L’année scolaire n’est pas terminée – et dans quelles conditions se terminera-t-elle ? –, mais le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, prépare déjà la prochaine rentrée. Comment aider les élèves et les profs à bout de souffle ? Est-ce que ça passe par des aides-enseignants ? La Presse fait le bilan des enjeux qui ont été soulevés lors d’un sommet sur la réussite éducative qui s’est tenu à huis clos. Québec promet d’annoncer des mesures dans les prochaines semaines.

Hugo Pilon-Larose Hugo Pilon-Larose
La Presse

Un chantier à ne pas manquer

Pour beaucoup d’intervenants qui ont participé au sommet sur la réussite éducative, les 31 mars et 1er avril derniers, le chantier à ne pas manquer est celui de la santé mentale. Les élèves, durement touchés par des classes qui basculent du présentiel au virtuel, ont besoin d’aide. Selon la Dre Christine Grou, présidente de l’Ordre des psychologues, « il faut regarnir les services professionnels dans les écoles » au plus vite, alors que ces « services se sont appauvris avec les années ». « On connaît les effets de la pandémie. Ce qu’on ne sait pas, c’est quelle sera leur durée », rappelle la Dre Grou. Le président de l’Ordre des psychoéducateurs et psychoéducatrices du Québec, Denis Leclerc, souhaite que des plans d’intervention soient mis en place, alors que les élèves qui vivent des difficultés ne se limitent pas à ceux qui en avaient avant la pandémie. Et de grâce, plaide la présidente du Conseil supérieur de l’éducation, Maryse Lassonde, « n’utilisons pas ces belles ressources qui sont très rares pour faire des évaluations administratives ».

Place aux aides-enseignants

Dans le contexte où, en temps de pandémie, les besoins des élèves « réguliers » et de ceux ayant des difficultés d’apprentissage sont encore plus grands qu’avant, l’Association québécoise du personnel de direction des écoles (AQPDE) réclame que le gouvernement Legault s’inspire de l’Ontario et crée des postes d’aide-enseignant. Ces personnes-ressources, attitrées à temps plein ou à temps partiel à un groupe, permettent aux titulaires de classe de se concentrer sur une tâche : l’enseignement. « Pendant que l’enseignant s’occupe de trois ou quatre élèves plus vulnérables ou en difficulté, l’aide-enseignant peut continuer de superviser les autres élèves qui complètent un exercice », explique le président de l’AQPDE, Carl Ouellet. Maryse Lassonde, du Conseil supérieur de l’éducation, propose à son tour une mesure complémentaire : la généralisation à l’ensemble du Québec d’« agents pivots » dans les écoles. « Ainsi, l’élève sait vers qui se tourner pour une question ou une demande de soutien. Ça permet aussi qu’il y ait toujours un membre du personnel qui connaît chaque élève. C’est très important », dit-elle.

Aide aux familles

Véronique Thibault, présidente du Regroupement des organismes communautaires québécois de lutte au décrochage, souligne que « le fossé se creuse entre les [familles] plus vulnérables et [celles] qui ont plus de moyens ». Avec l’école à distance, qui impose une certaine connaissance des technologies, le Québec a aussi vécu cette année une « fracture numérique », dit-elle. D’autant plus que tous les foyers n’ont pas la même qualité d’accès à l’internet. Sylvain Martel, porte-parole du Regroupement des comités de parents autonomes du Québec (RCPAQ), qui représente entre autres les groupes de parents du Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM), presse Québec d’ajuster l’allocation famille pour payer les coûts d’accès à l’internet. « À partir du moment où l’accès à internet est essentiel pour qu’un enfant aille à l’école, il faut s’assurer que chaque famille ait accès à internet gratuitement. C’est dans la Loi sur l’instruction publique : les choses essentielles doivent être fournies gratuitement aux familles », dit-il.

Des attentes élevées

Les intervenants présents au sommet ont demandé à Québec que le plan pour la rentrée scolaire soit annoncé plus tôt que tard. « C’est important que sur le terrain, les enseignants, les gestionnaires et [les équipes-écoles] connaissent les mesures à mettre en place à l’avance et qu’il n’y ait pas de changements fréquents », estime Maryse Lassonde, du Conseil supérieur de l’éducation. « Regardons rapidement les élèves qui ont l’air d’être en difficulté, donnons-leur les services nécessaires sans délai », plaide pour sa part la Dre Christine Grou, de l’Ordre des psychologues. Comme La Presse le rapportait plus tôt ce mois-ci, d’autres groupes suggèrent à Québec d’implanter dès l’été des jeux pédagogiques dans les camps de jour. De nombreuses idées qui sont finalement soumises à l’arbitrage du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge. Comme tous les parlementaires, ce dernier revient à l’Assemblée nationale après une semaine de travail en circonscription. Avant son départ, le ministre traversait une tempête, accusé par l’opposition d’avoir « menti » lorsqu’il avait affirmé avoir obtenu la validation de la Santé publique pour les tests de CO2 dans les écoles. Les libéraux réclamaient alors sa démission.