Testez vos connaissances : quelle province a présenté, selon son premier ministre, le plan de retour en classe le plus sécuritaire au Canada ?

Isabelle Hachey Isabelle Hachey
La Presse

Si vous avez répondu l’Ontario, on vous félicite. « C’est le meilleur plan au pays, sans exception », a déclaré Doug Ford, le 6 août.

Si vous avez raté le test, on ne vous en veut pas : c’était une question-piège…

À lire les parents, les profs et les commentateurs de tout poil en Ontario, on jurerait en effet qu’il s’agit du pire plan de rentrée scolaire de la planète.

La stratégie de nos voisins ontariens pour ramener les enfants sur les bancs d’école n’est pourtant pas si différente de la nôtre. Elle va même plus loin. Elle prévoit l’embauche de centaines d’infirmières, qui seront déployées dans les écoles. Elle donne aussi le choix aux parents d’opter pour l’enseignement en ligne ; au Québec, la fréquentation scolaire sera obligatoire.

Bref, le plan ontarien ne semble pas si mauvais. Mais il sème l’inquiétude. La grogne monte de jour en jour. Quatre syndicats d’enseignants parlent de « danger imminent » pour les élèves et pour les enseignants. Le mot-clic #UnsafeSeptember est tendance sur les réseaux sociaux. De plus en plus d’Ontariens réclament le report de la rentrée scolaire.

Pendant ce temps, au Québec, le milieu de l’éducation semble relativement satisfait du plan présenté la semaine dernière par le ministre Jean-François Roberge. Cette différence de perception a de quoi surprendre, d’autant plus que Montréal est, depuis le début de cette crise, l’épicentre de la pandémie au Canada.

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Ce qui angoisse les Ontariens ? La taille des classes au primaire. Ils sont 170 000 à avoir signé une pétition réclamant de réduire à 15 le nombre maximal d’élèves par classe dans les écoles primaires.

Quinze élèves par classe, c’est la limite fixée dans les écoles secondaires de l’Ontario. Les groupes seront scindés en deux ; les enfants passeront une demi-journée à l’école et l’autre en ligne.

Ailleurs, l’expérience semble indiquer que le succès de la rentrée passe en partie par des classes réduites. Ainsi, le Danemark (12 élèves par classe) et la Norvège (15 élèves) s’en sont bien tirés. À l’opposé, Israël a connu d’importantes éclosions, alors que 30 élèves, et parfois davantage, s’entassaient dans les classes.

À peu près le même nombre qu’au Québec, quoi.

Évidemment, ce n’est peut-être qu’une coïncidence. Mais peut-être pas. Comme pour bien d’autres choses, lorsqu’il s’agit de ce coronavirus, on patauge dans l’inconnu.

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À une semaine de cette rentrée tout sauf ordinaire, tout est affaire de perceptions.

Des parents à bout de souffle réclament le retour à la normalité, prévenant qu’ils ne survivront pas à un second confinement. D’autres, terrifiés, poursuivent le gouvernement pour le forcer à offrir des cours en ligne.

Personne n’anticipe ce plongeon dans le brouillard de la même façon. Des parents sont zen, d’autres beaucoup moins.

Tous veulent ce qu’il y a de mieux pour leurs enfants.

Cela dit, je m’explique mal le fossé entre Québécois et Ontariens quant à leur plan de rentrée scolaire.

Manifestement, le ministre Roberge a réussi à apaiser les craintes des Québécois en présentant un plan clair et précis – plan qu’il a d’ailleurs bonifié lundi en annonçant des mesures de rattrapage à l’école.

Sans doute le ministre a-t-il convaincu une majorité de Québécois que son gouvernement faisait tout son possible pour protéger les élèves.

Cela peut changer, bien sûr. Le vent peut tourner, comme il a tourné en quelques semaines en Ontario. Il y aura des éclosions dans les écoles du Québec, peu importe la taille des classes, c’est inévitable. Il y aura de l’anxiété, de la colère.

C’est à ce moment-là que M. Roberge devra être à la hauteur. Quand on devra fermer une classe, voire une école entière, le ministre devra prouver que sa « garantie équité qualité » aux enfants reconfinés — maintien du lien entre l’élève et le prof, 15 heures de cours en ligne par semaine — tient solidement la route.

Il ne s’agira plus, alors, de simples perceptions.

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Les Québécois sont peut-être convaincus que les enfants doivent retourner à l’école, coûte que coûte.

Pas (seulement) pour permettre à leurs parents de travailler, mais pour leur propre santé et bien-être psychologique.

Ce n’est pas moi qui l’affirme, mais à peu près tous les spécialistes de l’enfance qui se sont prononcés à ce sujet. Même les experts en santé publique et les virologues estiment que c’est la meilleure chose à faire.

Malgré l’absence de certitudes, le consensus scientifique semble assez clair : les enfants, qui souffrent très rarement d’une forme grave de la COVID-19, doivent retourner à l’école la semaine prochaine. Il faut profiter du fait que la pandémie est maîtrisée, au Québec.

Et il faut tout faire pour qu’elle le reste.

« À l’automne, quand on rentrera dans les maisons, si l’on fait encore des partys, ça n’ira pas », a prévenu lundi Benoît Mâsse, professeur de santé publique à l’Université de Montréal, dans une entrevue avec La Presse.

Theresa Tam, administratrice en chef de l’Agence de santé publique du Canada, a prévenu quant à elle que rouvrir les écoles sans resserrer d’autres pratiques, en contrepartie, ferait bondir les cas de coronavirus au pays.

Pour un retour en classe réussi, au moins une chose est essentielle : tout le monde doit y mettre du sien. Faire ce qu’Horacio Arruda nous répète de faire depuis des mois : porter le masque, garder ses distances, se laver les mains, se mettre au télétravail, éviter les partys à l’intérieur.

Nous avons décidé de faire confiance aux scientifiques ; écoutons-les jusqu’au bout.