Un sondage interne mené par la CSN auprès de 2700 éducatrices en services de garde éducatifs semblerait pointer vers une pénurie de main-d’œuvre imminente dans le milieu, alors que 23 % des éducatrices sondées affirment avoir l’intention de quitter l’emploi ou de prendre leur retraite d’ici les deux prochaines années.

Raphaël Pirro Raphaël Pirro
La Presse

« Ce sont des réponses difficiles à avaler », a expliqué Louise Labrie, responsable du secteur CPE à la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS) de la CSN.

Conditions de travail difficiles, manque de « valorisation » de la part du gouvernement, préconisation de la maternelle à 4 ans comme modèle d’avenir : telles sont les raisons évoquées par la CSN lors d’un point de presse tenu dimanche matin, en présence de près d’une dizaine d’éducatrices.

« Il y a une baisse d’inscription [à la Technique d’éducation à l’enfance] d’environ 30 % depuis 7 ans, juste dans la région de Montréal. Les femmes n’y vont plus parce que ce n’est plus intéressant pour elles », a indiqué Véronique de Sève, vice-présidente de la CSN.

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L’implantation massive des maternelles 4 ans a de sérieuses répercussions sur le milieu. En effet, 44 % des répondantes affirment que « le débat sur la maternelle 4 ans affecte leur moral ».

De plus, 90 % des répondantes indiquent que leur CPE avait des difficultés à recruter des éducatrices avec une formation collégiale, tandis que 27 % affirmaient qu’il y avait au moins un poste vacant au sein de leur CPE.

Les travailleuses rassemblées hier au siège social de la CSN faisaient unanimement état d’une lente dégradation des conditions de travail au fil du temps. « Ça fait 27 ans que je suis éducatrice, et que peux vous dire que oui, il y a une détérioration, a dit Anna Ruth Arias, éducatrice invitée. On n’a jamais été un milieu privilégié par le gouvernement. Il y a toujours eu des coupures, mais rarement y a-t-il eu des réinvestissements. »

« On souhaite que notre gouvernement, que notre ministre de la famille valorise notre profession pour assurer une attraction pour les filles qui viennent travailler avec nous », a laissé savoir Karine Morisseau, responsable du secteur RSG à la FSSS-CSN.

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L’implantation massive des maternelles 4 ans a de sérieuses répercussions sur le milieu.

« Il y a 22 ans maintenant, le gouvernement de l’époque avait mis en place une politique familiale et on créait un réseau de service de garde éducatif, un réseau qui fait la renommée internationale du Québec et du Canada. Mais actuellement, les choix politiques se font au détriment de ce réseau, au détriment des enfants », a déploré Véronique De Sève.

La CSN regroupe plus de 10 000 travailleuses en CPE.