À quelques jours de la rentrée des classes, le manque de communication entre le ministère de l’Éducation et le réseau scolaire sème encore « beaucoup de confusion », dénoncent des enseignants et des directions d’école. À leurs yeux, la vulgarisation des consignes de protection individuelle doit être améliorée.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« Il y a beaucoup de friture sur la ligne, illustre le président de la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement (FQDE), Nicolas Prévost. On a des directives précises du Ministère, mais dans différentes régions, ce n’est pas nécessairement le même message qui est porté par les autorités de santé publique. »

M. Prévost rappelle que des documents de la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) ont laissé entendre ces dernières semaines que la visière devait être portée par l’ensemble du personnel, alors qu’en réalité, la protection oculaire n’est prévue que pour les enseignants au préscolaire ou dans les classes spécialisées, lorsque la distanciation physique s’avère difficile.

« On a recensé plusieurs autres exemples du genre. Dans certaines régions, on nous a dit qu’il serait possible de dépasser le maximum de 250 personnes, ou encore qu’avec le port du masque, il n’y avait plus de distanciation, ce qui est faux. C’est certain que ça contribue à déstabiliser le milieu », souligne M. Provost. Ce dernier dit avoir eu des discussions soutenues avec Québec, qui travaillerait « très fort » actuellement pour rectifier le tir, et s’assurer que l’application des consignes soit bien comprise.

Une « incohérence » qui contraste

Pour l’enseignante et présidente de l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal Catherine Beauvais-St-Pierre, l’incohérence des messages gouvernementaux est « très préoccupante ». « On aimerait rassurer nos membres, mais on n’y arrive pas dans le contexte actuel. Il y a encore beaucoup de confusion », lâche-t-elle.

PHOTO FOURNIE PAR CATHERINE BEAUVAIS-ST-PIERRE

Catherine Beauvais-St-Pierre, présidente de l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal

À ses yeux, l’absurdité des mesures est déjà évidente dans les écoles montréalaises, qui feront face l’automne prochain à une grave pénurie de personnel. « Quand on sait que pour aller à l’épicerie, il faut porter le masque, mais que dans des petites classes bondées, ce ne sera pas nécessaire, on se dit que les écoles sont un milieu merveilleux où les bactéries ne se propagent pas de la même façon », ironise-t-elle.

Les fonctionnaires à Québec ne sont visiblement pas entrés souvent dans des écoles de Montréal. Ils n’ont pas du tout conscience de ce qui ne fonctionne pas.

Catherine Beauvais-St-Pierre, enseignante et présidente de l’Alliance des professeures et professeurs de Montréal

Hélène Bourdages, de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire (AMDES), est quant à elle plus optimiste. Sans parler de ratés, elle pointe plutôt les « longs délais de validation » du gouvernement. « Ça a un côté agaçant, parce que ça devient difficile pour nous d’apporter les ajustements, même si on comprend aussi que la compréhension de la COVID-19 est évolutive », convient-elle. « Le problème, c’est que les gens vont rentrer lundi avec leurs craintes, leur anxiété, mais il y a plusieurs réponses qu’on ne pourra pas leur donner », renchérit la porte-parole.

Plus de transparence réclamée

À la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), le président, Sylvain Mallette, réclame d’avoir accès à plus de détails sur les stratégies à long terme du gouvernement. « Quand on est obligés de passer par la loi d’accès à l’information, et qu’on reçoit des documents caviardés, on a du mal à croire que le ministre veut faire dans la transparence », dit-il.

Toute cette situation nous inquiète, entre autres parce que le Québec est la province la plus touchée, mais aussi celle qui déconfine le plus rapidement. Ça nous prend des réponses à un moment. Le virus, lui, n’attendra pas.

Sylvain Mallette, président de la Fédération autonome de l’enseignement

L’experte en économie de la santé à l’Université de Montréal Roxane Borgès Da Silva abonde dans le même sens. « Que ce soit avec le ministère de l’Éducation ou celui de la Santé, on voit vraiment des problèmes de communication importants à différents paliers. C’est décevant de constater qu’on n’a pas de canaux solides, sérieux et opportuns dans la gouvernance », analyse la spécialiste.

Cette dernière estime que le gouvernement doit offrir davantage d’espaces de rencontres aux différentes instances. « Surtout avec le retour à l’école, les gens veulent être rassurés, veulent avoir cette communication de proximité. Et on doit la leur donner », estime Mme Borgès Da Silva.

Joint par La Presse, le cabinet du ministre Jean-François Roberge assure qu’il demeurera en « contact constant » avec tous ses partenaires « en vue de cette rentrée importante ». « Si certains ont des interrogations, nous avons une équipe dédiée au Ministère pour les accompagner », précise l’attaché de presse de M. Roberge, Francis Bouchard. Il souligne par ailleurs que les « consignes sont claires, et ont été communiquées à l’ensemble des établissements à plusieurs reprises ».