Pour que ne se répètent pas les erreurs du printemps, Québec compte sur le réseau de l’éducation pour préparer un « plan B » en cas de deuxième vague de COVID-19. En attendant, le ministre de l’Éducation se réjouit d’une « victoire » : toutes les écoles de la province rouvriront en septembre.

Marie-Eve Morasse Marie-Eve Morasse
La Presse

Suzanne Colpron Suzanne Colpron
La Presse

Jean-François Roberge a confirmé mardi ce que la Santé publique avait expliqué la veille : la grande majorité des élèves seront de retour en classe à temps plein l’automne prochain. Les ratios seront ceux de l’avant-pandémie, mais les élèves du primaire et du secondaire devront le plus souvent rester dans un seul groupe et garder une certaine distance avec leurs camarades.

Voilà le plan de match officiel, le « message d’espoir ». Or, « on ne sait pas vraiment ce qui nous attend à l’automne », a admis en conférence de presse le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Jean-François Roberge. Une deuxième vague de COVID-19 menace de déferler.

En conséquence, il demande aux centres de services scolaires et aux directions d’écoles de préparer un « plan B » dans le cas où un élève, une classe, une école ou toute une région devraient être confinés. L’idée : ne « jamais arrêter la scolarisation », insiste le ministre Roberge.

Des « protocoles d’urgence » devront être préparés d’ici à la mi-septembre par les centres de services (les anciennes commissions scolaires) et les écoles. Si un élève devait retourner chez lui pendant 14 jours, a illustré le ministre, « comment on fait pour lui envoyer des travaux ? Pour recevoir les travaux ? Pour garder ce contact éducatif ? Tout ça ne doit pas être improvisé, ça doit être prévu ».

Particularités

Une partie de ce protocole est déjà établi par Québec, mais les centres de services et les écoles devront y ajouter leurs particularités et s’assurer que tous les élèves aient l’équipement informatique pour faire l’école de la maison, ce qui n’est pas le cas en ce moment.

« Vous le savez, on n’était pas nécessairement prêts quand [la pandémie] est arrivée », rappelle Nicolas Prévost, président de la Fédération québécoise des directions d’établissements. Il évoque notamment la multitude de plateformes informatiques utilisées et les changements de rythmes d’apprentissage au cours des dernières semaines.

« L’important pour nous, c’est qu’il y ait un service dès le début, et égal jusqu’à la fin pour l’enseignement à distance », explique M. Prévost.

« Ce n’est pas tous les enseignants qui étaient habiles en technopédagogie », reconnaît le ministre Jean-François Roberge, très critiqué récemment pour sa gestion de crise.

Questionné à ce sujet mardi, François Legault a réitéré sa totale confiance en son ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur. « [Il] a fait un travail admirable au cours des derniers mois. Ça n’a pas été simple de rouvrir les écoles dans les régions du Québec […], beaucoup de gens pensaient que ça ne fonctionnerait pas, mais ça a fonctionné », a dit le premier ministre.

Le cas du secondaire

Comme pour le primaire, les élèves du premier cycle du secondaire resteront dans le même groupe toute la journée. Ce sont les enseignants qui changeront de local, à l’exception de certains cours, comme l’éducation physique. Dans une même école, les horaires pourront varier, tant pour la rentrée et la sortie des classes que pour le dîner, par exemple.

L’organisation de la prochaine rentrée se corse pour les élèves de 4e et 5e secondaire, principalement en raison de la multiplication des cours optionnels. Si certaines écoles pourront ramener tous leurs élèves à temps plein, dans d’autres, il sera difficile de faire des horaires personnalisés en minimisant les contacts physiques entre élèves.

Québec permet donc à certaines écoles de ramener les élèves en classe au minimum un jour sur deux et de faire une partie de l’enseignement à distance. Ce sont les directions d’écoles qui détermineront ce qu’il est possible de faire dans leur établissement.

« Est-ce que tous les profs vont être au rendez-vous, est-ce qu’on va avoir des difficultés à recruter certains enseignants ? C’est peut-être là que ça va se jouer, le temps plein ou pas », estime la présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissements scolaires, Hélène Bourdages.

Les mêmes enseignants ne feront pas l’école en personne et l’école à distance, prévient déjà la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE), dont la présidente, Josée Scalabrini, prévoit que la prochaine année scolaire sera chargée.

Dans plusieurs milieux, on a la moitié des élèves qui n’auront pas fait d’apprentissages depuis le 13 mars. On s’attend à avoir un plan : comment les profs vont faire pour rattraper des mois d’école de l’an dernier ? Les profs ne pourront pas enseigner en supposant que tout le monde a fait ce qu’il avait à faire.

Josée Scalabrini, présidente de la FSE

La présidente de l’Alliance des professeures et des professeurs de Montréal, Catherine Beauvais St-Pierre, abonde. « Ça ne sera pas une année normale, pas juste au niveau physique, mais aussi au niveau pédagogique, et ça, on n’en parle pas », déplore-t-elle.

