Des néo-démocrates pressent le gouvernement Trudeau de « sauver l’Université Laurentienne » de Sudbury, en Ontario, en imposant notamment un moratoire sur la fermeture des nombreux programmes d’études qui y sont menacés. Ottawa, de son côté, réplique que des discussions sont déjà en cours afin de trouver une « vraie solution ».

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« Plus j’entends d’histoires sur l’effet de ces fermetures, plus je me rends compte à quel point cette université est essentielle pour le nord de l’Ontario », a martelé le chef du Nouveau parti démocratique (NPD), Jagmeet Singh, lors d’une assemblée virtuelle en après-midi.

M. Singh affirme que la survie de l’établissement est « vitale » et qu’une intervention du gouvernement Trudeau est urgente pour sauver la « qualité de l’expérience étudiante » et un « espace pour la francophonie ». « On ne peut plus juste laisser le gouvernement rester les bras croisés », a-t-il soutenu, en parlant d’une richesse pour les peuples autochtones, notamment.

À ses côtés, la députée provinciale néo-démocrate de Nickel Belt, France Gélinas, a plaidé pour l’imposition d’un moratoire sur la fermeture des programmes. « Ça nous permettrait de regarder la situation de près et d’amener des solutions qui ont du sens pour nous. Il nous faut une voix », plaide-t-elle.

Si nous voulons que le nord de l’Ontario continue de fleurir, tous et toutes devront avoir accès au savoir.

France Gélinas, députée du NPD

Le natif de Sudbury Leo W. Gerard, président international émérite du Syndicat des Métallos, a aussi réclamé une enquête approfondie sur cette affaire. « On doit aller au fond des choses : qui a initié ces coupures et pourquoi ? », s’est-il interrogé.

En début de semaine, le député libéral de Sudbury, Paul Lefebvre, a déposé un projet de loi pour transformer la Loi sur les arrangements avec les créanciers des compagnies. Son objectif, a-t-il dit, est d’empêcher que d’autres universités puissent supprimer de nouveau des programmes en masse. Mais ce n’est pas assez, affirme le NPD, qui veut « corriger une grave injustice ».

Une occasion à saisir, dit Mélanie Joly

Jointe par La Presse, la ministre du Développement économique et des Langues officielles, Mélanie Joly, déplore que le NPD fasse de la « politique sur le dos de la communauté », alors que de nombreuses discussions sont déjà en cours pour trouver une « vraie solution ».

PHOTO ADRIAN WYLD, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Mélanie Joly, ministre du Développement économique et des Langues officielles

« Essentiellement, il y a trois options sur la table. Soit on maintient l’Université Laurentienne, soit on renforce l’Université Sudbury, qui est francophone, ou on opte pour un hybride : d’avoir un réseau universitaire – un peu à la manière du réseau de l’Université du Québec –, mais par l’Université de l’Ontario français, qu’on a créée il y a deux ans », explique-t-elle.

La ministre affirme qu’elle tente de « mettre tout le monde ensemble » pour éviter les tensions et les divisions au sein même de la communauté. « Je suis prête à mettre plus d’argent sur la table, mais il faut que les gens s’entendent et, surtout, que la province accepte cette solution et la propose. C’est sa juridiction », fait-elle valoir.

Pour l’heure, Mme Joly rejette l’idée d’un moratoire, jugeant qu’il est très possible de trouver des solutions d’ici un an. « Cette crise peut être l’occasion de renforcer la francophonie dans le nord de l’Ontario », indique l’élue, en se disant « outrée » qu’une université ait dû se rendre devant les tribunaux pour gérer ses finances publiques mises à mal. Elle déplore également que le fardeau des problèmes de gestion ait été mis « sur les épaules d’une petite communauté d’étudiants et d’enseignants ».

« Il va falloir qu’il y ait une enquête », insiste-t-elle, en soulignant que les 120 millions inscrits au dernier budget fédéral pour les universités « minoritaires » sur le plan de la langue aideront à trouver une solution.

Au bord de la faillite, l’Université Laurentienne a fermé 69 programmes, dont 28 en français, avant la fin de la session. Une centaine d’enseignants ont aussi été remerciés dans le processus. Parmi les programmes enseignés en français qui seront abolis se trouvent le droit, l’éducation, les études françaises, les génies chimique et mécanique, de même que le programme de sage-femme.

En anglais, les programmes d’actuariat, de mathématiques et de musique passent entre autres à la trappe. « C’est un désastre. Les pertes sont colossales », avait réagi Fabrice Colin, président du syndicat des professeurs de l’Université.

Avec La Presse Canadienne