Une plateforme numérique pour aider les parents à retirer leurs enfants de l’école, créée par une ex-enseignante antivaccin qui veut « détruire » le système d’éducation, est dans la ligne de mire de Québec, qui la menace de poursuite si elle continue de prétendre que son contenu est « certifié » et « répond aux exigences du ministère de l’Éducation ».

Tristan Péloquin
Tristan Péloquin La Presse

MonÉcoleBienveillante.org a été lancée dans les derniers jours par Carole Martel, ex-enseignante de musique au primaire très active dans le mouvement d’opposition aux mesures sanitaires. Elle promettait récemment sur Facebook de fournir aux enfants une vie « sans masque », « loin du système scolaire » dont « on n’a rien à foutre de ce qu’ils enseignent ». « Mon École Bienveillante est […] le premier pas vers nos communautés libres. Pour y arriver, nous devons détruire certains systèmes, [dont] celui de l’éducation, [ce qui] viendra assez vite. Suivra celui de la santé », a-t-elle lancé.

Pour 50 $ par mois, les parents qui s’abonnent à son service obtiennent des conseils sur la façon de retirer leurs enfants de l’école. Le site contient de nombreuses pages non fonctionnelles, et promet un accès à des applications pour téléphone intelligent qui étaient impossibles à télécharger lundi.

La page d’accueil du site précise que le contenu est « certifié [et] répond aux exigences du ministère » de l’Éducation.

Le ministère de l’Éducation qualifie cette affirmation de « mensongère ».

Le ministère de l’Éducation demande au site monecolebienveillante.org de retirer la mention ‟certifiée, répond aux exigences du ministère de l’Éducation”. Ils doivent retirer cette affirmation mensongère rapidement. Un recours juridique n’est pas exclu.

Un porte-parole du ministère de l’Éducation

« Le ministère de l’Éducation n’a jamais émis de certification pour cette plateforme et se dissocie entièrement de son contenu et de l’équipe qui dit offrir un support pédagogique.

« L’Éducation à la maison est un droit au Québec, mais nous tenons à mettre en garde les parents quant à cette plateforme. Le ministère de l’Éducation peut aider les parents qui souhaitent éduquer leurs enfants à la maison, mais ce site n’est aucunement reconnu », a ajouté le porte-parole du Ministère.

Jointe par La Presse par courriel, Mme Martel a affirmé que Mon École Bienveillante « ne se dit pas certifiée par le [ministère de l’Éducation] », mais des captures d’écran du site démontrent le contraire.

CAPTURE D’ÉCRAN DU SITE MONECOLEBIENVEILLANTE.ORG

« Si nous avons transmis des informations laissant penser le contraire, nous effectuerons les corrections nécessaires », a-t-elle ajouté, précisant qu’elle ne ferait aucun autre commentaire.

Collaboration avec « Stu Pitt »

Carole Martel a produit plusieurs vidéos pour Mon École Bienveillante en collaboration avec Lux Média, média alternatif appartenant à André Pitre, alias Stu Pitt, leader influent du mouvement anti-mesures sanitaires. Certaines des vidéos mettant en vedette Mme Martel invitent les internautes à faire des dons au compte PayPal de Stu Pitt ainsi qu’à sa plateforme de diffusion Stu-Dio, qui soutient que la pandémie est une invention de l’élite corrompue.

PHOTO TIRÉE DU COMPTE TWITTER @ANDREPITRE_LUX

André Pitre, leader influent du mouvement anti-mesures sanitaires

M. Pitre n’a pas voulu nous accorder d’entrevue lundi. Il n’en est pas à sa première provocation en lien avec les mesures sanitaires. L’hiver dernier, il a diffusé en direct sur les réseaux sociaux plusieurs cérémonies de l’église Nouvelle Création, dans le quartier Saint-Michel, dont le pasteur Carlos Norbal défiait ouvertement les décrets sanitaires interdisant les rassemblements intérieurs.

Mme Martel a quant à elle récemment publié sur Facebook des photos d’elle avec François Amelaga, ancien professeur de mathématiques du collège Jean-de-Brébeuf qui multiplie les actions devant les écoles avec un porte-voix pour inciter les enfants à ne pas se faire vacciner. Ses actions ont poussé l’Assemblée nationale à adopter, la semaine dernière, une loi spéciale pour interdire de telles manifestations à moins de 50 mètres des écoles.

PHOTO TIRÉE DE FACEBOOK

Carole Martel et François Amelaga

Une autre photo publiée par Mme Martel sur Facebook la montre avec un chandail portant la mention « Fuck Legault », marque de commerce de l’aile plus radicale d’opposition aux mesures sanitaires qui se fait appeler les Farfadaas. Elle a aussi participé au printemps dernier à une activité de financement organisée par la Fondation pour la défense des droits et libertés, qui récolte des dons pour mener des poursuites judiciaires contre le gouvernement et les décrets sanitaires.

« Ça nuit à notre image »

En date du 27 septembre, le Québec comptait 8291 enfants déclarés en enseignement à la maison. Leur nombre a même atteint près de 12 000 au plus fort de la crise au printemps, alors qu’avant la pandémie, il tournait habituellement autour de 5000, a affirmé l’Association québécoise pour l’éducation à domicile (AQED).

Sa présidente, Marine Dumond, s’est dissociée de Mon École Bienveillante, et a affirmé que les responsables du site ont tenté de relayer des vidéos teintées de discours anti-mesures sanitaires par l’entremise de la page Facebook de l’AQED.

« Ce n’était pas assez sérieux pour qu’on accepte. Il y a des parents qui choisissent en ce moment l’école à domicile à cause de la pandémie, soit parce qu’ils trouvent que les écoles protègent mal leurs enfants, soit parce qu’il y a trop de mesures et que l’expérience éducative n’est pas bonne. On est là pour démystifier les obligations légales, mais on n’entre pas dans les débats sur les mesures sanitaires », a expliqué Mme Dumond.

« C’est sûr que si l’école à la maison devient l’image principale de familles qui refusent le système, qui sont antivax et contre les mesures sanitaires, ça nuit à notre image et ça nous préoccupe », a ajouté Mme Dumond.