À une semaine de la rentrée scolaire, le Centre de services scolaire de Montréal (CSSDM), le plus important de la province, avait lundi encore 500 postes d’enseignants à pourvoir, dont 90 postes réguliers, affirme le syndicat qui les représente.

Marie-Eve Morasse Marie-Eve Morasse
La Presse

À la pénurie d’enseignants vécue depuis plusieurs années au Québec s’ajoute la pandémie. Le réseau de l’éducation est ainsi soumis à une « pression importante » pour trouver du personnel. Et les directions d’école s’en inquiètent.

« Ce sont des chiffres relativement inquiétants. » Au lendemain d’une rencontre avec des dirigeants du CSSDM, mardi, la présidente de l’Alliance des professeures et des professeurs de Montréal, Catherine Beauvais-St-Pierre, n’était pas des plus optimistes et évoquait des scènes trop bien connues de certains élèves et parents.

« Malheureusement, avec ce genre de chiffre, on peut s’attendre à ce qu’il y ait des classes qui commencent sans titulaire, avec des suppléants à la journée. Quoique rendu là, on va même espérer qu’il y ait des suppléants », a dit Mme Beauvais-St-Pierre mardi.

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Nombre de postes d’enseignants qui restaient à pourvoir à pareille date l’an dernier, selon l’Alliance des professeures et des professeurs de Montréal. Le syndicat en recensait beaucoup plus, soit 500, lundi dernier.

Le CSSDM a indiqué à La Presse qu’il était « trop tôt pour fournir des données précises à ce sujet », puisqu’on ne sait pas encore combien d’élèves chaque école accueillera. Son porte-parole Alain Perron ajoute que le chiffre fourni par le syndicat ne tient pas compte des affectations faites depuis.

Le manque d’effectifs à quelques jours de la rentrée préoccupe néanmoins les directions d’école à travers toute la province.

« À la lumière des discussions que j’ai avec mes collègues, c’est un enjeu important de trouver du personnel », indique le président de la Fédération québécoise des directions d’établissement (FQDE), Nicolas Prévost. Il estime que le réseau de l’éducation est en ce moment soumis à une « pression importante » et dit voir « beaucoup d’inquiétude » chez ses collègues.

« Il y a une pénurie dans toutes les sphères. Chez les enseignants, chez les professionnels, chez les directions d’école et, le plus dramatique, chez les éducatrices en service de garde », énumère Nicolas Prévost.

« Une décennie de pénurie »

Au début 2020, le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge a estimé que la pénurie de main-d’œuvre dans les écoles du Québec serait son plus grand défi et qu’il faudrait « quelques années » pour y remédier.

C’était avant la COVID-19, qui a depuis mis en retrait des enseignants qui travailleront de la maison pour des raisons médicales. « Oui, ils vont être disponibles pour l’enseignement à distance, mais il faut mettre des gens dans les classes. C’est notre priorité », explique le président de la FQDE, Nicolas Prévost.

Certains enseignants ont aussi choisi de partir à la retraite pour ne pas vivre une rentrée qui s’annonce fort différente de celles qu’ils ont toujours connues.

La pénurie d’enseignants frappera-t-elle plus fort cette année ? « Il est trop tôt pour avoir une idée concrète, mais on voit des signes, comme des enseignants qui partent à la retraite. Pour certains, la COVID a été la goutte qui a fait déborder le vase », estime Nancy Goyette, professeure et chercheuse au département des sciences de l’éducation de l’Université du Québec à Trois-Rivières.

La pénurie n’est pas nouvelle, rappelle-t-elle, et son portrait n’est pas toujours facile à dresser.

« Tout se passe au niveau des centres de services scolaires et des équipes-écoles. On a passé la puck en bas, selon le principe de subsidiarité », explique Nancy Goyette.

Je pense que ce sera à géométrie variable d’une école à l’autre, d’une région à l’autre, entre le secteur public et le secteur privé. Je pense qu’on va vivre beaucoup d’iniquités selon le milieu où on est.

Nancy Goyette, professeure et chercheuse à l’Université du Québec à Trois-Rivières

Au Centre de services scolaire Marguerite-Bourgeoys, dans l’ouest de Montréal, on relève que la situation s’est améliorée par rapport à l’an dernier. Une soixantaine de postes restent à pourvoir, dont 30 postes en adaptation scolaire, enseignement primaire et secondaire. À pareille date l’an dernier, ce chiffre était deux fois plus important, note la porte-parole du centre de services, Chrystine Loriaux. Elle estime que les efforts de recrutement faits par son centre de services dans les dernières années portent leurs fruits.

La présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissements, Hélène Bourdages, croit que la pénurie sera « peut-être pire dans certains endroits », mais elle relève que pour l’instant, « on a l’impression qu’on a des solutions pour colmater les endroits où il manquerait d’enseignants ».

« On est dans une décennie de pénurie de personnel », rappelle Mme Bourdages.

Et comme chaque année, des enseignants lancent sur les réseaux sociaux des appels pour trouver des collègues qui viendront garnir les rangs à quelques jours de la rentrée.

« Une école primaire dans l’arrondissement de Lachine à Montréal est à la RECHERCHE de deux enseignants pour combler 2 CONTRATS 100 % jusqu’en juin, une 6e et une 5e année », écrit une enseignante sur Facebook.

Une autre se préoccupe du manque de personnel dans son école secondaire. « Il reste tellement de postes, je ne sais pas comment on va faire », a-t-elle écrit mercredi.

Un portrait plus clair en septembre

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

Jean-Francois Roberge. ministre de l’Éducation

En septembre dernier, le ministre de l’Éducation Jean-François Roberge a révélé qu’il manquait au moins 360 enseignants pour combler les besoins dans les écoles du Québec. De ce nombre, 84 % des postes vacants se trouvaient dans la grande région de Montréal. Cette année encore, « une demande d’information sera faite auprès du réseau scolaire début septembre afin d’avoir un portrait précis et aussi être en mesure d’apporter du soutien aux milieux qui en auraient besoin », indique Francis Bouchard, attaché de presse du ministre de l’Éducation. « La pénurie de personnel, héritée du précédent gouvernement, sera assurément un défi encore cette année. Malgré tout, on est confiants que tout soit en place à la rentrée scolaire », ajoute le cabinet du ministre Roberge.