Alors que la rentrée scolaire prend forme ces jours-ci, après le plus fort de la crise du coronavirus, les enseignants, le personnel de soutien scolaire et les professionnels de l’éducation craignent d’avoir devant eux plus d’enfants en difficulté, des cas plus lourds… et pas toujours les ressources pour y faire face.

Lia Lévesque
La Presse canadienne

La Centrale des syndicats du Québec, dont la grande majorité des membres œuvrent dans le domaine de l’éducation, a rencontré la presse, lundi à Montréal, pour faire le point sur cette rentrée scolaire inédite.

La présidente de la fédération de la CSQ qui représente les enseignants, Josée Scalabrini, l’affirme clairement : « on aura besoin d’aide dans nos écoles ».

La somme de 20 millions annoncée au cours des derniers jours par le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, est un pas dans la bonne direction, mais elle sera insuffisante, croient ces dirigeants syndicaux de l’éducation.

Le président de la fédération de la CSQ qui représente les professionnels de l’éducation — orthophonistes, psychologues, psychoéducateurs —, Jacques Landry, s’attend à voir « plus de cas et des cas plus lourds », parce que certains enfants n’auront pas été sur les bancs d’école pendant six mois.

« On s’attend à une détérioration », dit-il, en prenant soin d’ajouter qu’« on fait confiance à l’équipe école » pour s’occuper des élèves, parce qu’ils sont « les mieux placés dans l’école pour voir » les élèves et les autres membres du personnel.

« Il y a un danger que les élèves qui étaient “à risque” basculent et fassent partie des statistiques » des enfants qui éprouveront des difficultés, a dit craindre la présidente de la CSQ, Sonia Éthier. Certains seront plus anxieux, plus turbulents, auront vécu plus de problèmes familiaux.

Les défis

Mme Éthier perçoit plusieurs défis pour cette rentrée inédite : la santé-sécurité avec ses règles sanitaires et la discipline que le personnel devra imposer ; la réussite des élèves ; la lutte contre le décrochage scolaire des élèves moins motivés ; l’aide aux élèves en difficulté.

Et ses fédérations de l’enseignement, du personnel du soutien scolaire et des professionnels de l’éducation craignent que le dialogue fasse défaut dans les écoles pour discuter de ces questions, que le temps pour en parler manque et que les ressources financières et humaines ne soient pas au rendez-vous.

M. Landry rapporte que ses membres, les professionnels, doivent parfois se « diviser » entre trois, quatre, voire cinq écoles. Un tiers, selon une enquête maison, songeraient à quitter le réseau de l’éducation pour aller travailler dans le privé.

Consignes

Mme Scalabrini déplore par ailleurs que les consignes en matière sanitaire puissent varier d’un centre de services scolaires à l’autre. « Il faut que le message soit uniforme, pour que tout le monde soit capable de livrer le même message aux élèves et au personnel. Ça va être très important. »

« Présentement, la Santé publique dit des choses. On nous dit que certaines Directions de santé publique régionales en ont compris des éléments qui sont différents. La CNESST souvent amène une autre dimension qu’on n’a pas vue et qui ne répond pas à ce que le ministre de l’Éducation nous a dit. Puis les directions d’école, en fin de semaine, disaient “c’est pas clair pour nous”. Il faut que rapidement on ait un message clair », a lancé la présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement.