Si la plupart des élèves du primaire et du secondaire devraient être en classe l’automne prochain, il en va autrement des cégépiens, qui connaîtront autant de rentrées qu’il y a de cégeps. Le détail de la session à venir est encore à fignoler partout dans la province.

Marie-Eve Morasse Marie-Eve Morasse
La Presse

Olivier Demers a terminé son secondaire d’une bien drôle de manière et commencera bientôt son cégep dans des circonstances tout aussi exceptionnelles.

« C’est une situation un peu floue. Je sais que ça va être hybride, mais on n’a pas de détails », dit le jeune homme de 17 ans. Il fera son entrée au cégep du Vieux Montréal, en arts, lettres et communications. Il sait que son cours d’éducation physique se fera entièrement à distance, mais pour le reste de sa formation, il devra attendre à la rentrée.

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Olivier Demers

Ils sont nombreux comme lui à ne pas trop savoir ce qui les attend à l’automne. Une chose est claire, toutefois : les décisions du gouvernement sont tributaires des directives de la Santé publique, rappelle le cabinet de la ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann. Québec dit souhaiter la plus grande présence physique possible dans les cégeps et les universités l’automne prochain.

Or, ce qu’il est possible de faire varie d’un établissement à l’autre. « Si vous prenez le cégep Gérald-Godin, à Sainte-Geneviève, et Dawson, en plein centre-ville [de Montréal], il y a des écarts de possibilités », illustre le directeur général du Regroupement des cégeps de Montréal, Stéphane Godbout.

Avec plus de 7000 élèves, le Collège Ahuntsic, à Montréal, n’a pas le luxe de ramener tout le monde en classe. « Il faut avoir un certain contrôle et s’assurer qu’il n’y ait pas trop de monde dans les espaces communs », explique sa directrice générale, Nathalie Vallée. À ce collège, ce sont principalement les élèves inscrits dans des programmes techniques qui se rendront en classe en personne.

Assez d’élèves en classe ?

À l’extérieur de la région de Montréal, dans les régions moins touchées par la COVID-19, les formules choisies par les cégeps varient aussi.

Au cégep de la Gaspésie et des Îles, à Gaspé, la plupart des élèves devront être présents physiquement deux matinées par semaine. C’est une décision qui laisse pantois certains parents dont les enfants y étudieront à l’automne.

« C’est peu », dit Renée Luce, qui a l’impression que le cégep n’est pas « allé dans la même direction » que ce que proposait Québec. La famille vit à Pabos Mills, à environ une heure et demie du cégep ; elle a donc loué une chambre à Gaspé pour la cégépienne, mais se questionne maintenant sur la nécessité de la garder.

Danièle Whittom, dont le fils fréquentera ce même cégep, s’explique elle aussi bien mal cette décision et estime que le cégep a fait dans ce cas le minimum possible. « On est en zone froide », rappelle-t-elle.

Le cégep de la Gaspésie et des Îles explique qu’il ne fait que suivre les règles de Québec. « Tout ce qui peut se faire à distance va se faire à distance », dit sa porte-parole, Élise Cayouette. Certains programmes, comme ceux de tourisme d’aventure et de mécanique marine, se feront davantage en présence, et des activités seront organisées sur le campus pour les élèves, précise-t-elle toutefois.

Au cégep de Jonquière, les élèves auront « minimalement » la moitié de leur formation en présence et « parfois plus, entre autres pour les élèves de première année », indique Sabrina Potvin, coordonnatrice au service des communications.

Les 3000 élèves qui fréquentent ce cégep sont répartis dans trois pavillons. « Dans le cas de certains élèves de première année, on pourra déplacer les groupes dans des amphithéâtres, des cafétérias, des salles polyvalentes, pour qu’ils puissent venir suivre un cours de philosophie ou de français entre nos murs », poursuit Mme Potvin.

Crainte du nivellement par le bas

Que les cours soient donnés à distance ou en personne, la Fédération étudiante collégiale du Québec juge essentiel que les cours soient égaux à ce qu’ils ont toujours été.

« Il y a un réel risque en matière de qualité de l’enseignement et d’accessibilité des services selon où l’on se trouve dans la province », dit sa présidente, Noémie Veilleux. Elle craint un « nivellement par le bas » et affirme que la session d’automne ne devra surtout pas être une « copie de la difficile session d’hiver », où tous ont dû s’ajuster en un temps record.

C’est aussi une préoccupation des enseignants, assure Lucie Piché, présidente de la Fédération des enseignantes et enseignants de cégep. « Il y a beaucoup de gens qui vont travailler fort cet été pour donner le maximum. C’est un défi de contrer le décrochage et d’offrir un enseignement de qualité », dit Mme Piché, selon qui repenser un cours pour l’offrir en ligne est comme « recommencer à enseigner ».

« Ça va être un gros automne », estime-t-elle, en citant la crainte d’une deuxième vague de COVID-19 qui obligerait tout le monde à se reconfiner.

Rentrée reportée

De nombreux cégeps ont choisi de reporter la date d’entrée en classe, généralement fixée à la mi-août. Le cégep de Sainte-Foy a choisi de faire une session de 12 semaines qui commencera le 8 septembre. Au Collège Ahuntsic, il y aura 15 semaines de cours, mais ils commenceront le 31 août. « Ça va nous permettre d’avoir plus de temps, de nous assurer que les enseignants sont bien prêts », dit sa directrice générale, Nathalie Vallée. Si nécessaire, le cégep sera aussi prêt à soutenir des élèves qui arriveraient du secondaire « avec des bouts de cours manquants », précise-t-elle.

La formation générale sacrifiée ?

Est-ce que les cours de français, de philosophie et de géographie pâtiront aux dépens des cours techniques, pour lesquels les élèves doivent avoir accès à des laboratoires ? La question préoccupe la Fédération des enseignantes et enseignants de cégep. « Un cours de philosophie de 45 heures en ligne, ce n’est pas souhaitable, pas plus qu’un cours d’histoire. On doit essayer d’offrir à tout le monde des plages en classe, il faut insister pour permettre à tout le préuniversitaire d’être au maximum en présence », dit sa présidente, Lucie Piché.

Attention particulière portée aux nouveaux élèves

Québec insiste auprès des cégeps sur le fait que les nouveaux élèves doivent être « privilégiés », tout comme ceux qui sont en situation de handicap ou qui ont des besoins particuliers. C’est le cas d’Olivier Demers, qui aura besoin de mesures d’adaptation. « J’ai besoin de services d’aide, mais je ne sais pas si ce sera accepté », dit Olivier Demers. Ce dernier souhaite aussi pouvoir rencontrer ses nouveaux collègues de classe en personne. « Surtout dans un nouvel établissement, il faut se faire un réseau d’amis, et c’est plus facile en personne », estime-t-il.