Appelées à gérer une année scolaire interrompue en raison de la pandémie et une reprise des classes qui s’annonce complexe, les commissions scolaires doivent en plus se réorganiser en centres de services. Les échéanciers prévus avant la crise doivent-ils être suivis? La réponse de Québec se fait attendre.

Marie-Eve Morasse Marie-Eve Morasse
La Presse

En adoptant sous le bâillon la loi transformant les commissions scolaires en centres de services l’hiver dernier, le gouvernement Legault a précisé le calendrier qui doit mener à la formation des conseils d’administration de ces centres de services.

Dans deux semaines, par exemple, il faut inviter des personnes à soumettre leur candidature. Ces membres seront élus au plus tard le 10 juin et entreront en fonction cinq jours après pour préparer la prochaine rentrée scolaire.

C’était avant la pandémie. Depuis, presque rien ne filtre des intentions de Québec sur sa réforme.

« On est beaucoup dans l’attente des décisions du ministre sur plusieurs sujets, c’est un exemple de plus », se désole le président du comité de parents de la Commission scolaire de Montréal (CSDM), Marc-Étienne Deslauriers. Selon la loi, cinq parents doivent faire partie du conseil d’administration d’un centre de services.

Avec des échéances qui se rapprochent, le directeur général de la Commission scolaire des Patriotes (CSP), en Montérégie, se dit préoccupé par la question.

Tout ce qu’il a comme information, c’est un document officiel du ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur daté du 9 avril, dans lequel il est indiqué que « le déploiement et le calendrier de formation sont actuellement en révision » en raison du coronavirus.

« Outre ce bout de phrase-là auquel on peut s’accrocher, on n’a pas d’autres informations », dit Luc Lapointe, dont le mandat prévu par la loi est de mener à bien la nomination des administrateurs des centres de services.

Il voit mal comment un conseil d’administration d’un centre de services pourrait être formé dans les circonstances.

On part de zéro. L’ensemble du Québec part de zéro.

Luc Lapointe, directeur général de la Commission scolaire des Patriotes

« Je pense que pour bien faire les choses, il est important d’informer les gens qui sont intéressés d’en quoi consiste un conseil d’administration, dans quoi ils s’engagent s’ils posent leur candidature », ajoute le directeur de la CSP.

Il croit que le ministère de l’Éducation doit statuer sur la suite des choses et fournir des « informations plus précises », surtout dans cette « période d’incertitude » où les commissions scolaires devront gérer le délicat retour en classe des élèves et du personnel.

En attente

À la Commission scolaire de la Pointe-de-l’Île, à Montréal, on dit n’avoir reçu du Ministère « aucune indication à ce jour relativement au fait que les délais prévus à la loi 1 étaient reportés. Par conséquent, nous mettons tout en branle afin de nous conformer aux prescriptions de la loi ». La Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys dit s’être « assurée de faire avancer ce dossier en parallèle dans la mesure du possible ». « Nous sommes en attente du nouvel échéancier du Ministère quant aux actions prévues », indique sa porte-parole, Chrystine Loriaux.

Même son de cloche à la Fédération des commissions scolaires du Québec, qui doit devenir le 15 juin la Fédération des centres de services scolaires. « Nous sommes en attente de directives du Ministère pour savoir si les échéanciers prévus dans la loi tiennent toujours la route compte tenu des circonstances », nous a-t-on indiqué par courriel. Notre demande d’entrevue a été refusée.

Pas de certitude au ministère

Mardi, le cabinet du ministre de l’Éducation Jean-François Roberge n’a pas pu nous dire s’il repousserait l’échéance pour la création des conseils d’administration des centres de services.

Il a fait savoir qu’il « [n’était] pas exclu qu’il soit nécessaire de repousser certains échéanciers ».

Le comité de parents de la CSDM souhaite que Québec reporte de six mois, un an ou même plus la nomination des nouveaux conseils d’administration des centres de services scolaires pour faire les choses correctement.

« Le premier gros obstacle, ce sont les réunions en personne, observe Marc-Étienne Deslauriers. La priorité, c’est la santé de tout le monde et que les élèves puissent faire leurs apprentissages normalement. Une structure décisionnelle, c’est pas la priorité », dit-il.