Parce qu’elle frôle la faillite, l’Université Laurentienne, institution phare de l’Ontario francophone, située à Sudbury, fond de moitié. Au total, 34 programmes enseignés en anglais, 24 enseignés en français et 11 programmes de maîtrise seront abolis. Une centaine de professeurs ont appris qu’ils perdaient leur poste.

Louise Leduc Louise Leduc
La Presse

L’Université Laurentienne, qui est bilingue, existe depuis septembre 1960. En février — fait exceptionnel pour un tel établissement d’enseignement —, ses problèmes financiers l’ont menée à se placer sous la protection de la Loi sur les arrangements avec les créanciers.

Parmi les programmes enseignés en français qui seront abolis se trouvent le droit, l’éducation, les études françaises, les génies chimique et mécanique, de même que le programme de sage-femme. En anglais, les programmes d’actuariat, de mathématiques et de musique passent entre autres à la trappe.

« C’est un désastre pour les employés, pour les étudiants et pour toute la communauté franco-ontarienne. Les pertes sont colossales », a dit en entrevue Fabrice Colin, président du syndicat des professeurs de l’Université Laurentienne.

Gestionnaires et élus blâmés

M. Colin blâme les gestionnaires de l’université, « qui ont fait de très mauvais choix en surinvestissant dans des infrastructures », de même que le gouvernement ontarien, qui a sous-financé de façon chronique l’ensemble des universités et n’a pas volé au secours de l’Université Laurentienne.

Le syndicat, de même que les administrateurs, est limité dans ce qu’il peut dire, parce que le processus lié à la Loi sur les arrangements avec les créanciers est en cours.

Par courriel, le rectorat a fait savoir que certains professeurs devront partir dès la fin d’avril et d’autres, en mai. « Nous sommes conscients à quel point cette nouvelle peut être difficile pour tous les enseignants et le personnel, mais surtout pour ceux qui viennent d’apprendre la perte de leur emploi », est-il écrit.

La semaine dernière, est-il aussi dit, « l’avenir des programmes d’étude de l’Université Laurentienne a été déterminé à l’occasion d’une séance spéciale à huis clos du Sénat académique ».

« Démarche cruciale »

Les déboires financiers de l’Université Laurentienne ont rebondi à Ottawa, où le chef du Nouveau Parti démocratique, Jagmeet Singh, a réclamé par lettre au premier ministre Justin Trudeau un appui au projet de création d’une université autonome francophone en Ontario. Ce projet, qui est d’autant plus d’actualité avec ce qui se passe à l’Université Laurentienne, est appuyé par l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario. Pour M. Singh, « cette démarche est cruciale pour protéger la pérennité de l’enseignement postsecondaire en français dans le nord de l’Ontario », a écrit M. Singh.

La déroute de l’Université Laurentienne survient alors que l’Université d’Ottawa, elle aussi bilingue, est en proie à des tempêtes. Il s’agit toutefois ici de controverses liées à la liberté d’expression.