Porter plainte à l’encontre d’un membre du personnel scolaire tient souvent, pour les élèves et les parents, d’un parcours à obstacles. C’est un problème auquel il est urgent de s’attaquer, dit la députée solidaire Christine Labrie, qui souhaite que l’on protège les lanceurs d’alerte du réseau de l’éducation.

Marie-Eve Morasse Marie-Eve Morasse
La Presse

Il y a quelques semaines, les allégations de racisme faites par des élèves à l’endroit d’un enseignant d’histoire à l’école secondaire Henri-Bourassa, à Montréal-Nord, ont fait ressurgir la question des plaintes en milieu scolaire. La députée de Sherbrooke Christine Labrie a parlé avec certains de ces élèves qui ont dénoncé l’enseignant.

« Ce qui m’a frappé, c’est la similitude avec ce qu’on voit pour les agressions sexuelles. On a des personnes qui ont vécu des comportements inacceptables, qui ont essayé de porter plainte à l’intérieur du système de plainte. Ça n’a rien donné, donc ils se sont tournés vers les réseaux sociaux », explique Mme Labrie.

Les critiques envers le processus de traitement des plaintes dans les écoles ne datent pas d’hier. Il y a trois ans, la protectrice du citoyen le qualifiait de « complexe et long ». Au plus récent congrès de la Coalition avenir Québec, le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge a souligné qu’il voulait « renforcer » le rôle du Protecteur de l’élève dans les écoles. Plutôt que d’avoir un Protecteur de l’élève par centre de services scolaire, comme c’est actuellement le cas, des « protecteurs régionaux » qui pourraient aussi agir dans les écoles privées seraient désignés.

Christine Labrie propose aussi que le Protecteur de l’élève ne dépende pas des centres de services scolaires. « Il faut que ce soit une instance à part, pour qu’il n’y ait pas de conflit d’intérêts et que la personne qui porte plainte sache que ça va être pris au sérieux », explique la députée.

Libérer la parole

En plus d’estimer que les élèves du réseau privé doivent pouvoir profiter d’un tel mécanisme, la députée croit qu’il faut permettre aux témoins d’actes discriminatoires ou d’intimidation dans les écoles de sonner l’alerte.

On entend souvent dire dans le réseau de l’éducation qu’il y a une omerta comme en santé. Le personnel dit qu’il a peur de parler et de se faire taper sur les doigts s’il dénonce ce qui se passe dans les écoles, on entend que des coupures de services se produisent sans qu’on ne puisse agir.

Christine Labrie, députée et porte-parole en éducation de Québec solidaire

« Il faut un véhicule qui va permettre à tout le monde de signaler des situations qui peuvent causer un préjudice aux élèves », dit Christine Labrie.

Parce qu’il est ardu de se faire entendre, les gens qui s’estiment lésés se tournent souvent en désespoir de cause vers les médias, mais aussi vers leur député. En tant que porte-parole en éducation pour son parti, Christine Labrie est à même de le constater.

« On reçoit des dénonciations pour des décisions administratives regrettables, des coupures de services, il y a beaucoup de situations relatives au manque de personnel dans les écoles. J’ai des situations où les parents me disent que l’enseignant de leur enfant est parti et s’est fait remplacer par quelqu’un de non légalement qualifié », illustre Christine Labrie.

La députée souhaite que le ministre Roberge s’engage à déposer un projet de loi rapidement pour réformer le Protecteur de l’élève. « Ça presse. Je ne veux pas que les gens soient obligés d’utiliser les médias ou les réseaux sociaux pour dénoncer des situations problématiques, et c’est ce qu’on voit en ce moment », dit Christine Labrie.