L’idée d’inviter les élèves en difficulté à participer à des « camps pédagogiques » à compter de la semaine prochaine survient trop tard dans l’année scolaire pour avoir un véritable effet, estime une professeure de l’Université de Montréal. Il faut plutôt nous laisser préparer la rentrée de septembre, disent pour leur part les directions d’école et des enseignants.

Marie-Eve Morasse Marie-Eve Morasse
La Presse

Ces camps seront mis sur pied dès la semaine prochaine dans les écoles primaires de la province restées fermées en raison de la pandémie – notamment dans la grande région de Montréal – et partout dans les écoles secondaires du Québec, a annoncé le ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, lundi.

Il y a des besoins urgents pour les élèves en difficulté, dit Mélanie Paré, professeure au département de psychopédagogie et d’andragogie de l’Université de Montréal. « Mais si on me parle d’avoir un effet sur l’apprentissage et la réussite des élèves, trois semaines, c’est trop peu, trop tard », dit-elle. Même avec une « intervention intensive », il est « peu probable » de voir des effets significatifs, ajoute la chercheuse.

« C’est des enfants qu’il faut préparer. Quand on a des élèves à risque qui sont restés à la maison pendant deux mois et demi, il faut leur dire pourquoi ils vont retourner, avec qui ils vont être, ce qu’ils vont faire, comment ça va se passer », dit Mélanie Paré, rappelant que la fréquentation de ces camps sera volontaire.

« Il se peut que nos élèves à qui on donne le choix et qui sont en difficulté n’aient pas envie de revenir et que leurs parents n’aient pas envie de se battre avec eux. Comment va-t-on convaincre les élèves et leurs parents de revenir à la fin de l’année, alors qu’il y a eu une coupure vraiment importante avec le rythme de l’école ? », demande Mélanie Paré.

« Tape-à-l’œil »

C’est aussi une préoccupation de la Fédération québécoise des directions d’établissement d’enseignement, qui affirme que dans les écoles primaires des zones froides qui sont rouvertes, jusqu’à 60 % des élèves vulnérables ne sont pas au rendez-vous. Elle demande à Québec de laisser tomber cette idée de camps pédagogiques.

« Ce n’est pas parce qu’on ne veut pas s’occuper des élèves vulnérables, mais ce n’est pas le bon temps et la bonne façon de le faire. Ce qu’on souhaite vraiment, c’est de travailler avec nos élèves en septembre prochain. On sait qu’il y aura une présence obligatoire », affirme Nicolas Prévost, président de cette fédération.

L’annonce, dit-il, a été perçue comme « un autre lapin qui sort du chapeau ».

« C’est du tape-à-l’œil », estime pour sa part Catherine Beauvais-St-Pierre, la présidente de l’Alliance des professeures et des professeurs de Montréal, qui représente les enseignants de la Commission scolaire de Montréal.

On comprend que l’enseignement à distance, ce n’est pas l’idéal pour les élèves vulnérables, mais là, on va séparer la classe en deux, donc certains élèves ne seront plus avec leurs titulaires.

Catherine Beauvais-St-Pierre, de l’Alliance des professeures et des professeurs de Montréal

Dans sa lettre annonçant la mise sur pied de ces camps, Québec a expliqué que les groupes formés dans le cadre de ces camps pédagogiques compteront au plus dix élèves chacun.

À la Fédération des établissements d’enseignement privés, on dit ne pas avoir reçu d’informations précises sur les élèves qui devraient fréquenter ces camps pédagogiques. Est-ce que ce sont tous les élèves avec des plans d’intervention ? Ceux en échec ?

« On a reçu la lettre du sous-ministre le 1er juin pour un camp qui doit commencer le 8 juin. On fait de notre mieux pour faire quelque chose de qualité, mais inévitablement, ça ne visera pas le même type d’élèves d’une école à l’autre. J’imagine même d’une commission scolaire à l’autre », dit son président David Bowles. Il espère avoir des directives plus claires mercredi, soit cinq jours avant le début projeté des camps.

La Presse a demandé mardi au cabinet du ministre Jean-François Roberge de préciser quels élèves seraient invités à retourner à l’école.

« Des discussions se poursuivent à cet effet, entre autres avec la Santé publique. On a informé le réseau scolaire de manière préventive afin que celui-ci puisse se préparer dès maintenant. Plus de détails suivront dans les prochains jours », nous a-t-on répondu.