(Montréal) Le ministre québécois de la Famille, Mathieu Lacombe, a confirmé samedi son intention de convertir certaines garderies privées non subventionnées en établissements subventionnés afin de « faire le ménage » dans un réseau qui s’est selon lui développé de manière « sauvage ».

 Roxanne Ocampo
La Presse canadienne

Prenant la parole lors de l’assemblée générale annuelle de l’Association des garderies non subventionnées en installation (AGNSI), le ministre a pris acte de la grogne parmi certains propriétaires, éducatrices et parents qui se disent laissés-pour-compte.

Ces derniers dénoncent un clivage insoutenable avec les services de garde subventionnés en raison de leur retour au tarif unique annoncé plus tôt ce mois-ci.

Lors de sa mise à jour économique, le ministre des Finances, Éric Girard, a décrété la fin de la modulation des tarifs. Les parents paient dorénavant 8,25 $ par jour, sans avoir à verser la contribution additionnelle en fonction du revenu familial imposée par le gouvernement de Philippe Couillard.

Or, aucun allègement financier n’a été annoncé pour les parents dont les enfants fréquentent les services de garde non subventionnés. Ceux-ci assument des coûts plus élevés et bénéficient en contrepartie d’un crédit d’impôt. Certains des parents s’étant déplacés samedi pour entendre le ministre ont dit payer un tarif quotidien allant jusqu’à 50 $ pour leurs tout-petits.

« Ce n’est pas le gouvernement actuel qui est responsable de l’iniquité. On est pris avec ça. Il faut faire du ménage dans le réseau », leur a répondu le ministre Lacombe.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe

Brigitte Cardinal se dit « prise en otage », faute de places disponibles du côté subventionné. Cette mère de famille de la Montérégie souligne que contrairement au fait de se faire soigner au privé ou d’envoyer ses enfants à l’école privée, on ne lui a laissé aucun choix dans le cas des services de garde.

« On est obligés d’aller au privé, donc on paie la totale, souligne-t-elle. Il faut qu’ils trouvent une solution à court terme. »

La solution préconisée par le ministre est la mise sur pied d’un « projet-pilote historique » pour convertir certaines garderies non subventionnées et ainsi éviter d’alourdir un réseau déjà « très éclaté ».

Les critères pour les établissements souhaitant participer à ce projet-pilote font toujours l’objet de discussions avec l’AGNSI. Le ministre a indiqué qu’il pourrait notamment tenir compte de l’ancienneté des garderies et de l’équité entre les régions, tout en privilégiant les milieux défavorisés.

Le ministre ne s’est avancé ni sur le nombre de garderies ciblées ni sur un échéancier précis pour leur conversion.

« On ne se met pas de pression avec les dates parce qu’on travaille avec les associations, mais je suis confiant qu’on sera capable de lancer un appel de projet en 2020 », a-t-il déclaré en mêlée de presse.

La directrice générale de l’Association des garderies non subventionnées en installation (AGNSI), Suzanne Gagnon, s’inquiète pour le sort des garderies qui ne seront pas retenues dans le projet-pilote.

« Il ne faut pas non plus les mettre en péril », plaide-t-elle, en faisant valoir que la menace de faillite est bien réelle.

Mme Gagnon souligne que les gouvernements précédents avaient largement misé sur le secteur privé pour créer de nouvelles places.

« Du jour au lendemain, on n’est plus une solution », relève-t-elle.

Selon les données du ministère de la Famille, le nombre de places en garderie non subventionnée est passé d’environ 4800 à 67 200 en l’espace de seulement dix ans.

Mme Gagnon souhaite que l’ensemble de ces places non subventionnées soient converties d’ici trois ans et que les remboursements anticipés pour les parents soient rehaussés durant cette période transitoire.

Selon le ministre Lacombe, les crédits d’impôt accordés à ces familles coûtent actuellement plus de 800 millions par année au trésor québécois.