C’est une question qui taraude bien des parents : où ira leur enfant au secondaire ? Entre l’école privée, le public sélectif et le public dit « ordinaire », une constante demeure : c’est le groupe dans lequel est plongé un élève qui fait toute la différence, révèle une recherche de l’UQAM.

Marie-Eve Morasse Marie-Eve Morasse
La Presse

Professeure au département d’éducation et formation spécialisées de l’Université du Québec à Montréal (UQAM), Isabelle Plante a voulu savoir comment la sélection des élèves sur la base du rendement influençait leur réussite et leur persévérance.

Son équipe et elle ont suivi près de 1500 élèves du début à la fin de leur première secondaire. La moitié des élèves étaient dans des groupes ordinaires, l’autre moitié était au public sélectif ou dans le réseau privé.

« Il y a un effet d’assimilation : la force moyenne du groupe est un levier positif. Si on est dans un groupe fort, ça nous stimule. On devient plus engagé, plus motivé, on réussit mieux. Évidemment, il y a l’envers de la médaille : quand on est dans un groupe faible, ça mine notre motivation et notre réussite », explique Isabelle Plante. Cet effet s’est observé tant au public ordinaire qu’au public enrichi et que dans le réseau privé.

Comment interpréter ces résultats ? Comme parent, dit la chercheuse, qu’on envoie son enfant au public, au public sélectif ou au privé, le mieux serait de pouvoir choisir le groupe le plus fort possible.

On ne peut pas se prémunir de l’effet de groupe, c’est là partout et c’est fort.

Isabelle Plante, professeure au département d’éducation et formation spécialisées de l’UQAM

Au ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, la chercheuse dirait ceci : « Plus il y a de programmes et de groupes distincts en ce qui concerne la force moyenne, plus on crée des inégalités. En ce sens, il faut se questionner comme société. Est-ce que c’est ça qu’on veut, quand on sait que ça favorise une certaine élite et que ça défavorise les plus faibles ? »

Groupes hétérogènes

Pour profiter à la majorité, il faudrait créer les groupes les plus hétérogènes possible, ajoute la chercheuse. « Tout le monde en sortira gagnant », dit Isabelle Plante.

On pourrait penser que les écoles privées ont toujours des groupes d’élèves plus forts que dans le réseau public. Dans les régions de Joliette et de Saint-Hyacinthe, où l’étude a été menée, ce n’est pas le cas, dit la chercheuse. Des classes faibles, il s’en trouve partout.

Il s’agit selon elle d’un reflet de ce qui se passe au Québec, à l’extérieur de Montréal. « Le privé, ce n’est pas que de la sélection. Ils ont des tests d’admission et ils ont un groupe ou deux qui est l’équivalent du programme international, où il y a des attentes de performance. Ensuite, le test d’admission sert à classer les élèves dans les groupes », dit Isabelle Plante.

Les données de l’étude montrent par contre que les élèves avec des « comportements extériorisés » sont surreprésentés dans le milieu public ordinaire. Ce qui ne veut pas dire qu’il n’y en a pas dans le réseau public sélectif et dans les écoles privées.

« Les cas très, très graves sont presque exclusivement dans le public ordinaire », dit Isabelle Plante, qui donne en exemple les cas d’intimidation, de graves troubles d’opposition et d’hyperactivité.

D’autres conclusions de l’étude

Le passage au secondaire, difficile pour tous

Peu importe le milieu et le type de groupe dans lequel les élèves se retrouvent, la première année du secondaire est difficile pour tous. « On voit vraiment la motivation qui diminue entre le début et la fin de l’année, une augmentation des comportements extériorisés, une augmentation de l’anxiété », explique Isabelle Plante. C’est une preuve qu’il faut donner du soutien aux élèves qui font la transition entre le primaire et le secondaire, dit-elle. « Il faut le savoir : c’est dur pour tout le monde. Ça se replace, on le sait, mais c’est un moment charnière », dit la chercheuse.

Des différences de genre marquées

Également titulaire de la Chaire de recherche UQAM sur l’égalité des genres à l’école, la chercheuse note que l’étude fait manifestement ressortir la démotivation des garçons en français. Dès la fin du primaire, les filles sont plus motivées, plus engagées et réussissent mieux dans cette matière. « Ce que je constate, c’est qu’on ne s’occupe pas du français des garçons. Pourtant, c’est tellement important. Je pourrais aussi dire que les garçons se sentent plus compétents en mathématiques, même s’ils n’ont pas un rendement supérieur à celui des filles, mais c’est un portrait moins alarmant », dit Isabelle Plante. Il ne s’agit pas de dire que tous les garçons se désintéressent du français, mais la différence entre les garçons et les filles montre qu’il y a une nécessité de s’y intéresser, poursuit la chercheuse.