Exit les examens du Ministère, les évaluations strictes, le bulletin traditionnel. Que les écoles restent fermées un peu plus longtemps ou pas — une décision toujours pas coulée dans le béton mardi —, les libéraux et les directions d’écoles réclament des ajustements en prenant acte des retards scolaires et des suivis serrés à faire.

Marie-Eve Morasse Marie-Eve Morasse
La Presse

Louise Leduc Louise Leduc
La Presse

« Il faut tout revoir : les modalités du programme de formation, du bulletin, de la pondération », dit Nicolas Prévost, président de la Fédération québécoise des directions d’établissement (FQDE), qui appelle à une annulation pure et simple des examens du Ministère cette année.

Déjà, en décembre, la question des évaluations a été abordée lors d’une rencontre entre le ministre de l’Éducation et divers acteurs du milieu. Les examens du Ministère de l’an dernier ont été annulés et ils seront allégés cette année.

Jean-François Roberge, ministre de l’Éducation, est resté en retrait, mardi. Il n’a pas commenté les scénarios à l’étude qui, selon nos informations, ont d’ailleurs changé au fil des heures.

L’idée de prolonger la fermeture des écoles ne passe pas auprès du Parti québécois, du Parti libéral et de plusieurs acteurs du réseau, qui étaient encore nombreux mardi à militer pour que le plus grand nombre d’élèves possible soient en classe lundi.

« On souhaite le retour des élèves le 11 janvier. Le taux d’absentéisme de l’enseignement à distance est très élevé, on le voit déjà dans les centres de services qui ont commencé l’école au début de la semaine », dit le président de la FQDE, Nicolas Prévost.

On a beau faire comme si tout va parfaitement bien, il reste que les élèves ont passé trois mois sans fréquentation scolaire [au printemps] et il y a des retards dans les apprentissages.

Véronique Hivon, porte-parole du Parti québécois en matière d’éducation

Selon elle, l’heure est déjà venue de se demander quels sont les savoirs essentiels. En raison des retards scolaires déjà constatés, dit-elle, « devrait-on continuer de consacrer autant d’heures à certains cours ? Sans vouloir minimiser l’importance de certaines matières, faudrait-il par exemple réduire le nombre d’heures prévues en éthique et culture religieuse, cette année ? »

Pour un enseignement plus substantiel

Si la fermeture devait se prolonger, la députée libérale Marwah Rizqy appelle à un enseignement à distance plus substantiel qu’au printemps. « Ça prend quelque chose qui ressemble davantage au modèle ontarien avec un horaire établi qui détaille ce qu’on va voir en ligne », indique Marwah Rizqy, qui estime que les élèves sont davantage capables de suivre à distance à partir de la 4e année.

En août, le ministre Roberge garantissait un enseignement à distance organisé en 24 heures dès lors qu’il y avait une éclosion dans une classe, à raison de 15 heures de cours par semaine. Cette semaine, il a plutôt exigé que les enseignants « s’assurent de garder un lien pédagogique, un contact direct et quotidien » avec les élèves.

Des horaires envoyés aux parents

Déjà, cette semaine, certaines écoles envoyaient aux parents des horaires prévoyant 115 minutes par jour (dans des écoles anglophones de Montréal), d’autres ne prévoyant que 30 minutes, tandis que le plan se faisait attendre ailleurs.

En Ontario, Kathia Carullo, enseignante en 5e année, explique que le ministère de l’Éducation de la province a statué dès cette semaine que les enseignants devaient faire l’école à distance tous les jours pendant 225 minutes bien comptées.

Elle ne cache pas que c’est pénible.

C’est beaucoup de logistique et j’ai l’impression que les élèves sont beaucoup plus distraits. Je suis tout le temps en train de répéter.

Kathia Carullo, enseignante en 5e année en Ontario

Pierre Poulin, enseignant de 5e année dans une école primaire de Saint-Léonard et chargé de cours à l’université en intégration des technologies en éducation, croit que le secret de l’école à distance est de bien doser. « Je fais deux Zoom de 30 à 40 minutes chacun. Il ne faut pas surcharger les élèves parce que trop de temps devant l’écran, ça devient plate. »

M. Poulin donne donc du travail que les élèves doivent faire chacun de leur côté, ce qui les occupe pendant quelques heures. Et il a levé toutes les échéances strictes. « On ne peut pas enseigner à distance avec un cadre aussi rigide qu’en classe. »

Le matériel informatique continue d’arriver

Le manque d’ordinateurs est de moins en moins un obstacle à l’enseignement à distance. S’il en manque encore dans certains centres de services de la province, la situation s’est nettement améliorée, et la distribution pour les élèves en ayant fait la demande se poursuit cette semaine. Au centre de services scolaire de Montréal, on dit avoir répondu avant Noël à la « quasi-totalité » des besoins exprimés par les parents. Près de 15 000 appareils ont été distribués et 1600 clés de connectivité (LTE) ont été fournies. Au centre de services scolaire Marguerite-Bourgeoys, tous les besoins ont été comblés, nous dit-on.

Et les enfants des travailleurs essentiels ?

Autre interrogation à laquelle Québec devra répondre : les enfants des travailleurs essentiels pourront-ils faire l’école à distance s’ils fréquentent un service de garde d’urgence ? La directrice d’une école spécialisée de la région de Montréal s’est fait dire que non et s’inquiète pour le suivi scolaire de son enfant. « Mes employés se sentent oubliés. Les gens qui travaillent en adaptation scolaire sont allés à l’école jusqu’au 23 décembre et ils ont eux aussi des enfants. Ils font plusieurs sacrifices pour être sur le terrain », dit-elle. Des doléances entendues également chez des travailleurs du réseau de la santé appelés à utiliser les services de garde d’urgence.