Il faudra encore patienter avant de savoir l’effet qu’aura eu la pandémie sur les cégépiens. S’ils se sont prévalus en masse de la possibilité de faire inscrire la mention « incomplet » à leur relevé de notes au cours de la dernière année – et ils pourront le faire à nouveau pour la session d’hiver –, le taux d’échec a toutefois diminué dans plusieurs cégeps.

Marie-Eve Morasse Marie-Eve Morasse
La Presse

Les sessions presque entièrement à distance qu’ont connues ces élèves ont eu un effet tangible : le taux d’échec dans les cégeps a diminué à la faveur de la mention « incomplet », révèle un coup de sonde mené par La Presse auprès de plusieurs d’entre eux.

Cette mention n’est pas apparue avec la pandémie, mais des assouplissements de Québec ont fait en sorte qu’il était beaucoup plus simple pour les élèves de l’obtenir. Ils pourront s’en prévaloir aussi pour la session d’hiver qui s’amorce, indique-t-on au ministère de l’Enseignement supérieur.

Au collège de Maisonneuve, à Montréal, seulement 178 élèves avaient demandé à l’automne 2019 la mention « incomplet » pour un cours, tandis que ce nombre s’élève à 1224 à l’automne 2020. Or, le taux d’échec a baissé, si bien qu’il n’y a pas de différence notable entre les deux années.

« Qu’il soit en incomplet ou en échec, l’élève doit absolument reprendre le cours au complet », rappelle Sylvain Gallagher, directeur adjoint à la direction des études du collège de Maisonneuve.

De ce fait, il s’explique mal que certains élèves aient tout de même choisi la mention échec alors que la possibilité d’opter pour un incomplet a été publicisée.

Au cégep Édouard-Montpetit, on observe que les échecs et les incomplets « sont des vases communicants » et qu’entre 2019 et 2020, le taux de réussite a peu changé. Au collège Marie-Victorin, le nombre d’incomplets pour la session d’automne 2020 a triplé par rapport à la même période l’année précédente. Or, on note que « les étudiants ont annulé moins de cours » l’automne dernier par rapport à l’année précédente.

Quand aura-t-on un portrait clair de la situation dans les cégeps ? À la Fédération des cégeps, qui regroupe 48 collèges publics, on est à faire une recension auprès des membres et on s’attend à avoir un portrait plus précis vers la fin du mois.

Une vision partielle de la situation

D’ici là, Sylvain Gallagher fait le pari que « tous les collèges » vont, comme le sien, avoir moins d’échecs, mais estime que ces données n’offrent qu’une vision partielle de la réussite des élèves.

« Je peux dire qu’à notre collège, il n’y a pas plus de cours qui se sont perdus. Mais est-ce que les étudiants ont tout le bagage pour aller faire le prochain cours ? Leur sac à dos est-il aussi plein que celui des années précédentes ? Je ne pourrais le dire », affirme le directeur adjoint à la direction des études du collège de Maisonneuve.

Il croit que c’est peut-être « plus tard » qu’on connaîtra réellement les conséquences de la pandémie sur les élèves.

Comment le saura-t-on ? Le directeur général du cégep Édouard-Montpetit, Sylvain Lambert, « imagine que les universités seront assez rapidement en mesure de refléter s’il y a des manques en matière de réussite », tout comme les milieux de travail. « Il y aura des gens qui ont vu passer différentes générations qui pourront dire ce qu’il en est de la cuvée 2021 », croit Sylvain Lambert.

Bien qu’il note une perte de motivation chez les élèves, il estime que la qualité de l’enseignement « a été maintenue » et que les élèves « ont travaillé fort ». « On pourra peut-être voir cette session-ci s’il y a eu des manques », ajoute M. Lambert.