C’est officiel : toutes les écoles secondaires publiques de la province seront dotées d’ici quelques mois d’un défibrillateur externe automatisé, et les élèves de troisième secondaire recevront une formation pour l’utiliser. Le cardiologue qui a fait campagne pour acheter l’équipement dit qu’il n’attend maintenant qu’un signal de Québec pour en doter les écoles primaires.

Marie-Eve Morasse Marie-Eve Morasse
La Presse

Les formations en réanimation cardiorespiratoire (RCR) sont obligatoires depuis deux ans pour les élèves du secondaire, mais bientôt, 68 000 jeunes par année apprendront de plus à utiliser un défibrillateur. Il faut tout au plus quatre heures pour offrir la formation dans son ensemble.

En conférence de presse vendredi, le Dr Paul Poirier a expliqué sans détour à des élèves présents qu’en cas d’arrêt cardiaque, cet appareil joue un rôle décisif.

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Le Dr Paul Poirier

« Le patient est mort. La pire affaire que vous allez faire, c’est de le réanimer. C’est 10 % de mort par minute. À 10 minutes, il est mort à 100 %. Soit il est mort un peu, et vous le réanimez, ou il va mourir pour toujours. C’est simple comme ça », a dit le cardiologue à l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec.

Stéphane Bordeleau n’allait pas le contredire. En janvier dernier, cet enseignant en éducation physique de l’école secondaire Saint-Henri, à Montréal, a utilisé le défibrillateur pour réanimer son élève Stéphanie Goyette Rollin.

« On a été capables de suivre les instructions », a dit Stéphane Bordeleau, qui ne savait même pas avant l’accident qu’il y avait un défibrillateur dans son école.

« On n’a pas beaucoup réfléchi, on a juste été dans l’action », a-t-il dit. Tout comme ses collègues qui lui ont prêté assistance, il a été récompensé pour sa bravoure par une médaille de l’Assemblée nationale plus tôt cet automne. Quant à la jeune femme de 17 ans, dont La Presse avait relaté l’histoire en juin, elle est aujourd’hui en voie de terminer son secondaire.

Au tour des écoles primaires ?

C’est justement parce que les défibrillateurs sont faciles à utiliser et efficaces que le docteur Paul Poirier souhaite que ce soit au tour des écoles primaires d’en être équipées.

De concert avec la fondation ACT, le cardiologue a mené une campagne de financement auprès des médecins de la province pour l’achat des défibrillateurs qui seront installés dans plus de 500 écoles du Québec. Avant d’atteindre son but, il n’avait pas hésité à critiquer ouvertement ses collègues, qu’il avait qualifiés de « cheap », parce qu’il estimait que leur contribution financière – admissible à un crédit d’impôt – était insuffisante. Un défibrillateur externe automatisé coûte 1500 $.

Ce n’est pas de nature à le refroidir pour la suite des choses. 

Il y a 1982 écoles primaires au Québec. J’ai les noms, les courriels et les numéros de téléphone de tous les directeurs.

Le Dr Paul Poirier

La Fondation des maladies du cœur et de l’AVC du Canada travaille dans le même sens. « Ça a fonctionné pour les écoles secondaires, il doit y avoir un moyen de copier ce modèle [dans les écoles primaires]. On a des instructeurs et on est prêts à mettre des équipes consacrées à ça », dit sa vice-présidente au Québec, Dana Ades-Landry.

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Danielle McCann, ministre de la Santé et des Services sociaux

Est-ce envisageable ? « C’est possible, c’est possible, certainement, dit la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann. On sait que ces appareils augmentent à 75 % les chances de survie des personnes qui ont un arrêt cardiaque. Ça vaut la peine de se pencher là-dessus. »

Dans le camp de Québec

Le Dr Poirier affirme quant à lui qu’il devra avoir l’assurance d’une volonté politique avant de repartir en campagne de financement.

« Je ne peux pas embarquer tant que je n’ai pas un signal du ministère [de l’Éducation] qui dit qu’il va rendre la formation obligatoire », dit Paul Poirier. Former en RCR les élèves en sixième année, puis en troisième secondaire serait l’idéal, estime le cardiologue.

Au cabinet du ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Jean-François Roberge, on n’a pas été en mesure de nous dire vendredi si la formation en RCR des élèves du primaire était dans les plans.

Les programmes de la fondation ACT ont permis jusqu’ici de former 700 000 jeunes en RCR au Québec. Quant à l’installation de défibrillateurs dans les écoles secondaires, elle ne profitera pas qu’aux jeunes, a-t-on rappelé vendredi, puisque de nombreuses écoles font office de centres sportifs où des gens de tout âge se rendent le soir venu.