Devant la difficulté à trouver des suppléants pour les absences dans ses classes, la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys (CSMB), à Montréal, a encouragé une centaine de ses employés non enseignants à faire un certificat pour les aider à enseigner. Face à la pénurie de personnel, il faut « s’aider soi-même », dit la présidente de la commission scolaire.

Marie-Eve Morasse Marie-Eve Morasse
La Presse

Dès janvier prochain, le quart des 400 nouveaux inscrits au certificat en « accompagnement à l’enseignement primaire » de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT) proviendront de cette commission scolaire de l’ouest de l’île de Montréal, la deuxième en importance au Québec. C’est à l’initiative de la commission scolaire, qui a notamment tenu une journée d’information en octobre, que de nombreuses personnes se sont inscrites à cette formation à distance.

« C’est une possibilité pour les gens qui sont déjà à l’interne, qui travaillent comme techniciens en loisirs ou éducateurs spécialisés, et qui auraient le souhait de s’embarquer dans une formation qualifiante », explique la présidente de la CSMB, Diane Lamarche-Venne.

Une situation « très précaire »

Déjà en octobre, le directeur général de la commission scolaire faisait un constat sans équivoque devant le conseil des commissaires : la banque de candidats pour la suppléance était vide.

Comment est la situation à la veille des vacances de Noël  ? « C’est très, très précaire, dit Diane Lamarche-Venne, présidente de la CSMB. Je ne veux pas être méchante, mais il y a les vendredis, les lundis, les grippes, les congés de maternité : tout ça s’additionne. » Les efforts de recrutement en Europe ont permis de recruter une douzaine d’enseignants cette année, mais la commission scolaire est encore loin du compte.

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Nombre de postes d’enseignants vacants à la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys

Elle se tourne donc vers le certificat offert à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT) pour former le personnel qui travaille déjà chez elle. « Tout ça dans le but de pouvoir éventuellement ajouter ces étudiants dans notre système de suppléance », lit-on dans le procès-verbal du conseil des commissaires tenu en octobre.

« On s’entend que les suppléances, ce n’est pas juste une demi-journée. Il faut s’aider nous-mêmes. On s’aide nous-mêmes [parce que sinon on] met en situation de travail des gens qui n’ont pas les outils nécessaires. Ce n’est pas bon pour eux et ce n’est pas bon pour les élèves », poursuit Diane Lamarche-Venne.

Un certificat pour aider les suppléants

L’UQAT a mis sur pied le certificat en « accompagnement à l’enseignement primaire  » qui vise à «  outiller les suppléants ».

« Dans le contexte de pénurie, on engage des suppléants qui arrivent de toutes parts. Dans les régions éloignées comme la nôtre, des fois [le suppléant], c’est la personne qui surveille le midi ou le concierge de l’école. On dit aux commissions scolaires qu’on a un programme qui pourrait les soutenir dans leur programme de suppléance », explique Réal Bergeron, directeur du département de l’éducation à l’UQAT.

Les 10 cours offerts dans le cadre de ce certificat pourront à terme être crédités aux étudiants qui souhaitent poursuivre leur formation en enseignement.

« Ça ne remplacera jamais un bac. Le bac, c’est quatre ans et on va vers la qualification légale. Mais au moins, ils sont sensibilisés aux enjeux de l’éducation et aux outils que les enseignants utilisent », poursuit Réal Bergeron.

La Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys a demandé que ses employés qui s’inscrivent à ce certificat aient fait au moins 1000 heures de suppléance au préalable. Ils doivent aussi être titulaires d’un diplôme d’études collégiales.

« C’est une belle initiative que la CS a eue de nous appeler et donner le maximum de formation », dit Réal Bergeron.

La présidente de la CSMB affirme qu’elle n’avait pas le choix face à la pénurie d’enseignants.

PHOTO IVANOH DEMERS, ARCHIVES LA PRESSE

Diane Lamarche-Venne, présidente de la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys

« Peut-être que quand on fait une moyenne québécoise, le besoin n’est pas si grand que ça. Ça dépend de la manière dont tu regardes ça et ce que tu fais dire aux chiffres. Nous, c’est le quotidien », dit Diane Lamarche-Venne.

Elle fait la liste des défis auxquels fait face la commission scolaire tout en maintenant, dit-elle, un taux de réussite enviable : l’immigration, la défavorisation, l’exode des élèves vers le privé.

« Ce n’est pas vrai qu’on va se mettre à terre parce qu’on a de la misère à former des enseignants », dit Diane Lamarche-Venne.

De 200 à 250 remplacements quotidiens

La CSMB compte 6500 enseignants. Tous les jours, dit sa présidente, il y a entre 200 et 250 remplacements à effectuer. Le vendredi, ce chiffre peut monter à 500. Depuis septembre, seuls 85 % des remplacements ont été pourvus par la banque de suppléants, indique la CSMB. À titre d’exemple, le 9 décembre dernier, un lundi, la commission scolaire a eu besoin de 219 suppléants. Seuls 158 ont pu être trouvés à partir de la liste de rappel, qui compte 700 personnes.

La situation s’améliore, dit le Ministère

Selon les plus récentes informations que nous avons pu obtenir auprès du ministère de l’Éducation, il restait 197 postes d’enseignants à pourvoir au 30 septembre 2019, dont 95 dans la région de Montréal. « Environ 0,2 % des postes d’enseignants à temps plein étaient vacants au 30 septembre 2019. Entre le 1er et le 30 septembre, la situation s’est grandement améliorée pour l’ensemble des commissions scolaires, [y compris dans] la région de Montréal », nous a répondu le porte-parole du Ministère.