Québec envisage de laisser tomber la règle des deux mètres de distance entre les enfants dans les écoles à la rentrée automnale, une mesure qui réglerait la question de l’espace dans les autobus et en classe. Aura-t-on une rentrée à mi-temps ou à temps plein ? À ce sujet, tout est encore sur la table.

Marie-Eve Morasse Marie-Eve Morasse
La Presse

En point de presse cette semaine, le directeur national de santé publique a noté que pour les jeunes qui sont retournés à l’école à l’extérieur du Grand Montréal, les choses se passent bien jusqu’ici.

« On est en train de regarder un peu plus comment on pourrait même aller plus loin dans des approches différentes, éventuellement, pour la rentrée à l’automne, qui permettraient à la fois d’éviter des grandes épidémies », a ajouté Horacio Arruda.

Quelles sont ces « approches différentes » ?

« [Horacio Arruda renvoie] à des adaptations possibles de mesures sanitaires en place afin de favoriser le retour du plus grand nombre d’enfants en [garderie] ou à l’école. Il est beaucoup trop tôt pour s’avancer sur des mesures concrètes, mais il est clair que la réflexion est amorcée au sein de la Direction générale de santé publique du MSSS », nous a-t-on répondu au ministère de la Santé et des Services sociaux.

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Une source sûre a confirmé à La Presse que la Santé publique se penche sur la pertinence d’une distanciation de deux mètres entre les plus jeunes enfants.

Une source sûre a confirmé à La Presse que la Santé publique se penche sur la pertinence d’une distanciation de deux mètres entre les plus jeunes, notamment à la lumière de « données scientifiques qui tendent à démontrer que les enfants en jeune âge ne sont pas un vecteur de contagion marqué ».

Le président de la Fédération des établissements d’enseignement privés (FEEP) ne voit pas comment on pourrait respecter la distance de deux mètres entre les élèves si tous retournent à l’école en même temps à l’automne.

Ce serait très compliqué. Si 100 % des élèves sont là, je ne vois pas comment ça serait possible à la cafétéria, dans les corridors, dans les classes. Une distanciation à deux mètres en tout temps me semble peu probable.

David Bowles, président de la Fédération des établissements d’enseignement privés

À Montréal, où bien des écoles débordent, les directions d’école ont demandé un « certain assouplissement » au ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Jean-François Roberge.

« Une classe de milieu favorisé avec 28 élèves au troisième cycle, ça nous prend trois locaux. Ça devient fou. Trois locaux, trois profs ! », dit la présidente de l’Association montréalaise des directions d’établissement scolaire (AMDES), Hélène Bourdages. Tout ça dans un contexte où la pénurie d’enseignants est toujours bien présente.

Naturellement, ajoute Mme Bourdages, il faudra que la Santé publique approuve le tout.

Deux scénarios sur la table

À la Fédération québécoise des directions d’établissements d’enseignement, on comprend aussi qu’un retour à l’école de tous les enfants signifie qu’on devrait laisser tomber la distanciation lorsqu’ils sont assis en classe.

Il faudrait essayer de respecter la distanciation le plus possible dans les déplacements, pendant les récréations et sur l’heure du dîner.

Nicolas Prévost, président de la Fédération québécoise des directions d’établissements d’enseignement

Le scénario « préférable » de ses membres est la présence en classe à temps plein pour tous les élèves, mais le « plus réaliste » lui paraît être une fréquentation à temps partiel.

Rappelons que Québec a mis deux scénarios sur la table pour un retour des élèves du primaire et du secondaire à l’automne : l’un prévoit une rentrée à temps plein pour tous, l’autre un retour à temps partiel.

Les directions montréalaises ont recommandé une rentrée à temps plein pour les élèves du préscolaire et du primaire, mais une rentrée hybride au secondaire. « C’est difficile d’envisager le secondaire à temps plein », dit la présidente de l’AMDES, Hélène Bourdages, en citant des écoles où on retrouve 2000 ou 3000 élèves.

Transport scolaire

La question du transport scolaire soulève aussi plusieurs questions dans le milieu de l’éducation.

Même si les élèves sont présents une journée sur deux, c’est très difficile d’assurer un transport scolaire avec les règles actuelles, selon lesquelles il y a à peine le quart des élèves qui peuvent entrer dans les autobus.

David Bowles

Puisque la distanciation de deux mètres n’est pas demandée dans les transports publics, ne pourrait-il pas en être de même dans le transport scolaire si tous les élèves portent le masque ? demande le président de la FEEP. Dans certaines écoles qu’il représente, 95 % des élèves sont transportés en bus matin et soir.

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Si les règles de distanciation physique étaient assouplies pour la rentrée automnale, le transport scolaire pourrait en être facilité. Dans certaines écoles, 95 % des élèves sont transportés en bus matin et soir.

Les parents pourraient être appelés « à contribuer » au transport de leurs enfants, dit pour sa part la présidente de l’AMDES.

Partout, on a hâte de savoir quel sera le plan de Québec pour la rentrée automnale.

« Il serait temps qu’on ait ça », résume Hélène Bourdages. En entrevue avec La Presse plus tôt ce mois-ci, le ministre Jean-François Roberge a assuré que tout le monde serait fixé en juin.