Un mouvement qui se dit proche de la nature, dont s’inspire la pédagogie Waldorf, a été montré du doigt en Allemagne pour expliquer en partie le faible taux de vaccination dans certaines régions du pays. Le Québec compte quatre écoles Waldorf, mais ses administrateurs assurent que l’éducation qu’on y reçoit ne décourage en rien la vaccination.

Publié le 3 déc. 2021
Marie-Eve Morasse
Marie-Eve Morasse La Presse

La pédagogie Waldorf est basée sur l’« anthroposophie », un mouvement de pensée fondé par l’Autrichien Rudolf Steiner dans les années 1910. Inspiré de diverses religions, il s’applique dans les domaines de l’éducation, de la médecine et de l’agriculture, notamment.

Dans les dernières semaines, des médias européens ont observé que ce courant et son approche alternative de la médecine pourraient être « un frein » à la vaccination contre la COVID-19 en Allemagne, en Suisse et en Autriche.

L’Allemagne compte environ 230 écoles Waldorf et elles ont « souvent été le point de départ d’épidémies de rougeole », a déclaré à l’Agence France-Presse Ansgar Martins, professeur de philosophie des religions à l’Université Goethe, à Francfort.

Il y a au Québec quatre écoles Waldorf où l’on privilégie « les travaux manuels, les manipulations concrètes et les arts » : deux sont publiques, deux sont privées. Elles accueillent en majorité des élèves du primaire.

En 2015, celle qui était alors la coordonnatrice de l’école Rudolf Steiner de Montréal affirmait à l’Agence Science-Presse ne pas avoir « comme philosophie de participer aux campagnes de vaccination ».

« Nous prônons plutôt les médecines douces, comme l’homéopathie », disait alors Isabelle Létourneau. Elle ne travaille plus à l’école Rudolf Steiner de Montréal, précise aujourd’hui la porte-parole de l’établissement, Geneviève Bertrand.

L’école n’a pas reçu de demande de la Santé publique pour accueillir une clinique de vaccination jusqu’ici, mais si cela arrive, « on va y participer », dit Mme Bertrand.

Les parents dont les enfants fréquentent cette école sont le reflet de ce qu’on voit dans la société en général, ajoute-t-elle.

« Je ne vois pas d’extrêmes du côté antivax. Il y en a, mais il y en a autant qu’il y a de gens qui ont sur Facebook des photos de leurs enfants vaccinés », illustre Geneviève Bertrand.

L’anthroposophie, dont certaines branches sont « hors normes », n’est « en aucun cas » enseignée aux élèves, assure en outre la porte-parole de l’école Rudolf Steiner de Montréal. « On enseigne les bases de la pédagogie Waldorf, mariées aux exigences du ministère [de l’Éducation] », explique Mme Bertrand.

Sur le site web de l’école des Enfants-de-la-Terre, qui dépend du centre de services scolaire de la Région-de-Sherbrooke, il est écrit qu’« en pédagogie Waldorf, la progression du style d’enseignement s’accorde avec le développement de la nature humaine tel que le conçoit Rudolf Steiner », le fondateur de l’anthroposophie.

« Ce n’est pas ici que ce débat doit avoir lieu »

Située au cœur du village de Val-David, dans les Laurentides, l’école privée Imagine dit avoir été placée devant un choix par la Santé publique : s’associer avec une plus grande école pour la vaccination de ses élèves contre la COVID-19, ou transmettre de l’information aux parents. La seconde option a été choisie pour des raisons de simplicité, nous dit-on.

L’établissement n’est pas contre la vaccination, donc ? Prendre position à ce sujet n’est pas son rôle, répond Ginette Sirard, consultante à l’école Imagine.

Des fois, on a des parents qui cherchent à se positionner, et on leur dit que ce n’est pas ici que ce débat doit avoir lieu.

Ginette Sirard, consultante à l’école Imagine

Croit-elle qu’il y a plus de parents réfractaires à la vaccination qu’ailleurs ? « Sûrement, comme réfractaires à plein d’affaires aussi », dit Mme Sirard. « Ce sont des gens qui vont choisir de faire quelque chose parce qu’ils ont fait la réflexion qui allait avec », poursuit-elle, citant le choix d’une école ou la décision de faire vacciner ou non son enfant.

Il n’y a pas de mouvance antivaccination dans le mouvement anthroposophique, assure pour sa part le président de l’Association pour la pédagogie Waldorf au Québec, François Dostie.

Il y a « peut-être plusieurs personnes, à l’intérieur de ce mouvement-là, plus qu’ailleurs, qui ont la conviction qu’il y a une immunité qu’on peut acquérir en ayant la maladie », mais il ne serait « pas honnête » de mettre tout le monde dans le même panier, dit-il.

Professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, Roxane Borgès Da Silva note qu’avoir une approche de la santé qu’on pourrait qualifier de naturelle ne signifie pas nécessairement qu’on est plus réfractaire à la vaccination.

« On a de tout, dans toutes les tranches de la population, quelle que soit la manière dont on la catégorise : les jeunes, les vieux, les granos, les pas granos. Il y a des gens qui adhèrent à une approche de santé durable, proche de la nature, qui adhèrent à la science et vont être provaccins », observe la professeure Borgès Da Silva.

Elle observe que c’est au cours de l’enfance ou de l’adolescence qu’on adhère à des valeurs ou à une idéologie, et qu’il est « très difficile » de les changer ensuite.

« Il faut déployer de très grands efforts et c’est un peu ce qu’on voit au Québec, aujourd’hui, avec les personnes qui refusent d’adhérer à la science et à la vaccination », dit Mme Borgès Da Silva.

Les écoles Waldorf au Québec

  • École des Enfants-de-la-Terre (publique), à Waterville (Estrie), Centre de services scolaire de la Région-de-Sherbrooke
  • École communautaire l’Eau Vive (publique), à Warwick (Centre-du-Québec), Centre de services scolaire des Bois-Francs
  • École Imagine (privée), à Val-David (Laurentides)
  • École Rudolf Steiner de Montréal (privée)