(Québec) Les élus scolaires ont retenu les services d’une firme de relations publiques pour se faire expliquer comment être « les nouveaux messies de la démocratie scolaire », au moment où le gouvernement Legault s’apprête à les crucifier.

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

La Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ) a déboursé 93 500 $ pour l’élaboration d’une campagne de relations publiques afin de contrer la réforme, imminente, de la gouvernance du réseau de l’éducation (voir encadré à la fin du texte). La firme Citoyen a décroché le contrat et a donné une formation aux présidents de commission scolaire réunis en conseil général à Québec, il y a une semaine.

« Si vous ne faites rien, il ne se passera rien. Vous avez besoin d’être les nouveaux messies de la démocratie scolaire », écrit la firme dans un document de présentation qui a été soumis aux élus scolaires et que La Presse a obtenu. Cette invitation à devenir des « messies » se trouve en tête des « 10 choses à retenir » de la formation.

Les élus scolaires doivent s’armer pour répondre aux attaques du gouvernement.

Extrait du document soumis par la firme Citoyen

« Les élus SEULS ne réussiront pas à faire fléchir le gouvernement. Pour intéresser le plus large public possible, les médias sociaux sont aujourd’hui l’outil indispensable. » La semaine dernière, la FCSQ a d’ailleurs annoncé le lancement d’une campagne sur les réseaux sociaux afin de sensibiliser la population à « l’impact de l’élu.e scolaire dans la persévérance et la réussite éducatives ». Elle avait chiffré le coût de cette opération à 30 000 $ – somme comprise dans les 93 500 $ versés à Citoyen.

Trucs et arguments

Dans le document de présentation, la firme donne des trucs pour « livrer un message fort » en plus de fournir une série d’arguments aux élus scolaires. On évoque « le danger des réformes ». « Toute réforme bien faite engage des coûts importants », plaide-t-on. « En forçant l’abolition des commissions scolaires et de la démocratie scolaire, alors que le réseau ne s’est pas encore remis des coupes, on menace la réussite de nos jeunes. »

On souligne également l’importance de l’indépendance des commissaires élus, indépendance dont ne jouirait pas la nouvelle structure, selon la Fédération.

« Qui osera confronter le ministre ou son ministère ? Le réseau de l’Éducation deviendra-t-il ultra-centralisé ? »

— Extrait du document soumis par la firme Citoyen

On fait valoir qu’« enlever un droit de vote est un grave recul pour la démocratie ». « Les élus scolaires veulent moderniser les élections scolaires, par exemple grâce au vote électronique. La réforme du mode de scrutin est une occasion de le faire. »

Les élus scolaires « ne veulent pas le statu quo : ils sont ouverts à des compromis, mais des compromis qui auront un impact positif sur la réussite éducative », ajoute le document.

À quoi ressemblera la réforme ?

– Les élections scolaires seront abolies.

– Les commissions scolaires seront transformées en centres de services aux écoles qui auront essentiellement les mêmes responsabilités (infrastructures, liens d’emploi, transport scolaire, par exemple).

– Les centres de services auront un statut juridique comme les commissions scolaires et auront à leur tête un conseil d’administration. Les parents y auront une grande place, mais il y aura aussi des représentants des directions d’école, des enseignants, du personnel et de la communauté. Ils seront pour la plupart élus par leurs pairs lors d’assemblées.

– Les directeurs généraux des centres de services seront nommés par le conseil d’administration, et non par le ministre comme on l’envisageait au départ. Comme La Presse l’a écrit la semaine dernière, le gouvernement a abandonné cette dernière option, craignant de se faire accuser de centralisation, et même de faire subir au réseau scolaire le régime que Gaétan Barrette a imposé au réseau de la santé.

– Le projet de loi est attendu à l’automne. À Québec, on évoque son dépôt dès la fin de septembre.