travail. »

La Fédération autonome de l’enseignement a alors invité M. Gobeil « à venir donner un coup de main » sur le terrain, étant donné qu’il semble avoir « du temps à perdre ».

Éric Gingras, président de la Centrale des syndicats du Québec, a répliqué au gazouillis par un communiqué. « Avec les problèmes de communication que le gouvernement connaît ces dernières semaines, il semble qu’il se cherche un antagoniste. Et quoi de mieux que les syndicats ! »

Ewan Sauves, attaché de presse du premier ministre, a répondu à La Presse que l’opinion de M. Gobeil est partagée au bureau de M. Legault. « Si nous reconnaissons le rôle des syndicats et leur devoir de soulever certains enjeux, nous aurions espéré un ton un peu plus constructif de certains leaders syndicaux. […] Les énergies de tout le monde, les syndicats compris, devraient être déployées pour assurer une rentrée sécuritaire, pour le bien de nos enfants. »