Québec a versé cette année près de 32 millions aux écoles secondaires publiques de la province pour qu’elles offrent à tous les élèves une heure d’activité parascolaire gratuite de plus par jour. En théorie, cette somme permet déjà à près de la moitié des élèves d’en profiter, mais en pratique, il est impossible de savoir combien y participent vraiment. Qui plus est, garder les ados après l’école n’est pas toujours une mince tâche.

Marie-Eve Morasse Marie-Eve Morasse
La Presse

Les écoles secondaires qui souscrivent à cette mesure – une promesse de la CAQ en campagne électorale – doivent en aviser le gouvernement. La semaine dernière, 278 écoles secondaires représentant plus de 173 000 élèves s’étaient inscrites.

« Cela représente 54 % des élèves si nous prenons en compte l’effectif de l’année scolaire 2019-2020 [322 897 élèves] », indique-t-on au ministère de l’Éducation.

Ces élèves ont donc « la possibilité » de s’inscrire à une heure d’activité parascolaire par jour. Dans les dernières semaines, la ministre déléguée à l’Éducation, Isabelle Charest, et le ministre des Finances, Eric Girard, se sont réjouis du succès de cette nouvelle mesure. Ce dernier a même évoqué la possibilité de la faire passer à deux heures par jour.

Or, d’ici à ce que les commissions scolaires rendent des comptes au Ministère à la fin de l’année scolaire, on ne sait pas si les élèves répondent en masse à l’appel.

À la Commission scolaire de la Pointe-de-l’Île, par exemple, on a reçu 1,05 million pour l’année en cours. Trois écoles secondaires se partagent cette somme pour mettre en place des activités parascolaires, mais « il est trop tôt pour avoir le nombre d’[élèves] inscrits », nous dit-on.

Les activités parascolaires qui ont été ajoutées dans trois écoles secondaires ont la cote auprès des élèves, note-t-on à la Commission scolaire de la Seigneuries-des-Mille-Îles, dans les Basses-Laurentides, qui a obtenu 1,2 million cette année pour cette nouvelle mesure. À titre d’exemple, à l’école secondaire du Harfang de Sainte-Anne-des-Plaines, qui compte près d’un millier d’élèves, la moitié sont inscrits à la trentaine d’activités offertes.

Le taux de participation varie d’une commission scolaire à une autre, dit quant à lui le président de la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement (FQDE), Nicolas Prévost.

Il y a des endroits où ça répond très bien, mais aux endroits où le parascolaire était déjà très bien organisé, c’est un peu plus difficile d’aller chercher d’autres élèves. On a beau avoir une très bonne offre de service, ce n’est pas toujours facile d’aller chercher nos ados en fin de journée.

Nicolas Prévost, président de la FQDE

Il est plus facile d’organiser des activités à l’heure du lunch, dit-il. « Les élèves sont à l’école ou ne sont pas loin. À 16 h, il y a l’appel du travail ou d’aller “gamer” à la maison », illustre Nicolas Prévost.

Pour la première année de ce programme, Québec demandait aux commissions scolaires d’offrir une heure supplémentaire d’activités parascolaires à 26,5 % des élèves. À la Commission scolaire de Laval (CSDL), la somme de 1,43 million accordée cette année est répartie dans cinq écoles secondaires, ce qui représente un peu moins de la moitié des effectifs.

« On pense que c’est très intéressant. Est-ce que les élèves en veulent ? C’est une autre question. Le ministre Roberge dit que c’est une mesure pour que les jeunes restent une heure de plus chaque jour, mais je doute que tous les élèves restent cinq heures de plus à l’école chaque semaine », dit Louise Lortie, présidente de la CSDL.

Trouver de l’espace… et des autobus

Les membres de la FQDE se butent principalement à deux problèmes : après l’école, les gymnases sont souvent déjà bien occupés par les équipes sportives. Les directions d’école doivent donc être « très imaginatives » pour trouver l’espace où organiser d’autres activités sportives.

De plus, il faut composer avec les horaires des autobus. « Les changements de récréations dans les écoles primaires ont eu une incidence sur tout le transport scolaire. Dans certaines régions, c’est difficile pour les écoles d’organiser ce qu’elles veulent mettre en place », explique le président de la FQDE, Nicolas Prévost.

C’est un problème auquel fait face la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys. « On ne peut pas faire toutes les activités parascolaires après l’école, parce qu’une partie des élèves prend l’autobus scolaire. Des fois, les activités sont à 7 h 45 le matin, parfois c’est sur l’heure du midi pour essayer d’en offrir le plus possible », dit sa présidente, Diane Lamarche-Venne.

Cette commission scolaire de Montréal a reçu cette année 1,5 million, somme répartie dans six écoles. « C’est beaucoup d’argent, c’est vraiment beaucoup d’argent », dit la présidente. Elle note toutefois un « bel engouement » dans les écoles où on offre davantage d’activités parascolaires.

C’est sûr que ça aide le sentiment d’appartenance et c’est très attrayant parce que c’est gratuit. Est-ce que l’intérêt va se maintenir avec le temps ? On verra.

Diane Lamarche-Venne, présidente de la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys

L’heure d’activité parascolaire sera plus difficile à ajouter dans certaines écoles, relève de son côté la présidente de la Commission scolaire de Montréal. Catherine Harel Bourdon cite en exemple l’école secondaire Joseph-Charbonneau, qui accueille des élèves handicapés âgés de 12 à 21 ans.

« Beaucoup sont en fauteuil roulant et ont toute sorte de conditions physiques, de maladies. Quand l’autobus va les chercher, ils sont déjà extrêmement fatigués, et certains ont beaucoup de route à faire. On essaiera de faire en sorte que [les activités parascolaires] se fassent pendant la journée », dit Catherine Harel Bourdon.

Le gouvernement caquiste a dégagé 455 millions pour la réalisation de ce projet en cinq ans. Il souhaite que tous les élèves puissent profiter de cette mesure à la rentrée 2021-2022.

Le ministère de l’Éducation exige que les activités parascolaires offertes aux élèves couvrent quatre des six catégories suivantes :

Activités physiques et de plein air

Vélo de montagne, escalade, survie en forêt, planche à roulettes, autodéfense, yoga, pilates...

Activités sportives

Basketball, soccer, volleyball, badminton, natation...

Activités artistiques et culturelles

Théâtre, improvisation, musique, arts visuels, montage vidéo...

Activités scientifiques

Robotique, informatique, électronique, expériences scientifiques...

Activités socioéducatives

Échecs, génies en herbe, ornithologie...

Activités d’engagement communautaire

Bénévolat, formation en accompagnement en loisir des personnes handicapées, secourisme...