Pour les élèves du secondaire, l’heure est à la récupération de leurs effets personnels dans des écoles qui resteront désertes au moins jusqu’en septembre. Le gouvernement a annoncé qu’ils devraient continuer à étudier à distance, mais pour plusieurs d’entre eux, la cloche semble bel et bien avoir sonné l’heure des vacances.

Marie-Eve Morasse Marie-Eve Morasse
La Presse

Sarah Messier a vidé son casier puis a signé la colonne peinte aux couleurs de l’arc-en-ciel pour marquer son passage à l’école secondaire Des Rives. Juste avant qu’elle ne disparaisse au bout du corridor, son enseignante de français l’a interpellée une toute dernière fois. « J’ai aimé ça, t’avoir comme élève ! », a lancé avec émotion Isabel Sayegh.

Mercredi, une bonne partie des 1200 élèves de cette école de Terrebonne sont passés récupérer leurs cahiers et objets personnels. C’était la toute dernière fois que les élèves de dernière année foulaient les corridors d’un endroit où ils ont passé cinq ans.

Il y a eu des larmes. Plus tôt cette semaine, c’était chez des enseignants qui vidaient leur classe, au cas où elles seraient réquisitionnées pour accueillir des élèves du primaire. « Ils partaient en pleurant, en disant : “Ça n’a pas de bon sens de finir de même” », relate le directeur de l’école, Christian Béliveau.

Lui aussi a refoulé ses larmes en voyant une élève inconsolable. « Elle n’arrêtait pas de pleurer, raconte le directeur. Je lui ai dit : “Je m’en vais, sinon je vais me mettre à pleurer avec toi.” »

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Les élèves de cinquième secondaire ont signé une colonne aux couleurs de l’arc-en-ciel pour marquer leur passage à l’école Des Rives.

Certaines écoles secondaires ont choisi de vider elles-mêmes les casiers des élèves et de leur remettre leurs affaires comme dans un service à l’auto. Les parents se garent à l’école, ils ouvrent le coffre de leur voiture et on y dépose un sac dans lequel se trouvent les effets des élèves.

Ce n’est pas pour une question de logistique que le directeur de l’école secondaire Des Rives a préféré que chaque élève vide son casier. « Je suis content de le faire. Les élèves rentrent dans l’école, ils voient leurs enseignants et les enseignants sont contents de les voir. Je voulais que ce soit un contact pour dire aux élèves que bien que ce soit fini, on est encore avec eux », explique Christian Béliveau.

Cette fin d’année scolaire n’est pareille à nulle autre, et c’est particulièrement vrai pour ceux qui terminent leur cinquième secondaire. « Le bal, c’est toujours le moment où on les quitte pour la dernière fois. J’ai l’impression qu’on ne s’est pas dit au revoir. C’est une histoire inachevée », estime Magali Laurenceau, conseillère d’orientation qui parle de ses élèves comme de « petits poussins ». « Elle les connaît tous », assure sa collègue.

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Magali Laurenceau, conseillère d’orientation, parle de ses élèves comme de « petits poussins ».

Une année qui se termine à distance

L’année scolaire se terminera à distance, et les enseignants de cette école secondaire se préparent en conséquence. « On est passés de 1960 à 2030 en l’espace d’un mois et demi », illustre le directeur de l’école Des Rives.

Mais il ne se fait pas d’illusions. Le ministre de l’Éducation a beau dire que la fréquentation scolaire est obligatoire, il sera difficile de convaincre certains élèves de continuer leurs cours à partir de la maison.

« On a hâte de voir quels seront les taux de participation. On a des classes qui en font depuis le début du confinement. Au début, les taux de participation étaient super bons, et plus ça allait, moins il y avait de monde derrière la caméra », déplore Christian Béliveau.

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Christian Béliveau, directeur de l’école Des Rives de Terrebonne

Les élèves qui avaient de bonnes notes risquent de ne pas voir l’avantage de continuer à étudier. « L’élève qui a 80 ou 90 %, va-t-il se battre pour faire des travaux, surtout s’il travaille à temps plein ? C’est obligatoire, mais ça n’aura pas d’impact sur ses résultats », prédit le directeur.

Les élèves en échec auront peut-être plus de motivation à augmenter leurs notes, mais les enseignants sont « à la merci de la volonté et de la motivation des élèves ». « J’en voyais ce matin venir chercher leur matériel à 8 h, ils trouvaient ça dur de se lever si tôt, alors qu’habituellement, c’est 10 h 30, 11 h. Je les sortais de leur lit », poursuit Christian Béliveau.

Certains élèves inquiètent le personnel de l’école. « J’ai une bonne élève qui est venue. Ils sont neuf, à la maison, et elle m’a dit : “Je ne suis plus capable, on se pile sur les pieds.” Est-ce que cette enfant est apte à faire des cours à la maison ? Non », dit le directeur. Et puis il y a ceux « où il y a de la violence à la maison, qui ont des parents alcooliques, qui n’ont rien à manger ».

L’école de Terrebonne avait mis sur pied un projet appelé « Le frigo généreux », dans lequel tous ceux qui le voulaient pouvaient se servir. Certains soirs, des élèves glissaient de la nourriture dans leur sac avant de repartir à la maison.

Il y a aussi l’ennui. Enseignante d’anglais en quatrième secondaire, Marie-Christine Roy a l’occasion de parler à ses élèves. « La majorité me disent : c’est plate, c’est long. Beaucoup d’élèves me disent qu’ils se rendent compte que finalement, ils s’ennuient de l’école, surtout les élèves de secondaire 1 », dit-elle.

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Audrey-Anne Patry-Fiset laisse sa trace sur la colonne des élèves de dernière année.

Mercredi, Audrey-Anne Patry-Fiset, 16 ans, confirmait ses dires. « C’est long, je trouve », a dit l’élève de cinquième secondaire en vidant son casier. « Socialiser, apprendre, l’ambiance, ma routine : ça me manque beaucoup. »

Future élève en arts visuels au cégep, elle cherchait mercredi à mettre la main sur des projets d’art laissés à l’école. Ils sont demeurés introuvables. « Ça va me donner une raison de revenir », s’est-elle consolée.