La Fédération des comités de parents rappelle pour sa part que les deux tiers de ses membres ont dit ne pas pouvoir « fournir un soutien et un encadrement suffisant à leurs enfants pour faire l’école à la maison ».

En conséquence, dit-elle, les communications entre les écoles et les familles « doivent être renforcées pour assurer la réussite des élèves ». La situation de la pandémie, rappelle cette fédération, pourrait encore changer d’ici la rentrée. À Pékin, en Chine, un regain de contagion vient d’entraîner une nouvelle fermeture de toutes les écoles.

– Avec la collaboration d’Hugo Pilon-Larose, La Presse

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Les élèves du préscolaire à la 3e secondaire reviendront à l’école à temps plein en septembre, selon les ratios habituels. Sur notre photo, une classe de l’école primaire Saint-Gabriel-Lalemant, à Sorel-Tracy, où les cours ont repris le 11 mai dernier.

Pour y voir plus clair

De la maternelle à la 3e secondaire

Les élèves du préscolaire à la 3e secondaire reviendront à l’école à temps plein en septembre, selon les ratios habituels. La fréquentation sera obligatoire, sauf pour les enfants ayant un état de santé précaire. Pour limiter les risques de propagation du virus, les jeunes ne changeront pas de classe et seront regroupés par îlots ou par « bulles ». Dans chaque classe, il y aura plusieurs îlots composés d’un maximum de six élèves. Aucune distanciation ne sera exigée à l’intérieur de ces groupes, et une distance de 1 mètre devra être respectée entre les îlots de la classe et les autres élèves de l’école.

La Fédération autonome de l’enseignement (FAE), qui représente 45 000 enseignants, estime toutefois que ce concept n’est pas réaliste : « Pensez-vous que les six élèves de l’îlot vont être ensemble du début à la fin de la journée ? Voyons ! » lance Sylvain Mallette, président du syndicat. « Et l’îlot va être constitué comment ? Par tirage au sort ? Par affinités ? Par noms de famille ? »

Les 4e et 5e secondaires

Les écoles devront déterminer s’il y a lieu de faire une partie de l’enseignement à distance pour les élèves de 4e et 5e secondaire. Le ministre Jean-François Roberge reconnaît que les règles de distanciation pourraient être difficiles à respecter pour le deuxième cycle du secondaire dans certaines écoles, en raison des nombreux cours à option. Les élèves devront cependant être en classe au moins un jour sur deux, et compléter leur formation à distance. Toutes les matières seront enseignées, y compris l’éducation physique et les arts.

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

Dans les autobus scolaires, les élèves devront respecter la règle du 1 mètre de distance, ce qui veut dire un élève par banc.

Le transport scolaire

Dans les autobus scolaires, les élèves devront respecter la règle du 1 mètre de distance, ce qui veut dire un élève par banc, a indiqué le ministre Roberge. Selon le président de l’Association québécoise du personnel de direction des écoles, Carl Ouellet, « le transport scolaire sera tout un défi ». « On va tout faire pour que ça fonctionne. Il pourrait y avoir plusieurs tournées, plusieurs trajets », dit-il. Sylvain Mallette, président de la FAE, se demande de son côté « pourquoi il faut assurer la distance de 1 mètre dans les autobus et pas dans les îlots de la classe ».

Les récréations et les dîners

Les horaires des récréations, des déplacements dans l’école et des dîners seront aussi modifiés pour éviter les contacts entre les enfants des différents groupes.

La formation aux adultes

Pour la formation générale aux adultes et la formation professionnelle, l’enseignement sera hybride : en partie en classe et en partie à distance. Les élèves devront maintenir une distance de 1,5 mètre entre eux et de 2 mètres avec les enseignants.

Les cégeps et les universités

On permettra un maximum de 50 étudiants par classe, à 1,5 mètre de distance les uns des autres, dans les établissements collégiaux et universitaires, où l’enseignement sera aussi hybride. La distance requise entre les étudiants et les professeurs sera de 2 mètres. Le ministre de l’Éducation demande aux établissements de porter une attention particulière aux étudiants qui feront leur entrée au cégep et à l’université cet automne. « C’est important, peut-être un petit peu plus même, pour ceux qui sont à leur première session au cégep ou à l’université, a-t-il dit. C’est un changement, c’est important d’avoir un maximum de présence physique dans la classe. »

Le président de la Fédération des cégeps, Bernard Tremblay, rappelle que des cégeps ont une capacité d’accueil plus grande que d’autres. « L’enjeu de la distanciation a moins d’impact dans l’est du Québec que dans certains cégeps de Montréal, par exemple. Donc, c’est très variable. Mais on veut que la session soit une belle expérience. »

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

La rentrée 2020, à l’Université McGill (notre photo) comme ailleurs dans le réseau post-secondaire, se fera sous le signe de la distanciation.