(Montréal) Qu’est-ce qui contribue le plus au rendement scolaire des élèves du secondaire ? La capacité à se concentrer ? La mémoire de travail ? La langue parlée à la maison ? Ce serait plutôt le temps passé sur des écrans et celui à faire du sport en équipe qui auraient le plus d’influence sur les notes à l’école, révèle une étude.

Marie-Eve Morasse Marie-Eve Morasse
La Presse

En suivant pendant trois ans 185 élèves d’une école secondaire publique de la métropole dans le cadre de son doctorat en biologie à l’Université du Québec à Montréal, Marie-Maude Dubuc a voulu savoir quel facteur avait la plus grande influence sur les résultats scolaires des jeunes.

« On a eu la surprise de constater que ce qui explique le rendement scolaire est différent chez les filles et chez les garçons », poursuit-elle.

Pour les filles, le temps passé sur le cellulaire ou à regarder la télé avait l’impact le plus important sur le rendement scolaire. Moins les filles y consacraient de temps, plus leurs notes avaient de chances d’être élevées. « Ce n’est pas nécessairement le fait de regarder des écrans qui donne de mauvaises notes, c’est d’y passer beaucoup de temps et de ne pas développer autre chose », dit Marie-Maude Dubuc, maintenant postdoctorante à la faculté des sciences de l’activité physique de l’Université de Sherbrooke.

Le « pendant masculin », soit le temps passé sur les jeux vidéo, influençait aussi les notes des garçons, mais « le facteur qui se démarque le plus des autres » est le fait de faire partie d’une équipe sportive à l’école. « C’était le premier prédicteur d’une bonne moyenne générale pour les garçons », explique Mme Dubuc. L’endurance cardiovasculaire des jeunes filles influence aussi positivement leurs notes, mais le fait de faire partie d’une équipe sportive n’a pas d’impact significatif pour celles-ci.

« Faire partie d’une équipe sportive augmente peut-être le sentiment d’appartenance et de motivation des garçons à l’école, tandis que les filles ont moins ce besoin-là, elles ont d’autres motivations pour se lever le matin et aller à l’école », avance comme hypothèse la chercheuse, qui rappelle toutefois que même à l’intérieur de ces groupes, chaque individu est différent.

L’hypothèse de départ de la chercheuse n’a pas été confirmée par son étude. Elle supposait que les fonctions cognitives, comme la capacité d’attention et la mémoire de travail, seraient les plus importants prédicteurs du rendement scolaire chez les adolescents.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Marie-Maude Dubuc, postdoctorante à la faculté des sciences de l’activité physique de l’Université de Sherbrooke et auteure d’une étude sur la réussite scolaire des jeunes.

« C’était une hypothèse qui nous apparaissait logique parce qu’on demande beaucoup d’utiliser ces fonctions quand on est à l’école. Mais c’est à peine si on les voit passer, ces facteurs-là. Oui, c’est important, mais ce n’est pas un prédicteur premier du rendement scolaire », dit Marie-Maude Dubuc. Son étude a par ailleurs démontré que les garçons et les filles ont des capacités d’attention équivalentes.

Temps d’écran en augmentation, sports en baisse

Tandis que la pandémie prive les élèves du secondaire de sports organisés et que beaucoup d’entre eux font l’école à mi-temps sur un ordinateur, Marie-Maude Dubuc s’inquiète des répercussions sur leurs résultats scolaires.

Ça n’augure rien de bon que le temps d’écran explose et que le temps passé à faire de l’activité physique diminue.

Marie-Maude Dubuc, postdoctorante à la faculté des sciences de l’activité physique de l’Université de Sherbrooke.

« Je pense qu’il va falloir être préparés pour l’après-pandémie, poursuit la chercheuse. Si on ne propose pas quelque chose à ces jeunes qui auront passé près d’un an à faire moins d’activité physique et qui auront passé plus de temps sur les écrans, je ne suis pas certaine qu’on pourra renverser la vapeur. C’est facile d’être plus dépendant aux écrans pour se divertir. »

Marie-Maude Dubuc observe que le milieu de l’éducation physique travaille en ce moment très fort pour trouver de nouveaux moyens afin de proposer aux jeunes de bouger sans sport organisé. « Pour beaucoup de jeunes, le sport, c’est être avec des amis et avoir du bon temps », note-t-elle.

Pandémie ou pas, la chercheuse souhaite une prise de conscience quant à l’utilisation des écrans dans les moments de loisir des jeunes. Les enseignants d’éducation physique dans les écoles, pense-t-elle, sont les mieux placés pour le faire et proposer des activités différentes aux jeunes. « En fin de compte, on pense que ça pourrait améliorer le rendement scolaire », conclut Mme Dubuc.