(Montréal) L’Ordre de la rose blanche remis en l’honneur des victimes du féminicide de Polytechnique Montréal a été décernée à Willow Dew qui a suivi les traces de sa mère en génie chimique. La diplômée de l’Université de l’Alberta constate qu’il existe encore des obstacles pour les femmes en ingénierie, même 32 ans après la tragédie du 6 décembre 1989.

Publié le 2 déc. 2021
Frédéric Lacroix-Couture La Presse Canadienne

La récipiendaire de 23 ans dit avoir elle-même été confrontée à du sexisme durant ses études. L’étudiante se souvient d’un stage où on lui a refusé la possibilité d’aller sur le terrain, sous prétexte que ce n’était pas un endroit pour les femmes.

« Du coup, je n’ai pas eu cette opportunité d’apprendre. C’est ce genre de choses qui n’est pas toujours très agressif comme barrière, mais qui nous empêche de nous sentir le bienvenu dans le monde du génie », a raconté l’Albertaine en français, à La Presse Canadienne.

« Je pense que les gens acceptent plus que les femmes puissent être des ingénieures, […] que notre genre ne détermine pas notre avenir. Mais ça prend du temps et du travail », a ajouté Mme Dew, en marge d’une cérémonie, jeudi, où elle s’est vu accorder une bourse de 30 000 $.

Les préjugés auxquels elle a été confrontée sont loin d’avoir découragé Willow Dew à poursuivre son chemin en génie. Elle a décidé d’entreprendre une maîtrise en France dans le domaine du génie biologique et chimique pour une bioéconomie durable.

« Ce sont les procédés biologiques pour répondre aux besoins de notre société, soit en matière d’’énergie ou de produits, a-t-elle expliqué. Ce qui m’intéresse surtout, c’est l’énergie basée sur les plantes, la biomasse. Je pense que c’est l’avenir de l’énergie et des produits qui ne sont pas basés sur le pétrole et le gaz. »

Elle souhaite ensuite poursuivre un doctorat et se concentrer sur la recherche pour développer des technologies liées à l’énergie renouvelable.

L’étudiante a rapidement été initiée au milieu du génie grâce à ses deux parents ingénieurs. « Ils m’ont fait voir le monde avec des yeux d’une ingénieure. Même quand j’avais 10 ou 12 ans, je pense que je savais que je voulais devenir plus tard ingénieure », a-t-elle relaté.

Source d’inspiration et de confiance, sa mère était d’ailleurs étudiante en génie quand est survenu le massacre de Polytechnique Montréal tuant 14 femmes.

Mme Dew trouve « émouvant » d’avoir été décorée de l’Ordre de la rose blanche en mémoire de ces victimes. « Il est essentiel en tant qu’ingénieure d’honorer ces étudiantes qui étaient à notre place avant nous », a dit Mme Dew dans son allocution.

La septième récipiendaire encourage les jeunes femmes à se lancer en ingénierie malgré les barrières et l’intolérance toujours présentes. Elle soutient que plus de 50 % de la population doit pouvoir faire partie de la réflexion sur les changements climatiques.

La remise de l’Ordre de la rose blanche s’inscrit dans une semaine de commémoration de la tuerie. La mémoire des 14 victimes est honorée dans une série d’activités qui prend fin le 6 décembre, jour de l’attentat antiféministe.

À 8 h 30 lundi prochain, des représentants et des associations étudiantes de Polytechnique Montréal viendront déposer des gerbes de roses blanches devant la plaque commémorative située à l’extérieur de l’établissement.

En soirée à 17 h 10, l’heure à laquelle les premiers coups de feu ont été tirés, 14 faisceaux lumineux seront allumés vers le ciel à quelques secondes d’intervalle, à partir du mont Royal. Aucun rassemblement n’aura toutefois lieu en raison de la pandémie, mais Polytechnique Montréal prévoit une retransmission en direct sur ses réseaux sociaux.

Le public est aussi invité à observer une minute de silence durant l’évènement.

Cet article a été produit avec le soutien financier des Bourses Facebook et La Presse Canadienne pour les nouvelles.