(Québec) Le gouvernement Legault appelle les cégeps anglophones à « se réconcilier avec le réel » lorsqu’ils affirment que la loi sur la protection du français nuit à la réussite des étudiants autochtones. Québec n’accordera pas de nouveaux allègements aux Premières Nations.

Le plaidoyer des collèges anglophones – qui se sont portés à la défense des étudiants autochtones – n’a pas convaincu le gouvernement Legault d’offrir d’autres allègements réglementaires à la loi (96) sur le français.

Le ministre à la Langue française, Jean-François Roberge, a même réfuté l’argumentaire des cégeps anglophones en affirmant qu’ils doivent « se réconcilier avec le réel ».

PHOTO GRAHAM HUGHES, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Le ministre à la Langue française, Jean-François Roberge

« Les directions générales des cégeps anglophones qui prétendent qu’on place les Premières Nations et Inuit en situation d’échec ne comprennent pas la situation ou font semblant de ne pas comprendre la situation. Les exemptions qu’on a données sont tout à fait tout à fait raisonnables », a déclaré M. Roberge.

Pour sa part, la ministre de l’Enseignement supérieur, Pascale Déry, s’est dite prête à « accompagner davantage » les étudiants autochtones qui étudient en anglais, mais estime que les exceptions en place sont suffisantes.

Depuis l’an dernier, les étudiants des Premières Nations qui reçoivent leur enseignement en anglais au collégial sont exemptés de l’épreuve uniforme de français. Un deuxième règlement – qui est toujours à l’étude – vient également leur permettre de suivre trois cours de français plutôt que trois cours en français. Ce dernier règlement doit entrer en vigueur prochainement.

« Il fallait trouver une voie de passage […] on est très sensible à l’accessibilité en l’enseignement supérieur de ces étudiants-là », a assuré le ministre Déry.

Or, ces allègements sont insuffisants selon cinq cégeps anglophones qui déplorent que les modalités de Charte de la langue française « imposent de multiples obstacles systémiques et discriminatoires et compromettent la transmission de leurs langues ancestrales ».

Les directions de ces établissements ont écrit directement à François Legault – à la demande des étudiants autochtones – pour lui faire part de « l’urgence d’agir ».

Les cinq établissements (Collège Dawson, Collège John Abbott, Collège Vanier, Cégep Heritage et Cégep régional Champlain) expliquent que les étudiants autochtones ne se prévalent pas de ces dérogations parce qu’elles s’accompagnent de mesures administratives, comme des formulaires à compléter.

« Plusieurs estiment que l’exigence de soumettre une telle demande représente en soi un processus qui va à l’encontre de leurs droits ancestraux et ils refusent de s’y soumettre par principe », indiquent-ils.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE

Le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL), Ghislain Picard

Présent à l’Assemblée nationale mercredi, le chef de l’Assemblée des Premières Nations du Québec et du Labrador (APNQL), Ghislain Picard, n’a pas semblé étonné de la position de Québec. « Allez rencontrer les étudiants autochtones, soyez transparents. Parlez-leur. S’il y a une assurance à aller chercher, elle appartient aux gens à qui l’on [donne] le service », a demandé le chef Picard.

On est devant une situation où l’État impose ses façons de faire, son idéologie au niveau des Premières Nations, et ça, ça ne peut trouver écho chez nous.

Ghislain Picard, chef de l’APNQL

Un « plan B », dit Lafrenière

Le ministre Ian Lafrenière a rappelé que le premier ministre s’était engagé en pleine campagne électorale à présenter une « loi 101 » pour protéger les langues autochtones. Or, l’Assemblée des Premières Nations du Québec et Labrador (APNQL) s’y était farouchement opposé.

« Je vous rappelle qu’à la base, ce qu’on ne voulait pas, c’était d’y aller de façon réglementaire, on voulait y aller avec un projet de loi », a fait valoir M. Lafrenière. « On comprenait très bien la spécificité des Premières Nations et des Inuit, on ne voulait pas les considérer comme des ayants droit. On a compris la position de l’APNQL, on a trouvé un autre chemin », a-t-il dit.

L’APNQL demandait à l’époque que les Premières Nations soient complètement exemptées de la réforme du ministre Simon Jolin-Barrette. L’Assemblée et le Conseil en Éducation des Premières Nations contestent maintenant la loi devant les tribunaux.

Québec revient avec la sécurisation culturelle

PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE

Le ministre responsable des Relations avec les Premières Nations et les Inuit, Ian Lafrenière

Le ministre Ian Lafrenière est revenu à l’offensive avec le projet de loi 32 qui vise à instaurer la sécurisation culturelle dans le réseau de la santé et des services sociaux. En pause depuis septembre, après des consultations houleuses, les travaux parlementaires reprendront cet automne. « À la fin, on a dit prenons une pause, regardons ce qui avait été proposé par [l’ex-juge Jacques] Viens, qui disait est-ce qu’on ne pourrait pas parler de discrimination systémique au lieu de racisme systémique. On a fait des vérifications avec plusieurs partenaires autochtones et ça ne passait pas plus », a expliqué le ministre mercredi. L’ancien président de la commission Viens, qui a enquêté sur les relations entre les Autochtones et certains services publics, recommandait au gouvernement de reconnaître que les Premières Nations sont victimes de discrimination systémique. Un concept, qui comme le racisme systémique, refuse de reconnaître le gouvernement Legault. Le chef de Manawan-la communauté de Joyce Echaquan – a vivement réagi aux propos du ministre. « Ce que le ministre Lafrenière affirme est une honte », a déploré Sipi Flamand, affirmant que les Premières Nations sont unanimes quant à la nécessité de reconnaître l’existence du racisme systémique.