L’Université McGill fait reculer la liberté académique en accordant tous les crédits à une étudiante qui n’a pas complété son cours après s’être plainte de l’utilisation du mot en N par un enseignant, dénoncent des professeurs de l’institution.

Mayssa Ferah Mayssa Ferah
La Presse

L’étudiante ayant porté plainte a pu faire le compte rendu du livre Maria Chapdelaine plutôt que de Forestiers et voyageurs, ouvrage dans lequel est écrit le mot en N. Elle a par la suite abandonné le cours en début de session.

« On avait complété un projet avec l’enseignante, elle l’avait corrigé et moi et ma collègue l’avions passé. Donc, on a demandé comme quoi la note de ce premier projet soit la note pour le restant de notre session », a-t-elle confié à La Presse dans une chronique publiée lundi.

« Après beaucoup de temps et de pressions, a-t-elle dit, l’Université a obtempéré. » Le cours a également été remboursé.

L’obtention des crédits du cours par l’étudiante qui avait complété seulement un projet inquiète certains professeurs du département. Ils disent y voir le symptôme d’une administration qui n’hésite pas à faire reculer la liberté académique pour « plaire au client. »

« Ce n’est pas à proprement parler une erreur, elle résulte très exactement des pratiques d’une administration, acquise au consumérisme éducatif », estime Arnaud Bernadet, professeur agrégé, Département des littératures de langue française, de traduction et de création de l’Université McGill.

Dans un message transmis à La Presse, M. Bernadet et sa collègue Isabelle Arseneau, professeure agrégée au département des littératures de langue française, expliquent qu’il s’agit à leur sens d’un grave manquement aux principes de la déontologie universitaire. Ils évoquent également une « inquiétante » remise en cause du principe d’équité entre étudiants.

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

Isabelle Arseneau

« La mission qui nous a été confiée est celle de former des esprits. Il ne s’agit pas de plaire ni de déplaire aux étudiants, mais de les former, il convient de le redire contre toute tentation clientéliste », soutient Mme Arseneau.

Les cours abandonnés avant la date limite peuvent être remboursés, rappelle de son côté l’Université McGill par courriel. Après la date limite pour les changements de cours durant le trimestre, les étudiants bénéficient d’une période de quelques jours pendant laquelle ils peuvent abandonner un ou plusieurs cours, avec la mention « W » et obtenir le remboursement intégral des droits de scolarité correspondants.

« En ce qui a trait aux crédits accordés pour ce même cours, il nous est impossible de vérifier sans avoir à partager des informations personnelles », souligne-t-on. Pour des raisons légales, l’Université ne pouvait commenter cet élément du dossier.

L’Association étudiante de l’Université McGill n’a pas donné suite aux deux demandes d’entrevues de La Presse lundi.