C’est connu depuis des années : les femmes sont en minorité dans les programmes universitaires en informatique, en physique et en mathématiques. Et si la solution pour en recruter davantage était à portée de main et passait par les profs ?

Publié le 11 févr. 2021
Marie-Eve Morasse
Marie-Eve Morasse La Presse

Marylou Fournier Tondreau s’est découvert une passion pour les mathématiques tôt dans ses études et souhaitait enseigner cette matière. Au moment de faire son choix de programme universitaire, elle a bifurqué vers la pharmacie. Elle a obtenu un doctorat et une maîtrise en pharmacothérapie avancée, puis a été embauchée au CHU Sainte-Justine, où elle travaille depuis quelques années.

Dans ce parcours sans faille, il y a un hic. « Une fois sur le marché du travail, j’ai tout de suite réalisé que la pharmacie n’était pas pour moi et que je me l’étais en quelque sorte caché. Je n’étais pas à ma place. Je suis carriériste et je me suis dit que ce n’était pas vrai que j’allais passer ma vie dans une profession qui ne me passionne pas », dit la femme de 29 ans.

La revoilà donc sur les bancs d’école, cette fois au baccalauréat en physique. Et là, elle sait que c’est le chemin qui la conduira vers sa passion, l’astrophysique.

Si Marylou Fournier Tondreau raconte son histoire, c’est parce qu’elle estime qu’elle illustre parfaitement les biais inconscients qu’ont bien des femmes au moment de choisir un champ d’études.

Au cégep, j’étais convaincue que les hommes performaient mieux en génie et en sciences pures et que les femmes performaient mieux en santé. Je pensais que je n’apporterais pas tant dans le domaine des mathématiques.

Marylou Fournier Tondreau, étudiante en physique

Mme Fournier Tondreau adore pourtant étudier et se destine à la recherche.

C’est pour éviter à d’autres un tel détour qu’elle s’implique dans le projet Parité sciences, né à l’Université de Montréal et lancé ce jeudi à l’occasion de la Journée internationale des femmes et des filles de science. L’idée derrière le projet : former des enseignants du cégep pour qu’ils puissent donner à leurs élèves l’élan pour poursuivre des études en sciences.

Une identité à façonner

Cofondateur de Parité sciences et professeur de physique à l’Université de Montréal, Jean-François Arguin dit qu’au cours de sa carrière, plusieurs de ses mentors ont été des femmes « plus intelligentes » que lui. C’est parce qu’il se demandait pourquoi elles sont moins nombreuses dans son domaine qu’il s’est intéressé à la construction de l’« identité scientifique ».

« J’ai une fille de 5 ans et lorsque je lui lis des livres ou qu’elle regarde des émissions de télévision, je vois que ce sont souvent les papas ou des hommes qui donnent les explications scientifiques », illustre le professeur. Or, dit-il, il existe des solutions pour aider les jeunes filles à se projeter dans une carrière en sciences, et elles ne sont pas très complexes.

Il est prouvé que juste le fait qu’un prof approche une étudiante qui a un intérêt pour la science pour lui demander si elle a déjà pensé s’inscrire dans ce domaine a un gros impact.

Jean-François Arguin, cofondateur de Parité sciences et professeur de physique à l’Université de Montréal

Lui-même a eu un tel impact sur Marylou Fournier Tondreau. « J’ai vraiment senti la différence dans ses cours, même si c’était des détails », dit l’étudiante. Elle cite un exemple donné par le professeur pour expliquer un paradoxe en relativité restreinte qui mettait en scène « une magicienne et son assistant ». « C’était la première fois que je rencontrais un exemple non stéréotypé. J’ai relu la phrase deux fois tellement ça m’a surprise, surtout venant d’un prof masculin », explique l’étudiante.

Parité sciences entend en premier lieu former des enseignants de cégep pour porter son projet. Ceux du secondaire pourraient suivre. « Les enseignants ont un rôle extrêmement important sur l’orientation de carrière de leurs étudiants et étudiantes », dit Stéphanie Luna, coordonnatrice de Parité sciences.

Elle explique qu’il ne s’agit pas de demander aux enseignants de donner un cours magistral de trois heures sur les enjeux de la représentation des femmes en sciences, mais bien de leur donner des outils concrets faciles à appliquer en classe.

Parité sciences a par exemple dressé une liste de Québécois — hommes et femmes — qui ont un baccalauréat dans une des matières ciblées et qui peuvent illustrer concrètement vers quoi ces programmes d’études peuvent mener.

On dira aussi aux enseignants de ne pas isoler les étudiantes. « Les enseignants ne pensent pas nécessairement au fait que les femmes prennent moins leur place dans une équipe si elles se retrouvent seules avec six autres hommes », illustre Stéphanie Luna.

Pour sa part, Marylou Fournier Tondreau ne regrette pas ses années en pharmacie, mais elle s’enflamme quand elle parle de son nouveau domaine d’études. « Ça touche à la relativité, à l’électromagnétisme, à la mécanique céleste. Ça me fascinait tellement… c’est philosophique, mais je vois un peu un sens à la vie en étudiant en physique », dit-elle. Voilà qui n’est pas une moindre chose.

Proportion de femmes inscrites dans ces programmes universitaires au Québec

Informatique : 19 %

Physique : 24 %

Mathématiques : 41 %

Source : Parité sciences