Des parents déplorent que les bulletins ne soient souvent disponibles qu’en ligne

Louise Leduc
Louise Leduc La Presse

Pour favoriser « un retour progressif à la normale dans le réseau scolaire », le ministère de l’Éducation a décidé qu’il n’y aurait que deux bulletins encore cette année au lieu de trois. Mais dans la mesure où les bulletins en papier ne sont plus fournis dans bon nombre d’écoles, les parents voient-ils seulement les résultats de leurs enfants ?

« J’ai moi-même échappé le dernier bulletin de 5secondaire de mon fils ! », confesse Mélanie Hubert, présidente du Syndicat de l’enseignement de l’ouest de Montréal, qui représente les enseignants du Centre de services scolaire Marguerite-Bourgeoys*.

Là comme dans une grande partie des centres de services scolaires, les bulletins ont été envoyés au début du mois de juillet. Après le tourbillon de la fin d’année, Mme Hubert dit avoir complètement oublié d’aller voir le bulletin sur le portail Mozaïk*, largement utilisé dans les écoles du Québec. Elle ne s’en est rendu compte que lorsque le cégep a réclamé le bulletin de 5secondaire et que ses codes d’accès n’étaient plus valides. « À moins de faire des demandes officielles et pas simples au centre de services scolaire, je ne l’aurai jamais, ce bulletin ! »

Idem pour d’autres parents qui, après la 6année, ont envoyé leur enfant à l’école privée. S’ils n’ont pas pris la précaution d’imprimer le bulletin – qu’exigent souvent les écoles secondaires –, ils ne l’ont plus, pas plus que tous les autres bulletins du primaire.

Stéphanie Powers, qui habite en Outaouais, explique que son école ne fournit qu’un code d’accès. Or, elle est séparée. « Heureusement que je m’entends bien avec mon ex-conjoint, j’imagine ce que cela peut être de négocier cela pour les parents qui sont à couteaux tirés… »

La présidente syndicale Mélanie Hubert plaide pour le retour du bon vieux bulletin en papier, que certaines écoles n’ont jamais abandonné.

Il me semble que c’est un minimum. Les écoles [ne font pas la transition] au nom du virage vert, mais dans le fond, c’est surtout parce qu’elles ne veulent pas payer pour l’impression, le timbre, l’enveloppe et pour le personnel que cela nécessite.

Mélanie Hubert, présidente du Syndicat de l’enseignement de l’ouest de Montréal

La Fédération des comités de parents du Québec a tellement l’impression que les parents n’arrivent pas à suivre qu’elle lance cette semaine un sondage sur leurs compétences en matière de technologies.

Kévin Roy, président de la Fédération, note aussi qu’entre le site internet de l’école, sa page Facebook, les courriels, Mozaïk, Dojo, Classroom et tout le reste, même les plus technos peuvent perdre des informations.

(À la petite semaine, dans de nombreuses écoles, c’est souvent électroniquement aussi que les résultats d’examens sont envoyés aux parents.)

Manque de détails

M. Roy se désole aussi que dans les communications écrites envoyées aux parents en cours d’année et dans les bulletins, les commentaires personnalisés se fassent rares.

On lit par exemple : ‟Votre fille a bien compris telle ou telle compétence.” Mais encore ? Comment fonctionne-t-elle dans le groupe ? A-t-elle des amis ?

Kévin Roy, président de la Fédération des comités de parents du Québec

Ce qu’il faut éviter à tout prix, en tout cas, poursuit M. Roy, c’est que les parents n’aient vent qu’en janvier des difficultés de leur enfant ou tombent des nues en mai en apprenant qu’il va redoubler.

Cela étant dit, M. Roy indique qu’une meilleure communication avec les parents sera l’un des principaux chevaux de bataille de la Fédération des comités de parents cette année.

Nicolas Prévost, président de la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement, estime que les écoles qui ont gardé le bulletin en papier ont bien fait. Dans le contexte actuel, « on ne sait pas si les parents voient vraiment le bulletin ».

Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement, fait observer que les parents ne sont pas les seuls à se sentir dépassés par le nombre trop élevé de plateformes. Les profs aussi.

Mais ce qui est sûr, c’est que les enseignants sont pleinement satisfaits qu’il y ait seulement deux bulletins cette année encore, que c’était là une revendication qui a précédé la pandémie, parce qu’ils ne veulent plus passer un temps fou à évaluer plutôt qu’à enseigner.

« Si jamais on revenait aux trois bulletins, il ne faudrait pas que ça se décide dans un bureau au Ministère. Les gens ne veulent pas revenir en arrière. »

*Le Centre de services scolaire Marguerite-Bourgeoys n’a pas répondu à notre courriel, pas plus que la GRICS, la société de développement de logiciels qui a conçu Mozaïk.

Les examens du Ministère de retour

PHOTO DAVID BOILY, ARCHIVES LA PRESSE

Les examens du Ministère reviennent en scène pour l’année scolaire 2021-2022.

Au primaire et au secondaire, l’année scolaire 2021-2022 sera divisée en deux étapes, la première allant d’août 2021 à janvier 2022 et valant 40 %, la deuxième allant de février 2022 à juin 2022 et valant 60 %. À cela s’ajoutent deux communications écrites qui doivent aussi obligatoirement être envoyées aux parents. Les examens du Ministère obligatoires au primaire reviennent en scène, mais ils ne valent que 10 % plutôt que 20 %. Les épreuves de 4e et 5secondaire vaudront 20 % au lieu de 50 %.

Louise Leduc, La Presse