La reprise des cours de façon virtuelle pour les écoles du centre de services scolaire de Montréal (CSSDM), qui devait avoir lieu le 4 janvier, a été reportée au mercredi 5 janvier, selon les informations qui ont été envoyées aux parents d’élèves par courriel.

Mis à jour le 3 janvier
Isabelle Ducas
Isabelle Ducas La Presse

« Les services éducatifs à distance débuteront le mercredi 5 janvier pour toutes les écoles régulières du CSSDM, selon les balises prescrites par le Ministère (seuils minimaux de services éducatifs). Les horaires et les liens de rencontres pour chaque groupe seront transmis par le titulaire. À cela s’ajouteront différents accompagnements pour certains élèves », indique, par exemple, la direction de l’école primaire Saint-Gérard, dans le quartier Villeray.

La plupart des établissements, notamment l’école secondaire Joseph-François-Perrault, dans le quartier Saint-Michel, comptaient profiter des journées de lundi et de mardi pour distribuer des ordinateurs aux élèves qui n’en ont pas.

Ce report permet aussi, selon ce qu’indique la direction de l’école Face, au centre-ville, d’« accorder un peu plus de temps de préparation à l’équipe d’enseignants pour l’enseignement à distance ».

Le gouvernement provincial a annoncé, le 30 décembre, que le retour des élèves du primaire et du secondaire dans les salles de classe était reporté au 17 janvier partout au Québec, tout comme celui des étudiants des cégeps et des universités.

Dans quelques écoles, la distribution du matériel informatique aux élèves a pu se faire avant les vacances des Fêtes, note Sylvain Mallette, président de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE).

« L’objectif était de faire en sorte que les milieux puissent basculer rapidement vers l’enseignement virtuel, dit-il. Mais il peut y avoir des problèmes, par exemple dans les milieux défavorisés, où il y a aussi des enjeux de branchements internet. »

Manque d’outils informatiques

Dans certains secteurs de la métropole, « des écoles doivent distribuer des centaines d’ordinateurs aux élèves », ce qui demande du temps, souligne Catherine Beauvais-Saint-Pierre, présidente de l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal.

Dans au moins une école primaire du CSSDM, une enseignante a indiqué aux parents, lundi, qu’elle n’avait pas assez de matériel informatique et ne serait pas en mesure d’en prêter à tous les élèves qui en ont fait la demande.

En plus de la distribution des outils technologiques, il faut que les enseignants se préparent à donner leurs cours à distance.

« À Montréal, ils ont 48 heures pour se préparer. C’est certain qu’ils doivent ajuster leur contenu, mais nos enseignants sont capables de le faire », assure Kathleen Legault, présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire.

Dans d’autres centres de services scolaires, toutefois, des enseignants déplorent, sous le couvert de l’anonymat, de n’avoir qu’une seule journée pour se préparer. « Je suis censée être encore en congé, mais je travaille déjà, au lieu de profiter de mes derniers jours de vacances avec mes enfants », témoigne une enseignante au primaire dans une école de la Montérégie, qui entrera officiellement au travail mercredi.

Une autre souligne que les ordinateurs mis à leur disposition sont désuets et rendent leur travail plus difficile.

« L’enseignement en ligne est très exigeant. Après une demi-heure, on est épuisés comme après une demi-journée », confie une troisième enseignante.

Plusieurs notent aussi que la période des évaluations se termine bientôt, mais qu’il est difficile d’évaluer à distance des élèves du primaire.

L’enseignement à distance est loin d’être une panacée, souligne Sylvain Mallette : il peut provoquer des retards d’apprentissage chez les jeunes, puisque l’enseignant est moins en mesure de remarquer un élève qui ne comprend pas ses explications.

Mais la plupart des enseignants sondés pour ce reportage sont d’accord avec la décision du gouvernement. « Personnellement, je ne me sentais pas en sécurité en classe et j’avais l’impression d’aller au front tous les matins, en me demandant quand ce serait mon tour. Sans compter les difficultés liées à l’enseignement avec le port du masque en tout temps », témoigne une enseignante.

Écoles spécialisées en présentiel

Tandis qu’on se prépare à faire l’école en ligne dans la plupart des établissements, il ne faut pas oublier les enseignants qui étaient déjà de retour lundi matin dans les écoles spécialisées, fait remarquer Catherine Beauvais-Saint-Pierre.

C’est le cas d’Amélie Cayouette, qui enseigne à l’école de l’Étincelle, dans le quartier Mile End, à Montréal, établissement fréquenté par des jeunes atteints d’un trouble du spectre de l’autisme, avec déficience, qui ne peuvent suivre de cours en ligne.

Les élèves seront sur place mardi matin, ce qui provoque beaucoup d’anxiété chez le personnel, témoigne Mme Cayouette.

« Nos élèves ne peuvent pas porter de masque et ne comprennent pas la distanciation physique », explique-t-elle.

Elle rappelle que son syndicat, la FAE, a demandé pour les enseignants des écoles spécialisées des masques N95, des primes COVID-19, un accès rapide aux tests PCR et des purificateurs d’air, mais qu’aucune de ces demandes n’a été acceptée par le gouvernement. « On se sent vraiment oubliés », se désole-t-elle.